La question de la transparence des zoos est, avec le financement et la gestion des animaux, l’un des sujets centraux dans le débat « pour ou contre les zoos ». Un point sur lequel Chanee, le fondateur de Kalaweit, n’a d’ailleurs pas manqué de revenir dans sa vidéo Youtube sur les zoos. « Les garde-fous qui sont peut-être censés surveiller les parcs zoologiques, à savoir l’EAZA en Europe et l’AFdPZ en France, ne sont pas des organismes indépendants qui veillent à la transparence des établissements. Les membres de leurs bureaux sont aussi des directeurs de parcs, donc il y a forcément un conflit d’intérêt. Il n’y a pas d’organisme indépendant qui veille à la transparence des parcs zoologiques. Et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) n’a par exemple aucun accès sur le fonctionnement interne des zoos », regrette Chanee.

EAZA et AFdPZ, des garde-fous partiaux ?

En effet, une rapide recherche permet de vérifier les dires du fondateur de Kalaweit. Côté EAZA, le comité exécutif en place jusqu’en 2022 se compose de :

  • Thomas Kauffels, précisent EAZA et directeur de l’Opel Zoo (Allemagne),
  • Mark Pilgrim, vice-président EAZA et dirigeant du Zoo de Chester (Royaume-Uni),
  • Brice Lefaux, secrétaire EAZA et directeur du parc zoologique de Mulhouse,
  • Sean McKeown, trésorier EAZA et directeur du Fota Wildlife Park (Irlande).

Quant à l’AFdPZ, elle est présidée par Rodolphe Delord, également directeur du zoo le plus visité en France : le ZooParc de Beauval.

Un rôle de fédérateur et non de contrôle

Rodolpe Delord avec l'ambassadeur de Chine en France
Rodolphe Delord (à droite), ici en photo avec l'ambassadeur de Chine en France, est à la fois directeur du zoo de Beauval et président de l'AFdPZ.

Première chose à savoir, c’est qu’il n’y a aucune obligation pour un parc animalier à faire partie de l’EAZA ou de l’AFdPZ. Un parc animalier peut tout à fait présenter des animaux au public sans pour autant être membre de l’une de ces instances. D’ailleurs, sur les 350 zoos qui existent en France, moins d’un tiers font partie de l’AFdPZ et moins de 15 % sont des membres permanents de l’EAZA.

Ensuite, même si l’objectivité de l’EAZA et de l’AFdPZ au regard de la composition de leurs directions respectives peut se poser, ces organismes ne sont en réalité pas en charge de contrôler les parcs zoologiques, comme l’explique Rodolphe Delord : « Nous sommes là pour fédérer les établissements et en améliorer les pratiques, mais ce sont les organes de l’Etat qui nous contrôlent ».

Une vision partagée par Jacques-Olivier Travers, fondateur des Aigles du Léman et dirigeant du Domaine des Fauves : « L’EAZA et l’AFdPZ ne sont pas des garde-fous à proprement parler. Il s’agit plutôt de sortes de syndicats, c’est-à-dire des zoos qui se réunissent entre eux pour défendre leurs intérêts ».

Une volonté de réguler

Malgré tout, l’EAZA et l’AFdPZ essaient de se positionner comme des instances de contrôle à leur niveau. D’année en année, ces associations ont notamment durci leurs normes pour les établissements membres, procèdent à des inspections et, en dernier ressort, excluent les zoos qui ne jouent pas le jeu. C’est par exemple ce qui est arrivé au Zoo d’Amnéville fin 2015, lorsqu’il a été rétrogradé au rang de « membre temporaire » de l’EAZA en raison de son spectacle de dressage de tigres, TigerWorld, décrié par des associations de protection des animaux.

Tigre au Zoo d'Amnéville
Tigre au Zoo d'Amnéville.

L’AFdPZ a de son côté sorti récemment son nouveau code éthique sur le bien-être animal et la conservation de la biodiversité. « Nous avons un code éthique depuis 2009 et, chaque année, nous amendons ce document afin de l’améliorer », explique Rodolphe Delord, président de l’AFdPZ. Parmi les différents articles mentionnés, plusieurs exigences que sont censés respecter les zoos membres de l’AFdPZ. Concernant le bien-être des animaux, par exemple, le code éthique de l’association précise que les parcs animaliers doivent satisfaire aux 5 libertés fondamentales pour la faune sauvage et domestique, reconnues par l’organisation mondiale de la santé animale (OIE), à savoir :

  • absence de faim et de soif,
  • absence d’inconfort,
  • absence de douleur, de lésions et de maladie,
  • liberté d’exprimer un comportement normal,
  • absence de peur et de détresse.

