Dans la tourmente depuis l’obligation de fermer leurs portes au public le dimanche 15 mars, les parcs animaliers naviguent à vue. Tous les jours, soigneurs, vétérinaires ou encore agents d’entretien des espaces verts sont désormais les seuls à arpenter les allées pour s’occuper des animaux. Tous les jours, la trésorerie se creuse davantage, avec une question sur toutes les lèvres : comment tenir ?

La pandémie de Covid-19 continue de se répandre partout dans le monde et, déjà, les conséquences sont visibles. En plus de la crise sanitaire se profile désormais la crise économique, qui touche de nombreux secteurs d’activité. L’un d’eux est particulièrement affecté : celui des parcs animaliers et aquariums. Et pour cause, ces établissements désormais privés de leur principale source de revenus – à savoir la vente de billets d’entrée – maintiennent toutefois leurs dépenses à un niveau quasi-similaire à l’avant-crise. Après six semaines de confinement et certainement une prolongation de la fermeture au public jusqu’en juillet, la situation se tend. Et ce, malgré l’aide de 19 millions d’euros annoncée par l’Etat.

Difficultés financières

Le constat est sans appel. « Cela va faire très mal », s’inquiète Sandrine Filizzola, responsable communication du Domaine des Fauves, en Isère. Rouvert depuis le 22 février pour les vacances d’hiver, ce parc zoologique qui accueille plusieurs espèces de félins, de primates et de rapaces a dû fermer ses portes le 14 mars au soir. « Comme tout le monde, nous l’avons appris la veille au soir. Même si nous nous doutions d’une obligation de fermeture imminente, nous pensions que cela débuterait le lundi », poursuit-elle.

Dôme ZooParc de Beauval
La construction du dôme de Beauval a nécessité un investissement de 40 millions d'euros.

Un coup dur, d’autant que les vacances de printemps sont souvent synonymes de fortes fréquentations pour les zoos de France. « A Pâques, de nombreuses familles viennent au zoo. Cette période est généralement intense pour nous », commente Brice Lefaux, directeur et vétérinaire du Parc zoologique et botanique de Mulhouse. Fin mars, le manque à gagner pour l’établissement était déjà estimé à 500.000 euros. « Et nous tablons sur -1,7 millions d’euros si la fermeture se prolonge jusqu’en juin », ajoute Brice Lefaux. Au ZooParc de Beauval, les chiffres explosent : selon le directeur Rodolphe Delord, le manque à gagner serait compris entre 10 et 15 millions d’euros sur un seul mois ! Sans compter que le zoo qui a vu naître le premier bébé panda géant de France est encore en train d’éponger les 40 millions investis pour la construction de son dôme équatorial, inauguré le 8 février 2020.

Une situation critique, d’autant que les dépenses, elles, continuent. Au Bioparc de Doué-la-Fontaine, le parc débourse tous les mois 200.000 euros pour nourrir et soigner les animaux ainsi qu’assurer les salaires du personnel. Au Parc Animalier d’Auvergne, ce sont plus de 50.000 euros qui sortent chaque mois, sans aucune rentrée d’argent. « Nous sommes confrontés dans l’immédiat à un problème de trésorerie, certes, mais nous nous posons aussi des questions quant à notre futur, confie le directeur Pascal Damois. D’ici mi-juillet [date potentiellement envisagée pour une réouverture des parcs animaliers en France, NDLR], nous aurons donc -200.000 euros de trésorerie, sans parler du manque à gagner sur la période. »

Priorité aux animaux et aux salariés

Nourrissage au Parc animalier d'Auvergne
Nourrissage au Parc animalier d'Auvergne.

Depuis le début du confinement, les équipes ont été réorganisées avec mise en chômage partiel pour ceux qui le peuvent. Mais il faut rester mobiliser pour les animaux et continuer de les nourrir et les soigner. « La priorité, ce sont les animaux et leur bien-être. Heureusement pour l’instant, tous se portent bien. Et les soigneurs gardent le moral », rassure Sandrine Filizzola.

De l’autre côté de la France, au Parc Animalier d’Auvergne, même discours : il ne faut pas lâcher les efforts pour les animaux. Le directeur du parc a même fait revenir des agents d’entretien des espaces verts pour s’occuper des enclos des animaux. « Avec l’arrivée du printemps, c’était nécessaire. Nous ne voulons pas que les animaux vivent dans des espaces où profilèrent les ronces et les orties », explique-t-il.

