Avec plus de 98 % d’ADN en commun avec l’homme, les chimpanzés et les bonobos sont nos plus proches parents. En cette période de pandémie mondiale, il n’est pas vain de craindre pour leur santé autant que pour la nôtre, surtout quand on travaille en étroite relation au quotidien avec ces animaux. Comment réagissent les parcs animaliers spécialisés dans les singes et primates face à cette menace ? Nous avons interrogé trois d’entre eux pour connaître les mesures mises en place.

Le message principal est « nous n’avons pas peur d’attraper le virus, nous avons peur de leur transmettre » et toutes les mesures vont d’ailleurs en ce sens. Car si les animaux peuvent être infectés, en parc animalier il faut bien comprendre qu’ils ne sont pas porteurs du Covid-19 puisque le virus provient du milieu sauvage.

Quels pensionnaires peuvent être touchés ?

Les grands primates au patrimoine génétique proche du nôtre semblent les plus à même d’être touchés par le virus. Mais une étude chinoise a prouvé que des macaques rhésus, espèce notamment visible à Planète Sauvage, y sont également sensibles. Ce qui signifierait que tous les singes peuvent potentiellement être touchés.

Parmi les parcs que nous avons interrogés, seule la Vallée des Singes présente au public de grands primates comme les gorilles ou les chimpanzés. La Montagne des singes, elle, a fondé son concept sur une espèce unique, le macaque de Barbarie aussi appelé magot. 240 spécimens répartis en plusieurs familles vivent ainsi en groupe naturel aux zones vitales bien délimitées sur un espace de 24 hectares sans barrière autre que celle en bois qui indique au visiteur le sentier.
Une situation proche de celle de Terre de singes où les 47 magots cohabitent dans un parc arboré de 15 hectares, les 15 géladas sur deux hectares, et il en est de même pour toutes les autres espèces présentées.

« Nous ne sommes pas trop inquiet », déclare d’ailleurs Jérôme Catinaud, vétérinaire des deux parcs zoologiques Lumigny, Terre de Singes et le Parc des Félins. Dans ces deux parcs, il n’y a pas de bâtiments de nuit et les animaux sont naturellement distants avec les soigneurs qui ont bien sûr interdiction de toucher les singes.

zoos intervenants
Localisation des trois parcs animaliers qui témoignent dans cet article.

A la Vallée des Singes, le directeur Jean-Pascal Guéry nous explique :« Les vétérinaires pensent que les primates de l’Ancien Monde – qui possèdent les mêmes récepteurs au virus que l’homme – sont plus à risque que ceux du Nouveau Monde (l’Amérique du sud) ». Pour autant, les 450 pensionnaires, qu’ils soient grands primates ou petits singes, font l’objet des mêmes mesures de protection car il serait catastrophique qu’un animal soit contaminé. Les animaux, pour leur bien-être, ne pouvant rester confinés. Le parc a même mis à disposition d’un hôpital son réanimateur suivant ainsi les recommandations de l’Agence régionale de Santé.

Les félins également sensibles au virus

Mais il se pourrait que les singes et primates ne soient pas les seuls animaux sensibles au Covid-19. Au Zoo du Bronx, sept félins auraient été infectés, dont une tigresse de Malaisie testée positive à la maladie. Et tous ne proviennent pas d’espèces asiatiques puisque parmi eux trois lions d’Afrique sont malades. Il semblerait que ce soit un soigneur asymptomatique qui leur ait transmis involontairement le virus.

Interrogé sur la crainte de voir les pensionnaires du Parc des Félins infectés à leur tour, Jérôme Catinaud, son vétérinaire, se veut rassurant. Les mesures seront les mêmes pour les singes comme pour les félins : « Les animaux sont sous surveillance vétérinaire permanente, nous serons donc seulement plus attentifs à d’éventuels signes respiratoires pouvant apparaître sur nos félins et primates (toux, éternuements en particulier) et testerons systématiquement dans ce cas pour le SARS CoV-2 puisque le Covid-19 est maintenant classé comme « maladie réglementée à déclaration obligatoire » par nos administrations.»
Des procédures bien entendu encore théoriques car rappelons-le, aucun animal de parc animalier français n’a encore testé positif au Covid-19.

Les mesures mises en place pour protéger les salariés comme les animaux

La Montagne des singes : personnel minimum et préparation de l’après confinement

Guillaume de Turckheim, directeur de la Montagne des singes, a mis en place au sein de son parc le chômage partiel et le télétravail quand le poste le permet pour permettre aux salariés de ne pas se croiser. Mais pour s’occuper des animaux et de l’entretien de la forêt des magots, du personnel est bien sûr toujours sur le terrain. « Une personne va s’occuper chaque jour de nourrir, suivre et veiller sur les macaques, tandis que d’autres salariés s’occupent de la forêt et prévoient déjà les systèmes d’irrigation pour les végétaux pour les sécheresses de cet été, mais il n’y a aucun contact entre euxIls sont contents de venir et de ne pas être confinés », nous confie le fils du fondateur du parc, Gilbert de Turckheim.