Ce code éthique est plus un guide qu’un règlement à proprement parler. L’AFdPZ n’a pas de réel pouvoir coercitif, si ce n’est celui d’exclure un établissement qui ne suivrait pas la ligne de conduite imposée. « L’an dernier, nous avons ainsi exclu deux parcs : le zoo de l’Orangerie de Strasbourg et le zoo de Pont-Scorff, racheté depuis par Rewild », poursuit Rodolphe Delord.

Une sanction qui n’est pas tombée immédiatement mais après une inspection réalisée par l’organisme. « Pour Pont-Scorff par exemple, nous avions inspecté les lieux en avril 2019 et avions donné à la direction six mois pour réaliser les travaux nécessaires. Mais ils n’ont jamais été réalisés », raconte le président de l’AFdPZ. D’autres parcs membres de l’association française doivent encore procéder à des ajustements et « sont accompagnés pour cela », assure Rodolphe Delord. « Sur les 94 zoos membres de l’AFdPZ, une cinquantaine sont aussi membres de l’EAZA et ont donc un niveau élevé. Bien entendu, d’autres doivent encore s’améliorer sur différents points. »

L’Etat, véritable contrôleur des zoos

Fermeture de la Pinède des singes
Suite à des évasions répétées et une reproduction non maîtrisée des macaques de Java, la préfecture a fermé la Pinède des singes en 2016.

Finalement, c’est à l’Etat que revient le devoir de s’assurer que les zoos français respectent la loi. La directive européenne du 19 mars 1999, transposée dans la loi française par l’arrêté du 25 mars 2004, encadre désormais l’activité des zoos, à savoir tout établissement présentant au public des animaux vivants, issus de la faune locale ou étrangère, pendant au moins 7 jours par an. Au total, 71 articles sur l’organisation des parcs zoologiques, le bien-être des animaux, les infrastructures ou encore la participation à des actions de conservation.

« Les animaux sauvages détenus en captivité sont protégés en tant qu’êtres sensibles au même titre que les animaux domestiques ; ainsi, en cas d’actes de maltraitance, de cruauté ou de manquement grave, le préfet peut ordonner la fermeture provisoire ou définitive de l’établissement », rappelle Laurence Paoli dans son livre « Zoos, un nouveau pacte avec la nature » publié en 2019 aux éditions Buchet Chastel. Il en a été ainsi de la Pinède des singes à Labenne, suite à des évasions répétées d’animaux et une reproduction non maîtrisée des macaques.

« Garde-fou ultime, la France est la seule à exiger l’obtention d’un certificat de capacité qui a pour objet de reconnaître au demandeur la faculté de s’occuper au mieux des pensionnaires dont il va avoir la responsabilité, poursuit Laurence Paoli dans son ouvrage. Pour chaque espèce, le candidat doit présenter un dossier conséquent – décrivant les installations destinées à abriter les animaux, leurs caractéristiques physiologiques, les soins à leur apporter, leur statut de conservation, etc. – puis le soutenir oralement devant une commission composée de professionnels de la partie et de représentants  du ministère de l’environnement. »

Contrôles réguliers dans les zoos

Pour s’assurer que les zoos français respectent les règles, l’Etat doit procéder à des contrôles. « Les véritables garde-fous des zoos en France, ce sont l’Office français de la biodiversité (OFB), la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) et autres services de l’Etat qui procèdent à des contrôles réguliers », reprend Jacques-Olivier Travers.

Mais ces contrôles sont-ils suffisants ? Il semblerait que oui, d’après l’expérience du directeur des Aigles du Léman et du Domaine des Fauves. « Nous sommes très contrôlés, assure en effet Jacques-Olivier Travers. Aux Aigles du Léman, par exemple, j’ai eu jusqu’à 10 contrôles différents dans l’année. » Impossible en revanche de vérifier s’il est est de même dans l’ensemble des parcs animaliers français.

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