Près de 2 000 pensionnaires sont tués chaque année par les zoos européens. Une pratique tout à fait légale dans de nombreux pays et qui ne touche pas que des individus malades. Mais est-ce indispensable ?

Bébés lions au zoo
Le zoo Boras, en Suède, a euthanasié neuf lionceaux en bonne santé

En début d’année, un zoo suédois a annoncé avoir euthanasié neuf lionceaux pourtant en parfaite santé. Les raisons invoquées : le risque d’attaque par leurs congénères adultes et l’impossibilité de transférer les félins en surnombre dans un autre parc animalier. L’affaire a déclenché une vague d’indignation et, pourtant, il ne s’agit pas d’un cas isolé. En 2014, un autre scandale avait défrayé la chronique au Danemark lorsqu’un zoo avait tué un girafon avant de le donner à manger aux lions. Un an plus tard, il a remis le couvert en euthanasiant un jeune lion avant de le disséquer en public. Plus récemment, en 2017, la Pinède des Singes a vu 140 macaques de Java être euthanasiés sur décision de la préfecture des Landes. La raison : ils étaient tous porteurs d’un virus dangereux pour l’Homme, l’herpès neurologique. Bref, les exemples sont légion. D’après les derniers chiffres communiqués par l’Association européenne des aquariums et des zoos (EAZA), environ 2 000 animaux sont euthanasiés chaque année dans les parcs européens. Un chiffre impressionnant qui inclut selon l’association aussi bien les insectes, les œufs de reptiles ou d’oiseaux et les autres animaux. « Les mammifères ne représentent que 0,6 % des euthanasies, soit environ 200 individus par an », détaille l’EAZA. Ce résultat est toutefois en diminution si on le compare à celui avancé en 2015, qui faisait état de 3 000 à 5 000 animaux abattus en Europe.

L’euthanasie dans les zoos, une pratique légale

« Dans la majorité des cas, l’euthanasie est pratiquée en cas de maladie », veut rassurer l’association européenne. « Sont donc concernés les animaux atteints de pathologies incurables ou souffrant trop pour continuer à vivre décemment ». Pourtant, il n’est pas rare qu’un zoo emploie cette pratique pour lutter contre le risque de consanguinité et donc de dérive génétique, pour contrôler les naissances ou encore en cas de risque d’attaques par d’autres congénères comme l’a avancé le zoo suédois. Il n’existe pas de loi européenne qui empêche les parcs animaliers d’y recourir. La législation en la matière varie en fait selon le pays concerné. « Dans la majorité d’entre eux, l’euthanasie est autorisée et dans d’autres, comme en Pologne ou en Italie, il est totalement interdit de tuer un animal en bonne santé », précise l’EAZA. A noter que la pratique semble particulièrement courante dans les zoos du Nord de l’Europe.

L’avis des professionnels

En 2015, l’association qui compte plus de 400 zoos et aquariums européens parmi ses membres a souhaité affirmer sa position en la matière, regrettant qu’il n’existe pas de règlement plus officiel à l’échelle européenne. Elle a donc rédigé une charte sur l’abattage des animaux dans les parcs. Un document de trois pages dans lequel l’EAZA estime que ses membres « doivent prendre au sérieux leurs obligations en matière de gestion de la population, et assumer la pleine et entière responsabilité de toute décision qui porte atteinte à la viabilité et à la santé de la population globale de l’espèce, à la fois dans l’établissement et dans la région en appliquant un programme d’élevage pertinent ». Pas question, en revanche, de blâmer les zoos qui recourent à l’euthanasie pour les raisons évoquées précédemment, à savoir en cas de risque d’attaque et lorsque la séparation est impossible, ou en cas de dérive génétique potentielle et si la contraception n’est pas apparue comme une solution efficace. « L’accomplissement des objectifs de conservation et la viabilité de l’ensemble de la population peuvent, sous certaines conditions, primer sur le droit à la vie d’animaux individuels spécifiques », précise la charte.

L’EAZA assure toutefois vouloir éviter toute dérive. « Si nous recevons une plainte officielle au sujet de l’abattage d’un animal, alors nous ouvrons une enquête », précise-t-elle. Attention, « pour être légitime, la plainte doit rapporter des faits prouvant que l’euthanasie n’a pas été pratiquée dans les règles de notre code de déontologie », ajoute l’association. Et d’ajouter : « cependant, nos membres sont attachés au bien-être des animaux et ne les tuent pas à la légère ».

Quelles alternatives à l’abattage des animaux ?

Si le risque de consanguinité est l’un des principaux facteurs permettant de justifier l’abattage d’animaux en bonne santé, pourquoi les zoos n’emploient-ils pas des méthodes contraceptives comme la pose d’un implant chez les femelles ou la castration chez les mâles ? Certains le font, bien entendu, mais d’autres ne le souhaitent pas. Au sujet des neuf lionceaux euthanasiés, le directeur du zoo de Boras (membre de l’EAZA) a ainsi déclaré à la presse ne pas recourir à la stérilisation ou à la contraception car « en accord avec leur bien-être, nos animaux doivent pouvoir exprimer tous leurs instincts naturels, y compris la reproduction et la maternité ».

Une autre méthode douce permet d’éviter les accouplements non désirés dans les zoos : l’organisation des populations. Il s’agit tout simplement de séparer les mâles des femelles en les plaçant dans des enclos différents, évitant ainsi tout risque d’accouplement. Mais encore faut-il que le zoo en question dispose de la place suffisante pour cela.

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