En se baladant dans les allées d’un zoo ou en lisant les commentaires sous un article parlant d’un parc animalier, il n’est pas rare que certaines personnes montrent leur mécontentement de voir un animal retenu captif. « Cet animal n’a rien à faire dans une cage ! » ou encore « Sa vraie vie, c’est dans son milieu naturel », peut-on entendre ou lire. La captivité de certaines espèces comme les ours polaires est encore plus décriée que d’autres, notamment lorsque l’ours vit dans un zoo où le climat est plutôt chaud en été. L’argument selon lequel les animaux des zoos seraient plus heureux dans leur milieu naturel revient régulièrement dans le débat « pour ou contre les zoos ». Pour autant, la réintroduction de tous ces animaux si un jour les zoos devaient fermer n’est actuellement pas possible. Notamment pour une raison toute simple : tous sont majoritairement nés en captivité et ne sauraient se débrouiller seuls à l’état sauvage. Un argument qui tient si – et seulement si – les animaux des zoos sont bel et bien tous issus de la captivité. Or, beaucoup en doutent.

Les animaux des zoos : nés en captivité ou capturés ?

Lorsqu’il donne son avis sur les zoos dans sa vidéo Youtube, Chanee, le fondateur de l’association Kalaweit – qui achète des hectares de forêts à Bornéo et Sumatra pour en faire des espaces protégés pour les animaux – met le doigt sur une question rarement abordée : l’origine des animaux dans les zoos. « Est-ce que vous êtes vraiment sûr que tous sont nés en captivité ? », questionne-t-il. Et d’apporter une piste de réponse : « Au lieu d’avoir un débat stérile, voici ce que je propose : les animaux sont répertoriés dans des registres appelés studbooks – qui servent notamment à les faire se rencontrer dans les différents parcs – et dans lesquels pour chaque animal sont indiqués l’espèce, l’âge mais aussi l’origine. Si dans la case « origine » il est écrit « wild born » (né sauvage), cela signifie qu’il a été capturé, ou « inconnu », alors il faut se poser des questions. Je propose que ces registres soient rendus publics et mis en ligne, sur le site de l’EAZA par exemple, accessibles à tout le monde. »

Singe magot dans un zoo français
En France, le trafic des singes magots persiste. Des particuliers en détiennent illégalement chez eux. Lorsque les autorités les saisissent, ils sont souvent placés dans des zoos.

Une solution qui aurait le mérite de lever le voile vis-à-vis du public mais qui se traduirait par la mise en ligne d’un très grand nombre de données brutes au milieu desquelles les néophytes risqueraient de se perdre.

« Nous n’avons pas besoin de ça, répond Rodolphe Delord, directeur du ZooParc de Beauval et président de l’association française des zoos et aquariums (AFdPZ). La réglementation imposée par la Convention de Washington est déjà très claire à ce sujet : en-dehors de besoins spécifiques imposés pour leur conservation, les animaux des zoos proviennent du milieu captif. Ils sont nés soit dans un parc animalier, soit dans une ferme d’élevage. » A noter toutefois que cette réglementation s’impose aux parcs animaliers et non aux aquariums qui ont le droit de capturer en milieu sauvage des individus pour les placer en captivité.

« Il ne faut pas tout confondre, reprend le président de l’AFdPZ. Certains zoos asiatiques par exemple font n’importe quoi, ce qui a notamment incité la CITES à interdire l’exportation d’éléphants vivants depuis l’Afrique en 2019. Mais cela ne veut pas dire que les zoos du monde entier font de même. En Europe et notamment en France, tout est extrêmement contrôlé. Même le règlement sanitaire est draconien. »

La question du prix des échanges entre zoos

Panda géant au ZooParc de Beauval
La Chine loue un couple de pandas géants à la France dans le cadre d'un programme de reproduction.

Au-delà des réglementations qui sont désormais imposées aux zoos, ces derniers sont tentés de présenter la plus belle collection d’animaux à leur public. En tout cas, c’est ce qu’on pourrait penser de prime abord, bien que la majorité des parcs assurent aujourd’hui privilégier la conservation d’espèces menacées plutôt que la présentation d’espèces dites « à succès ».

