Annoncées le 29 septembre 2020 par Barbara Pompili, la fin progressive des delphinariums et celle de la faune sauvage dans les cirques itinérants vient de connaître un énième rebondissement. La commission des affaires économiques du Sénat a adopté la proposition de loi ce mercredi 22 septembre… en la vidant en grande partie de son contenu !

Un projet de loi renommé et vidé en bonne partie de son contenu

Déjà adopté par l’Assemblée nationale, le projet de loi de Lutte contre la maltraitance animale contenait des mesures visant les animaux domestiques et la faune sauvage. Tandis que c’était au tour de la commission des affaires économiques de se pencher sur ces mesures, surprise ! Celle-ci a non seulement vidé le projet de ses annonces phares mais a même renommé le texte afin qu’il corresponde plus à son contenu : « proposition de loi visant à renforcer les liens entre humains et animaux ».

Le projet de loi définitif pourrait encore toutefois être modifié, la commission mixte paritaire devant se réunir après le Sénat sur le sujet, afin de trouver un accord entre dans les deux assemblées.

Les delphinariums autorisés à poursuivre leur activité

Parmi les sujets sur lesquels le Sénat est revenu, les delphinariums et la présence de faune sauvage dans les cirques itinérants.

Concernant les delphinariums, voici ce qu’indique le communiqué de presse du Sénat :

« S’agissant des animaux sauvages, la commission des affaires économiques a permis aux delphinariums de poursuivre leur activité, en instituant un conseil spécialisé offrant une véritable expertise scientifique, pour éclairer les décisions des pouvoirs publics dans la recherche de solutions opérationnelles pour les cétacés. En cas de manquement constaté, des interdictions ciblées pourraient être prononcées. »

Exit donc l’interdiction nationale ! Dans son annonce de 2020, Barbara Pompili souhaitait pourtant interdire la détention des orques et des dauphins à des fins de spectacle d’ici 2022 pour les premiers et 2027 pour les seconds, mais aussi l’interdiction immédiate de reproduction et d’introduction de nouveaux cétacés dans les delphinariums français. Des mesures qui, sauf modification de la CMP, ne seront donc pas mises en oeuvre.

Que reste-t-il des delphinariums français ?

Début 2021, le Parc Astérix, l’un des trois delphinariums français, annonçait la fin définitive des cétacés et des otaries au sein du parc d’attractions. Une annonce suivie très vite par le transfert des animaux.

Officiellement, Nicolas Kremer expliquait son choix par une volonté de se recentrer sur l’activité principale du site, à savoir les attractions. Mais l’ombre de l’interdiction des delphinariums planait bien sûr sur cette décision.

Il ne reste donc plus que deux établissements zoologiques en France à compter des cétacés comme pensionnaires : Planète Sauvage et Marineland. Des membres de la direction des deux parcs sont d’ailleurs signataires d’une tribune publiée dans Le Monde cette semaine, visant à rappeler l’importance des zoos modernes notamment pour la sauvegarde des cétacés.

Autour de Martin Boye, directeur scientifique de Planète Sauvage et Président de Planète Sauvage Nature et Isabelle Brasseur, directrice recherche, conservation et éducation du Marineland Antibes, 80 éthologues, vétérinaires et biologistes ont signé cette tribune dont voici quelques extraits :

« Nous, signataires de cette tribune, sommes témoins des conditions offertes aux animaux en institutions zoologiques et de leur utilité pour sensibiliser le plus grand nombre aux menaces grandissantes que nous les voyons affronter dans leur milieu naturel, tout particulièrement les dauphins et les marsouins. […]

Nous voulons également partager notre inquiétude quant au devenir des dauphins français qui se reproduisent naturellement dans les zoos modernes. Plus de 90 % des individus y sont nés et les prélèvements en milieu naturel sont interdits en Europe depuis plus de trente ans. Ni dans le projet de loi visant à lutter contre la maltraitance animale examiné le 22 septembre au Sénat, ni dans les annonces de Barbara Pompili n’est proposée pour eux de solution d’hébergement aussi convaincante en matière de respect du bien-être animal que celle offerte par les institutions zoologiques modernes. » (Le Monde)

La réaction de Rodolphe Delord, directeur de l’AFDPZ

Suite à la décision de la commission des affaires économiques, nous avons pu interroger le directeur du ZooParc de Beauval également président de l’Association Française des Parcs Zoologiques (AFDPZ), Rodolphe Delord. Si celui-ci juge que c’est une bonne chose que les delphinariums puissent continuer, il rappelle tout de même que la loi n’est pas encore complètement adoptée et devra passer certainement en hémicycle puis en commission mixte paritaire (CMP) avant qu’un texte définitif ne soit adopté.

Toutefois, il y a peu de chances que la loi finale aille contre la décision de la commission comme il nous l’explique : « Anne Chain-Larché [NDLR : la rapporteure sénatrice du projet de loi] est venue à Beauval au moins de juillet puis nous sommes allés ensemble à Planète Sauvage, elle a fait les choses bien, en creusant le sujet. »

« Nous [l’AFDPZ] ce que nous souhaitons surtout, c’est que Planète Sauvage puisse effectuer les travaux importants pour ses dauphins qui sont en stand-by depuis plusieurs années maintenant à cause du flou législatif quant à l’avenir des delphinariums. Les dauphins doivent être conservés en parcs zoologiques, comme n’importe quelle autre espèce », nous résume-t-il.

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