Selon l’INSEE, 25 % des entreprises font faillite dans les deux premières années de leur existence. Or, n’en déplaise à certains, un parc zoologique reste une entreprise, avec des charges fixes très importantes et une obligation de rentabilité pour perdurer. Les premières années, l’enjeu est donc de taille, surtout qu’en plus de l’humain et du financier, il faut aussi gérer l’animalier, le plus imprévisible.

Pour revenir sur cette étape fondamentale qu’est la première année de vie d’un parc, les fondateurs du zoo-refuge La Tanière et d’Ecozonia, tous deux inaugurés en 2021, partagent leur expérience.

Des années de préparation avant le jour J

Avant la consécration du jour de l’ouverture, il y a des années de préparation pour un parc zoologique : 6 ans dans le cas de la Tanière Zoo-Refuge, dont 2 ans juste de démarches administratives, et 4 ans pour Ecozonia, dont 1,5 an de formalités. Un investissement en temps et en argent conséquent, sans doute bien supérieur à la plupart des créations d’entreprises, mais qui s’explique par la complexité du projet.

En effet, les parcs animaliers nécessitent l’obtention de nombreuses autorisations administratives comme celles d’accueillir du public, de détenir des animaux dangereux, la réalisation de travaux conséquents, le recrutement et la formation du personnel, l’anticipation des situations d’urgence, etc.

Circuit, accessibilité, point de vue : le crash test de la première année

Autant de préparatifs pour autoriser l’ouverture et éviter des déconvenues lors de la première année d’exploitation du site. Mais, rien ne vaut l’expérience et des ajustements sont toujours nécessaires dans les mois qui suivent l’ouverture d’un parc. Patrick Violas, fondateur de la Tanière Zoo-Refuge, nous confie avoir eu peu de mauvaises surprises :

« Les gens ne venaient pas chez nous pour voir quelque chose de nickel du premier coup, il n’y avait pas de fortes attentes du public de ce côté-là. En revanche, on nous a très vite rapporté des problèmes de circulation pour les personnes à mobilité réduite. »

Du côté de Cyril Vaccaro, fondateur d’Ecozonia, l’accessibilité du terrain a également très vite posé des problèmes :

« Notre parc présente un fort dénivelé, c’est un site montagnard avec des chemins en pierre. Nous avions prévu pour les familles des porte-bébés afin de faciliter les déplacements mais très vite, ils nous ont dit « un porte bébé, oui, mais et où est-ce qu’on met nos sacs ? » Nous avons rapidement investi dans une dizaine de poussettes tout-terrain et, aujourd’hui encore, les porte-bébés ne sont pas utilisés quand les poussettes, elles, le sont. »

Ecozonia est un parc au dénivelé important, pas toujours facile d’accès en poussette traditionnelle.

Des détails anodins, mais qui peuvent rapidement vous priver d’une partie du public cible. Le parcours du parc lui-même peut évoluer après l’ouverture, selon les retours des visiteurs. « On savait qu’il y aurait une période d’adaptation, on avait prévu un circuit mais, voilà, il faut composer avec la variante animalière. Pour l’année 2, on va changer des choses », explique Cyril Vaccaro.

En effet, le premier enclos arrive après 10 minutes de marche et il s’agit de deux chiens viverrins. « On le savait, c’est une espèce plutôt nocturne, mais là on n’a vraiment pas eu de chance, ces deux individus-là particulièrement ne bougent pas du tout en journée, cela crée une frustration pour le visiteur parce que c’est la première chose qu’il voit du parc. »

Qu’à cela ne tienne, des loutres d’Europe viendront dynamiser cette espace et cohabiter avec les chiens.

A la Tanière aussi, les remarques des visiteurs sont prises en compte : « On avait des installations qui faisaient plus refuge que zoo, et finalement les gens qui viennent veulent quand même voir les animaux, donc nous avons dû rapidement rajouter des points de vue et des vitres aux enclos. On nous a aussi rapporté qu’il manquait des points d’ombre pour l’été mais surtout, ce que nous n’avions pas prévu, c’était une telle affluence. Il a fallu gérer la fréquentation en flèche, qui a dépassé nos attentes. On avait prévu un parking de 600 places et on s’est retrouvé avec jusqu’à 2000-2500 personnes par jour en juillet. Il a fallu trouver des parkings supplémentaires et instaurer un système de navettes. »

Ouvrir un parc zoologique en période de Covid

Mais ce qu’aucun des deux directeurs n’avaient anticipé, c’est bien sûr l’impact du Covid-19 sur les derniers travaux du parc et sur la première année d’exploitation. A Nogent-le-Phaye, la Tanière est passée de 2000 visiteurs par jour à 300 à partir du 21 juillet à cause de l’instauration du pass sanitaire. Raison pour laquelle le parc avait fait les gros titres en tenant tête à la préfecture en refusant de demander leur pass à ses visiteurs avant d’être mis en demeure et d’abdiquer.

