Cinq ibis chauves nés au Parc zoologique et botanique de Mulhouse s’envoleront le 3 février 2020 pour le Sud de l’Espagne. Là-bas, ils rejoindront une soixantaine de leurs congénères prêts à retrouver le milieu sauvage, dans le cadre d’un plan d’action international de réintroduction de l’espèce.

Opération conservation in-situ

Ibis chauve (Geronticus eremita)

Classé « en danger » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l’ibis chauve a disparu de cette région depuis plusieurs siècles. Aujourd’hui, il ne vit plus qu’au Maroc. C’est pour recréer une population viable dans le Sud de l’Europe que le Zoobotanico de Jerez de la Frontera a lancé en 2003 le Proyecto Eremita, ou « projet Eremita » du nom scientifique de l’espèce, Geronticus eremita.

Pour cela, le projet a besoin de couples reproducteurs et d’individus prêts à être réintroduits. Et ce sont des parcs zoologiques européens qui apportent leur contribution. De son côté, le Parc zoologique et botanique de Mulhouse participe au Proyecto Eremita depuis 2010. Il a déjà envoyé plusieurs ibis chauves nés dans son enceinte : cinq jeunes ont quitté l’Alsace en 2014, puis six autres en septembre 2017. Le départ prévu le 3 février sera donc le troisième convoi organisé depuis Mulhouse jusqu’à la région de Jerez de la Frontera, où sont organisés les relâchés.

« Les réintroductions sont très rares mais le programme espagnol a prouvé son efficacité dans la réintroduction d’une espèce qui avait totalement disparu de cette partie du globe », assure le zoo français. En janvier 2018, une trentaine d’ibis chauves avaient déjà quitté leurs volières espagnoles pour s’aventurer, pour la toute première fois, dans la nature.

Une réintroduction sous haute surveillance

Tous les ibis chauves nés dans des parcs zoologiques ne peuvent être relâchés dans la nature. Chaque oiseau a été auparavant sélectionné pour répondre à différents critères, à commencer par des critères sanitaires. « Les animaux réintroduits doivent bien entendu être en parfaite santé, de façon à éviter toute contagion du cheptel déjà présent sur place », explique le zoo de Mulhouse. C’est d’autant plus important qu’une population sauvage – la dernière connue à ce jour – vit au Maroc, non loin de l’Andalousie.

« Les oiseaux doivent également répondre à des critères comportementaux, fixés dans le cadre de protocoles de réintroduction édictés par l’UICN, poursuit Mulhouse. Ainsi, les cinq oisillons nés au Parc zoologique et botanique de Mulhouse sont sevrés et n’ont pas été imprégnés par l’homme, ce qui aurait pu constituer un obstacle au succès du programme. » Ce sont en effet soit directement leurs parents, soit un groupe d’ibis chauves, qui les ont élevés.

Ibis chauve zoo de Mulhouse

Les oisillons sont tous âgés de 1 à 2 ans. Ils ne seront pas relâchés dans la nature tout de suite et passeront un certain temps – de quelques semaines à plusieurs mois selon les cas – dans des volières d’acclimatation afin d’assurer la meilleure transition possible entre la captivité et le retour au milieu sauvage. « Le milieu ne pouvant pas pour l’instant subvenir à leurs besoins, les animaux, même relâchés, continueront d’être nourris par l’homme, précise le parc zoologique. Toutefois, ce programme de réintroduction est bénéfique à l’espèce mais également plus largement : pour viser l’autonomie alimentaire des ibis chauves, les autorités locales mettent en place des mesures de protection de l’environnement à proximité des trois falaises sur lesquelles évoluent ces oiseaux. Elles privilégient également une agriculture plus responsable et contrôle strictement l’usage des pesticides qui nuisent aux insectes, qui font partie du régime alimentaire de l’ibis chauve. »

Toute l’opération ainsi que le suivi des animaux une fois relâchés dans la nature sont assurés par des chercheurs et des bénévoles du Proyecto Eremita. Aujourd’hui, environ 25 couples d’ibis chauves, soit une soixantaine d’individus au total en comptant les juvéniles, vivent en Andalousie. « Deux jeunes nés en Andalousie de parents issus de parcs zoologiques ont même été observés au Maroc », dévoile Mulhouse.

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