La question revient régulièrement sur le tapis quand on parle des zoos. Ces derniers sont en effet pointés du doigt pour être majoritairement des entreprises privées en France, qui « se feraient de l’argent sur le dos des animaux ». Il faut dire que cet argument se défend, au regard de l’historique des zoos et ménageries. A leur apparition et jusque tardivement, les zoos ne privilégiaient pas nécessairement le bien-être animal. Malgré les immenses avancées dans ce domaine, cette mauvaise image continue de coller à la peau des zoos. Et pas toujours sans raison. « Bien entendu, beaucoup d’établissements doivent encore aujourd’hui s’améliorer et certains n’ont même plus lieu d’exister », reconnaît volontiers Rodolphe Delord, directeur du ZooParc de Beauval et président de l’Association française des parcs zoologiques (AFdPZ). Le problème est-il l’argent ? Les zoos gagneraient-ils en légitimité s’ils devenaient des organismes à but non lucratif – associations ou fondations – comme le souhaite Chanee ?

Argent et transparence dans les zoos

« Mon principal problème, c’est l’argent, dénonce en effet le fondateur de Kalaweit dans sa vidéo postée sur Youtube fin juin 2020. La plupart des zoos sont des entreprises privées et, comme toute entreprise privée, ils doivent dégager du profit. On laisse donc l’avenir d’espèces menacées à un secteur privé. Même si ces parcs ont l’ambition de sauver ces espèces, ils ont aussi l’ambition de vendre leurs billets et remplir leurs hôtels pour certains. » Le groupe Looping par exemple, qui détient une quinzaine de parcs dont Planète Sauvage et le Zoo de la Flèche, entendait investir avant la crise 40 millions d’euros sur cinq ans dans l’hébergement. « Le nombre de lodges doit être porté de 10 à 40 à Planète Sauvage d’ici à 2024, et de 18 à une trentaine au Zoo de la Flèche, où un hôtel de 60 chambres est également prévu », écrivent Les Echos. Une somme colossale qui aurait pu être investie directement dans la conservation, selon les détracteurs du groupe.

Avec de tels objectifs financiers, il y aurait donc potentiellement des conflits d’intérêt dans les zoos privés, ces derniers devant opérer des choix entre investir pour le bien-être animal et la conservation des espèces menacées d’un côté, et attirer le public dans leurs établissements de l’autre. En d’autres termes, les zoos ne seraient pas vraiment libres de tout mettre en œuvre pour leur mission de conservation à partir du moment où ils fonctionnent comme n’importe quelle entreprise.

« Si les zoos devenaient des fondations ou des associations, ce serait une garantie que l’argent récolté via les entrées profite pleinement et entièrement à la conservation des espèces in situ ou ex situ », poursuit Chanee. Cela permettrait sans doute de rassurer pas mal de personnes, notamment dans le camp des anti-zoos. Mais est-ce que cela serait réellement efficace ? Du côté des zoos privés, la réponse est sans appel. Chanee le reconnaît lui-même en commentaire sous sa vidéo Youtube : à la question d’un internaute « Vous qui connaissez des directeurs de parcs, leur avez-vous déjà exposé l’idée d’être une association ou une fondation ? », il répond : « à certains oui, mais la réponse est souvent négative ».

Des précédents qui ont marqué les esprits

On l’aura compris, si le doute plane sur le bien-fondé des zoos privés, c’est en grande partie parce que par le passé, certains établissements se sont montrés particulièrement peu scrupuleux ou touchés par la cause animale. Enclos petits et bétonnés, spectacles mettant en scène des animaux dans des situations grotesques pour amuser le public, non-respect des besoins des animaux (vie nocturne, reproduction, etc.) sont quelques exemples des pratiques de certains zoos vivement dénoncées par les associations de défense animale.

Spectacles d'animaux dans les zoos
"Les spectacles où l'on voit des perroquets faire du vélo ne doivent plus exister", insiste Rodolphe Delord.

Si les choses vont aujourd’hui mieux dans l’ensemble, les zoos restent critiqués pour leur manque de participation à la conservation d’espèces menacées. Dans une enquête réalisée en 2011 auprès de 25 zoos et aquariums français tirés au hasard, l’association Code Animal a révélé que seuls 11 d’entre eux, donc moins de la moitié, semblaient contribuer (financièrement ou par un autre moyen) aux programmes de conservation in situ.

Mais la casquette de fondation ou association permet-elle à elle seule d’éviter les mauvais comportements ? Non, répond Jacques-Olivier Travers, directeur des Aigles du Léman et du Domaine des Fauves. « Je ne connais aucune structure qui fonctionne sans argent, déclare-t-il. Qu’il s’agisse d’un zoo privé ou d’une association, dans tous les cas il faut que de l’argent rentre pour que cela fonctionne. La seule différence, c’est qu’on parle de visiteurs dans le premier cas et de donateurs dans le deuxième. Mais l’un comme l’autre ont besoin d’attirer le public et font des efforts dans ce sens. Partant de ce constat, je ne vois pas de différence majeure. » Et d’ajouter : « D’ailleurs, il y a eu par le passé de gros scandales dans des associations, comme par exemple « les millions disparus de l’Association pour la recherche sur le Cancer (ARC) ». Cela prouve bien qu’il y a des bons et des mauvais partout. C’est une question de personnes et non de système. »

Gestion et résilience des zoos en cas de crise

Aigles du Léman en Haute-Savoie
Aux Aigles du Léman, en Haute-Savoie.

Pour Rodolphe Delord, le statut d’entreprise permettrait aux zoos d’avoir une gestion financière plus rigoureuse et plus stable en cas de crise. « Qu’un zoo gagne de l’argent avec les entrées, ses restaurants ou sa boutique n’est pas incompatible avec sa mission de conversation et de sensibilisation, assure le directeur de l’AFdPZ. Au moins, en tant qu’entreprise privée, les comptes d’exploitation sont davantage sécurisés. »

Il prend pour exemple l’Angleterre où de nombreux zoos sont gérés par des fondations et peinent à se remettre de la crise sanitaire. « Si une partie de leurs ressources repose sur des dons de particuliers et de mécènes, cela rend les choses trop aléatoires car en cas de crise, les dons s’arrêtent. Les zoos privés, eux, ont pu se retourner vers des banquiers et des financiers prêts à les suivre car ils y ont un intérêt », poursuit le directeur du ZooParc de Beauval.

Jacques-Olivier Travers va plus loin. « Les parcs privés réussissent à attirer de l’argent non public, seuls. Si, avec, ils s’occupent bien des animaux et investissent dans des programmes de conservation en France et à l’étranger, c’est toujours ça que l’Etat n’aura pas besoin de financer lui-même, explique-t-il. D’autant qu’avec la crise économique qui se prépare, la préservation de la biodiversité ne sera peut-être pas sa priorité. » Tout est dans le « si ».

Entreprise, association ou fondation… Finalement le plus important, c’est que la question du bien-être animal et de la conservation soit prioritaire. Pour s’en assurer, il est nécessaire de procéder à des contrôles. Un point essentiel également abordé dans ce dossier.

Découvrez les coulisses des zoos et parcs animaliers

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