Des circonstances qui amènent Patrick Violas à relativiser le succès de l’inauguration de son établissement : « Cette première année a été très encourageante, mais tous les problèmes liés au Covid nous ont bouleversés, on est debout mais on aurait pu disparaître. On a perdu en tout 7 millions d’euros : 6 millions en repoussant l’ouverture et 1 million en manque à gagner quand le pass sanitaire est arrivé. »

ouverture de la taniere
La Tanière est passée de 2000 visiteurs par jour à 300 à partir du 21 juillet à cause de l’instauration du pass sanitaire.

Du côté de Perpignan, à Ecozonia aussi le Covid a laissé des traces : « La crise sanitaire est arrivée en plein milieu des travaux, il a fallu gérer les allers-retours des entreprises sur le chantier, et les défections, parce que quand ils étaient 20 au départ, ils reprenaient le chantier à 10 ensuite… » Un retard qui s’est accumulé et qu’il a fallu gérer. Ecozonia devait initialement ouvrir en décembre 2020, il ouvrira finalement le mercredi 19 mai 2021, quand le gouvernement autorisera l’ensemble des parcs zoologiques à rouvrir leurs portes.

Le soulagement du concept qui fonctionne

Malgré ces adaptations plus ou moins urgentes, la première année d’un parc zoologique est bien sûr aussi faite de grands bonheurs. Pour Cyril Vaccaro, c’est surtout le sentiment de soulagement qui domine. « Nous avons pris un gros risque avec nos écolodges à la scénographie inédite et nous avons eu d’excellents retours de tous nos locataires. On s’y attendait, mais ça a été vraiment un soulagement. »

Autre soulagement, celui de voir le public adhérer au concept des soigneurs-animateurs. « Chez nous, les nourrissages se font de manière aléatoire, il n’y a pas d’heure fixe. L’équipe est au contact des visiteurs dans les allées, ils se baladent, répondent aux questions. Tout est complètement aléatoire et ça marche très très bien. Soigneurs comme visiteurs ont très bien réagi à ce fonctionnement. »

Mais pour le directeur d’Ecozonia, la petite déception de l’année restera le fait que le public n’a pas tout compris au concept du parc : « On a décidé de travailler par éco-zone et la première que nous avons ouverte est le Krai du Primorie, l’Extrême-Orient russe. Or, les visiteurs nous ont demandé pourquoi tout était en Russe dans le parc. Sans doute que quand on ouvrira la seconde zone, les gens comprendront davantage.

La première éco-zone à avoir ouvert ses portes à Ecozonia est celle du Kraï du Primorie, en Russie. Un concept qui a dépassé certains visiteurs.

Un travail de communication et de pédagogie que seule l’expérience terrain permet d’améliorer.

La seconde partie du parc sera dédiée à la province Lambayesque, au Pérou, et devrait ouvrir entre 2023 et 2024.

Pour Patrick Violas, la grande surprise est venue de la fréquentation plus forte qu’estimée et surtout de la réaction de ses pensionnaires : « On ne savait pas du tout comment allait se comporter nos animaux, ils ont tous un lourd passé mais j’ai vraiment eu l’impression qu’ils ont tous joué le jeu, certains étaient même très curieux et s’approchaient des gens. Même les primates issus de laboratoire, qui avaient du mal initialement avec le public : nous avons pu ouvrir progressivement leur espace et, à présent, tout se passe bien. »

Le rôle de directeur de parc animalier dans sa première année

C’est peut-être la plus grosse différence entre nos deux témoins. Pour le créateur d’Ecozonia, il n’y a pas eu de réelle différence entre l’idée qu’il se faisait du quotidien de directeur de parc zoologique et la réalité. Et pour cause, Cyril Vaccaro est issu de ce métier. Après 13 ans d’expérience comme responsable du secteur carnivore de la Réserve africaine de Sigean, il a pu se frotter aux responsabilités en assistant la direction de Sanary-sur-Mer, près de Bandol.

Pour Patrick Violas en revanche, il s’agissait d’un nouveau départ. Malgré son expérience entrepreneuriale importante en tant que PDG de Cinq sur Cinq, dans le secteur de la téléphonie mobile, « nous partions de zéro, » nous confie-t-il « on n’avait pas du tout d’expérience ».

fondateur ecozonia
Patrick Violas et un wallaby à La Tanière Zoo-refuge.

D’ailleurs, très vite, il a dû recruter un directeur pour le seconder dans la gestion du personnel, des soigneurs et l’organisation du parc. « Je n’avais pas anticipé l’aspect temps que demande le contact avec le public. Je pensais continuer à faire des constructions et, en fait, j’ai passé énormément de temps sur le terrain, à poser pour des photos, en séance dédicace, où à répondre aux questions du public. Notre présence dans les allées répond à une demande du public, et je compte bien continuer à le faire, mais ça demande beaucoup plus de temps que je ne l’avais anticipé. »

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