Tous les ans, les zoos euthanasient environ 2000 animaux en Europe, dont 200 mammifères. Un chiffre qui, selon l’EAZA, englobe aussi les œufs d’oiseaux et de reptiles ainsi que les insectes mais qui a le mérite de questionner : tous ces animaux auraient-ils pu ne pas être tués ? En d’autres termes, l’euthanasie qui a été pratiquée était-elle nécessaire au vu de leur état de santé ? La réponse est non. Et les zoos tout comme l’EAZA ne le cachent pas : certains parcs animaliers euthanasient des animaux en bonne santé, et ce de façon tout à fait légale. De quoi donner du grain à moudre aux anti-zoos. Mais tous les zoos ne s’alignent pas sur ce mode de fonctionnement.

L’euthanasie, une pratique tolérée par l’EAZA pour gérer des populations

En effet, la question de l’euthanasie d’animaux en bonne santé divise dans les rangs des zoos européens. En Pologne et en Italie, il est par exemple formellement interdit d’euthanasier un animal en bonne santé. En revanche dans des pays comme le Danemark et la Suède, c’est totalement accepté. Et parfois même rendu public, comme lorsque le zoo de Copenhague a euthanasié et disséqué en public un girafon bien portant, en 2014. « Là-bas, l’euthanasie n’est pas pratiquée sous le manteau mais bien complètement assumée », commente Jacques-Oliver Travers, directeur des Aigles du Léman et du Domaine des Fauves. En France, la pratique est davantage taboue mais officiellement, « l’euthanasie de complaisance » comme le dénonce Chanee dans sa vidéo sur les zoos n’est globalement pas pratiquée.

« Les zoos du Nord de l’Europe ont une toute autre mentalité, analyse Rodolphe Delord, directeur du ZooParc de Beauval et président de l’AFdPZ. Dans des pays comme le Danemark, l’euthanasie dans les zoos est complètement acceptée pour éviter les surplus ou diversifier le patrimoine génétique. Mais en France, nous ne sommes pas en phase avec ces idées-là. »

Euthanasie d'animaux en bonne santé dans les zoos européens
Entre 2012 et 2018, le zoo de Boras en Suède a euthanasié 9 des 13 lionceaux nés en bonne santé au cours de cette période.

Il existe donc une réelle dichotomie au sein même de l’Europe. L’association qui représente les zoos européens, l’EAZA, a de son côté tranché : l’euthanasie est tolérée pour gérer des populations. « C’est immonde que l’EAZA cautionne cette pratique, dénonce le fondateur de Kalaweit. On laisse se reproduire des macaques, des girafes… tout en sachant pertinemment qu’on n’a pas suffisamment de place pour les adultes. Les animaux sont donc tués à la maturité sexuelle. Tous les parcs zoologiques perdent leur crédibilité à mes yeux s’ils pratiquent une euthanasie de complaisance. Mais aussi ceux qui ne dénoncent pas les zoos qui le font. »

L’euthanasie, un tabou dans les zoos ?

En France, la question de l’euthanasie de façon générale, qu’elle soit pratiquée pour des raisons sanitaires ou pour gérer des populations, n’est jamais abordée sans une quelconque réticence dans les zoos. « Il n’est pas facile de parler publiquement de cela, reconnaît Wouter Pieters, vétérinaire au Parc Animalier d’Auvergne. Ce n’est pas que les zoos veulent cacher quoi que ce soit, mais plutôt que le facteur émotionnel lié à cette question est si fort qu’on ne peut pas le mettre de côté. » Résultat, alors que les parcs animaliers communiquent volontiers sur les naissances, ils se montrent beaucoup plus discrets en ce qui concerne les décès et les euthanasies.

Et c’est encore plus vrai quand on les interroge sur la question de l’euthanasie pour gérer des surplus de population. « Au Zoo de Beauval, seuls les animaux qui ne sont pas en bonne santé sont euthanasiés. L’euthanasie n’est réalisée que pour abréger les souffrances, une fois que tout a été tenté », assure ainsi Rodolphe Delord. Idem aux Aigles du Léman : « Nous n’euthanasions que pour des raisons de santé », affirme Jacques-Olivier Travers.

En parallèle des versions officielles, il y a cependant la réalité du terrain et la difficulté à gérer la reproduction chez certains groupes. En particulier chez les cervidés, comme le reconnaît Rodolphe Delord : « Il peut arriver d’utiliser ces méthodes sur des cervidés, car il est très compliqué d’encadrer la reproduction de ces populations ». Wouter Pieters le confirme, gérer la reproduction de certains herbivores est complexe. « Il faudrait soit retirer les mâles – mais tous les parcs animaliers n’ont pas forcément la place pour le faire –, soit poser un implant sur les femelles. Ce qui reviendrait à flécher régulièrement tous ces individus, une pratique pas bonne pour l’animal sur le long terme. »

Transparence des zoos sur l’euthanasie

Biches Sika
La reproduction est complexe à encadrer dans les groupes de cervidés.

On l’aura compris, le sujet est donc à prendre avec des pincettes. Alors lorsque Chanee propose de rendre public les décès des animaux dans les zoos et, par la même occasion, les euthanasies pratiquées par le vétérinaire, le monde des parcs animalier tique.

« Il n’y a pas d’intérêt à rendre en accès libre les registres des animaux des zoos, tranche Rodolphe Delord. Imaginez un parc animalier comme Beauval qui a plus de 30.000 animaux en comptant les poissons : cela reviendrait à publier des milliers de pages que seuls les professionnels peuvent comprendre facilement. En revanche, ces registres sont à la disposition de tous les organismes de contrôle. La transparence des zoos est totale. »

De son côté, le fondateur des Aigles du Léman craint qu’une telle mesure ne fasse qu’ajouter de l’huile sur le feu. « Le public est-il le mieux placé pour juger ? Ce n’est pas si évident. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut bien entendu des contrôles. Et c’est le cas. En France, les zoos doivent communiquer régulièrement les naissances et les décès – ainsi que les causes – à la préfecture », conclut Jacques-Olivier Travers.

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