Cependant, ce n’est pas toujours en y mettant le prix qu’ils y arrivent. Car l’EAZA bannit toute forme de commerce pour tout ce qui concerne les échanges d’animaux entres parcs. « L’éthique de l’EAZA veut que soit interdite toute forme de vente d’animaux car nous considérons qu’on ne peut pas gérer une espèce si on lui assigne une valeur marchande, assure Rodolphe Delord. Certes, un zoo peut facturer des frais de transport, de personnel ou encore de caisse lors d’un échange avec un autre parc, ou bien d’alimentation si l’animal doit finalement rester sur place plus longtemps que prévu, mais cela s’arrête là. »

Au Parc Animalier d’Auvergne, ce sont ces échanges entre zoos qui sont privilégiés avant de passer par un éleveur privé. « Si les animaux que nous voulons font partie d’un programme d’élevage, ESB ou EEP, nous ne nous posons pas trop la question : nous suivons les recommandations du coordinateur qui sait mieux que nous ce qu’il faut faire. Pour les autres espèces, nous cherchons principalement dans le réseau des zoos avec qui nous sommes en contact via l’AFdPZ ou l’EAZA par exemple. En dernier recours seulement nous cherchons en-dehors », explique Wouter Pieters, vétérinaire du parc.

Gibbon au Parc Animalier d'Auvergne
Gibbon au Parc Animalier d'Auvergne.

Tous les zoos suivent-ils cette règle ? Non, et l’argent continue de faire tourner les arrivées et les départs d’animaux dans plusieurs établissements. « Bien entendu, il existe encore des zoos qui ne suivent pas ce code éthique imposé par l’EAZA et continuent de vendre et acheter des animaux, mais nous le déconseillons fortement, commente Rodolphe Delord. Aujourd’hui, la plupart des échanges d’animaux dans les zoos français se font entre zoos européens. »

Des animaux issus de saisies

Autre origine possible des animaux des zoos : la saisie. Beaucoup de parcs servent en effet de refuge à des animaux issus de trafic, détenus illégalement ou maltraités, qui ont été saisis par les autorités. Sans une structure adaptée pour les accueillir, ces animaux seraient euthanasiés. C’est ce qui a motivé la création dans les années 2000 de l’association Tonga Terre d’Accueil, par le fondateur de l’Espace Zoologique de Saint-Martin-la-Plaine, Pierre Thivillon. En 2007, un hippopotame baptisé Tonga est retiré d’un cirque à la demande de la Fondation assistance aux animaux. Il est placé à Saint-Martin-la-Plaine, le temps de réunir les fonds nécessaires à son envoi dans une réserve en Afrique. De là est né l’idée de créer une association spécialisée dans l’accueil de ces animaux.

Félins confiés à Tonga Terre d'Accueil
Lions appartenant à un cirque et confiés à Tonga Terre d'Accueil.

Aujourd’hui, plusieurs zoos portent secours aux autorités dans ces cas-là. Début 2020, le ZooSafari de Thoiry a par exemple accueilli une centaine d’animaux (pythons, varans, geckos, tortues, grenouilles, etc.) saisis en région parisienne. De son côté, le Parc Animalier d’Auvergne a récupéré plusieurs animaux du zoo de Bouy (Puy-de-Dôme), fermé en 2015 sur décision du tribunal de commerce de Clermont-Ferrand.

« Les autorités nous contactent régulièrement pour accueillir des félins, des reptiles, des oiseaux et autres animaux sauvés du trafic et qu’il faut placer en urgence dans les zoos, seules structures à pouvoir les accueillir tout en respectant les règles sanitaires comme la mise en quarantaine par exemple. On manque même parfois de place pour certaines espèces, donc nous n’avons pas besoin d’en faire venir d’ailleurs. Dans les zoos européens, on a plus tendance à avoir trop d’animaux que pas assez », souligne Rodolphe Delord.

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