Vallée des singes : gants, masques et hygiène

A la Vallée des singes, presque toute l’équipe est à son poste mais les occasions qui rassemblaient les salariés ont été momentané suspendues (briefing, pause déjeuner, etc.). Les soigneurs animaliers travaillent seuls et quand un secteur nécessite deux personnes, elles ont pour consigne de s’éloigner le plus possible l’une de l’autre. « Nous avons interdit le nettoyage au karsher des bâtiments pour éviter toute vaporisation et nous demandons à nos salariés de ne pas porter leurs vêtements de l’extérieur au parc pour éviter d’y propager le virus. Chaque soigneur est également équipé d’un masque – sur lequel il note son nom – et de gants de protection. Et puis nous avons stoppé le peu de training médical que nous faisions pour respecter une distance de sécurité avec les animaux. »

Enfin, mais c’était déjà le cas avant l’apparition de ce coronavirus, des pédiluves sont installés devant chaque bâtiment pour nettoyer les bactéries présentes sous les semelles du personnel.

nourrissage chimpanzé
A la Vallée des Singes, la plupart des animaux sont sur des îles ce qui permet une distance naturelle avec l’homme.

Terre de singes et Parc des Félins : le repas, une préparation cruciale

En Seine-et-Marne, une distance de minimum deux mètres est respectée entre les pensionnaires et le personnel, et l’accent est mis sur les règles d’hygiènes de base, comme le nettoyage des mains au savon, plus que sur les protections matérielles. « Les gants et masques de protection ne sont utilisés que lors des interventions médicales et manipulations, ce qui n’est pas si fréquent », nous explique-t-on. « Les seuls « renforcements » effectués sont l’intensification de la désinfection des mains avec du gel hydroalcoolique et la désinfection des véhicules et des matériels d’usage autres que les ustensiles de cuisine, à chaque rotation d’équipe, car le seul moment d’une possible transmission serait lors de la distribution de l’alimentation. »

L’état d’esprit des équipes et les craintes des parcs animaliers

De manière unanime, les trois parcs animaliers interrogés louent le comportement exemplaire de leurs salariés. Un « bel esprit » note Jean-Pascal Guéry tandis qu’il a dû réduire le nombre d’heures de ses soigneurs pour diminuer ses charges et qu’il leur prête mains fortes. Une « bel entraide » selon ses mots, qui se ressent également dans les deux autres parcs spécialisés primates. Le directeur de la Montagne des singes se dit même chanceux de travailler dans de grands espaces tandis que le reste de la France est confiné. « Les soigneurs sont là pour veiller au bien-être animal et ils sont contents de venir. »

Même chose chez Terre de singes, où le vétérinaire avoue qu’on lui a bien posé quelques questions sur la transmission du virus mais surtout par peur de contaminer les pensionnaires. Les soigneurs sont d’ailleurs sommés de ne pas venir travailler s’ils ont le moindre doute sur leur santé. Pour autant, Jérôme Catinaud salue l’implication de l’équipe qui est exemplaire.

capucin qui mange
Si la nourriture n’est actuellement pas un problème, la situation est surveillée avec anxiété.

Mais derrière ce bel élan de solidarité des équipes, les parcs animaliers ont tout de même quelques craintes. L’absence de visiteurs pèse sur les trésoreries et donc l’embauche de stagiaires comme de saisonniers, habituelle en cette saison. Les stocks de nourritures pourraient également devenir un sujet épineux. Si pour Jean-Pascal Guéry et Guillaume de Turckheim la nourriture des animaux n’est pas un problème puisque que la Vallée des Singes et la Montagne des singes continuent à être livrées trois fois par semaine en fruits et légumes, pour les deux parcs de Lumigny en revanche, Jérôme Catinaud avoue que c’est un sujet à tension. Si le parc a fait le plein d’aliments déshydratés en avance, tous ses pensionnaires ne s’en satisfont pas comme par exemple les géladas, herbivores, qui nécessitent des fruits et légumes frais. Actuellement, la livraison hebdomadaire de leur fournisseur a toujours lieu mais l’alimentation pourrait devenir un souci pour ces parcs très proches de la région parisienne et donc soumis à de fortes demandes.

Ce que préconisent les institutions :
Il y a quelques jours encore, l’UICN et l’EAZA n’avaient émis des recommandations qu’au sujet des grands singes pour lesquels ils préconisaient de prendre des mesures de protection. Aujourd’hui, il est préconisé que des prélèvements sanguins soient systématiquement réalisés lors des interventions sur les animaux (autres que pour une éventuelle suspicion de Covid19)
Les échantillons seront conservés et serviront ultérieurement pour des analyses sérologiques/PCR qui permettront de surveiller l’éventuelle circulation du virus parmi les animaux et ainsi renforcer les bases de données actuelles et les connaissances sur ce virus (barrière d’espèce, taux de morbidité, type de symptômes etc.). Ces prélèvements se feront lors d’interventions nécessaires sur les animaux, ce qui ne correspond pas à des protocoles de recherche ou de l’expérimentation animale.
Source : Jérôme Catinaud.

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