Des protocoles particuliers ont également été mis en place pour s’assurer que les animaux ne courent pas le risque de contracter le virus. Le sujet est surtout sensible sur les grands primates, qui partagent 98 % et plus de leur patrimoine génétique avec l’homme, et pourraient donc contracter le Covid-19. Et depuis qu’une tigresse a été testée positive au Zoo du Bronx, à New York, la question se pose aussi pour les félins et, pourquoi pas, d’autres animaux.

A la sécurité des animaux s’ajoutent celles des salariés des zoos. Si les fonctions administratives peuvent généralement télétravailler et que les agents d’accueil, restauration et boutique sont en chômage, d’autres métiers du zoo doivent continuer de travailler sur place. « A Mulhouse, nous avons gardé un effectif minimum pour pouvoir travailler sereinement dans de bonnes conditions : une quinzaine de personnes s’occupent de nos 1200 animaux, détaille le directeur. Nous avons mis en place un système de rotation pour que nos soigneurs ne se croisent pas et respectent ainsi les consignes de distanciation. Sur le secteur « carnivores » par exemple, l’équipe est coupée en deux. L’objectif, c’est de ne pas se croiser. »

Gel des chantiers

Parc animalier d'Auvergne pendant le confinement
Les allées du Parc animalier d'Auvergne pendant le confinement.

En ces temps incertains, les zoos ont préféré mettre à l’arrêt les projets qu’ils avaient engagés en ce début d’année et repousser à une date ultérieure ceux à venir. C’est le cas par exemple au Parc Animalier d’Auvergne.

« L’an dernier nous avons investi près de 700.000 euros dans le parc, et nous allions lancer une nouvelle tranche d’investissements, de l’ordre de 550.000 euros pour l’année 2020, raconte Pascal Damois. Mais avec une baisse attendue de -40 % du chiffre d’affaires, ce sera compliqué. » Cet investissement devait servir à construire un restaurant d’ici cet été ainsi qu’à terminer un chantier lancé en janvier et qui devait être la grande nouveauté du parc cette année : un enclos avec des paresseux, des tatous et des pinchés à crête blanche. Le tout, à l’intérieur du nouveau restaurant ! « Nous espérons au moins terminer cet espace pour l’été, mais le restaurant ne sera pas terminé avant l’automne. Donc nous raterons la saison estivale. »

Arrêt également des chantiers au Domaine des Fauves. « Nous venions de terminer l’enclos pour les suricates juste avant la réouverture, mais tout le reste a été mis en stand-by, explique la responsable communication du parc. Nous devions notamment rénover complètement un enclos, mais nous n’avons ni le personnel ni les fonds pour le faire. »

Sauf cas exceptionnel, les transferts d’animaux sont également à l’arrêt. A l’exception de Nanuq, l’ours polaire de Mulhouse, qui a pu quitter sa mère pour rejoindre temporairement le CERZA, en Normandie, en attendant que son enclos soit terminé au Zoo de la Flèche. Mais la situation l’exigeait, car des tensions étaient apparues avec Sesi.

Les zoos privés particulièrement inquiets

Plusieurs parcs animaliers ont lancé quelques initiatives pour les aider à faire face à la crise actuelle et à venir. « Nous n’avons pas prévu de lancer de cagnottes en ligne ni d’appel aux dons de nourriture pour l’instant. Notamment parce que nous avons ce qu’il faut pour le moment, et que tout ce qui est fruits et légumes sont des denrées périssables, à consommer rapidement. En revanche, nous regardons du côté des aides de l’Etat pour voir comment nous débrouiller », explique Sandrine Filizzola du Domaine des Fauves.

Pour sortir la tête de l’eau, le Parc Animalier d’Auvergne s’est aussi tourné vers un prêt garanti par l’Etat. Il participe aussi à une vente d’œuvres d’art à l’effigie d’animaux sauvages, en partenariat avec la galerie d’art Volcanic’Arts, et a lancé un appel aux dons sur son site internet. « La mobilisation a été incroyable : en 36 heures, nous avions déjà récolté 150 dons, avec des montants très variables allant de 1 à 1000 euros, se réjouit Pascal Damois. Cet élan de solidarité nous a redonné du baume au cœur, l’équipe en avait vraiment besoin. »

il faut dire que l’inquiétude est particulièrement grande dans les zoos privés qui pourraient, faute de ressources financières suffisantes et de dettes trop lourds, déposer le bilan. Les zoos publics, de leur côté, devraient faire preuve des davantage de résilience grâce aux soutiens dont ils bénéficient. « Nous avons le privilège de dépendre d’une grande agglomération, rappelle Brice Lefaux à Mulhouse. La situation sera bien entendu délicate à la fin de l’année quand nous ferons les comptes et cela impactera notre organisation de l’année prochaine, mais nous aurons toujours de quoi nourrir les animaux et payer nos salariés. »

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