On vous l’avoue, chez Zooactu, nous étions très curieux de nous entretenir avec Sébastien Musset, repreneur du Zoo de Pont-Scorff, parc animalier héros de la tragicomédie qui s’est jouée entre 2019 et 2021 dans le Morbihan. L’occasion de prendre des nouvelles des animaux, des équipes aussi, et d’en savoir plus sur ce projet qui a écarté celui de Sea Shepherd.

Comment êtes vous arrivé sur ce projet plutôt éloigné de votre passé professionnel ?

Sébastien Musset : En fait, ce projet n’a étonné aucun de mes amis ! J’ai la passion des animaux depuis tout jeune. Mes parents sont séparés, leur divorce a engendré beaucoup de souffrances et, ce qui m’a sauvé la vie, au sens littéral du terme, c’est m’occuper des animaux. D’un coup, j’avais des responsabilités je devais nourrir et prendre soin de quelqu’un d’autre. Depuis mes 10 ans j’ai beaucoup d’animaux : aquariums, perroquets, etc. Quand l’opportunité de reprise du site de Pont-Scorff s’est présentée, j’ai compris que j’avais ça en moi. Je connaissais déjà l’endroit pour y être venu plusieurs fois et à 40 ans, j’avais envie de servir à quelque chose. Bien sûr, mon expérience de chef d’entreprises m’a grandement aidé.

En plus de la création des Terres de Nataé, j’ai plusieurs activités en même temps, comme un restaurant avec mon épouse dans les Côtes d’Armor et un projet avec un célèbre navigateur pour le Vendée Globe. Mais les Terres de Nataé, c’est 75 % de mon temps à présent, 7 jours sur 7 et je l’ai compris, sans congés ni jour de repos !

Le futur site s’appellera Les Terres de Nataé, il n’y aura ni zoo ni parc dans le nom. Est-ce volontaire ?

SM : Oui c’est volontaire, et ce pour plusieurs raisons. Je voulais marquer la rupture avec le passé du site. Le mot « zoo » est magnifique, il m’évoque des sciences comme la zoologie, la zootechnique, forcément ça parle à l’ingénieur que je suis et qui n’ira jamais contre la science. Mais « zoo » c’est aussi le symbole d’un univers qui n’a pas évolué, qui a une image négative avec des enclos trop petits et des animaux malheureux. Je souhaitais rompre avec tout cela.

lion afrique du sud
Le lion d’Afrique du Sud, pensionnaire de Terres de Nataé. ©Zooactu

Pour autant le concept sera-t-il différent ?

SM : Nataé, c’est en fait trois projets. D’abord, un projet de conservation et de protection des espèces à travers le parc animalier Les Terres de Nataé qui sera ouvert au public à partir de juin 2022. Il proposera une approche pédagogique très différente de ce qui est fait actuellement et que nous sommes en train de travailler. Mais au-delà de la protection de l’espèce, je souhaite aussi la protection des individus et, pour cela, je prévois l’ouverture d’un centre de soins sous l’égide d’une fondation qui sera, j’espère, reconnue d’utilité publique bientôt.
Enfin, un refuge animalier complètera le concept de Nataé, en permettant de sauver des animaux et de travailler avec des associations comme la Fondation Bardot, avec qui nous sommes déjà en relation puisqu’elle a débloqué en 2020 la somme de 50 000 € pour apporter son aide aux animaux de la SAS Bretagne.

Quels animaux accueillerez-vous et où en sont les pensionnaires de l’ancien zoo de Pont-Scorff aujourd’hui ?

atèles de Geoffroy
Deux atèles de Geoffroy, pensionnaires de l’ancien zoo de Pont-Scorff, espèce menacée. ©Zooactu

SM : L’avenir des parcs animaliers, c’est de préserver les espèces très menacées. Pour choisir celles que nous allons accueillir, nous avons constitué un petit groupe avec des spécialistes et des vétérinaires. Nous croisons les informations données par la liste rouge de l’UICN, qui classe les espèces animales par degré de menace, avec l’outil commun aux parcs zoologiques Species360 Zims qui nous permet de voir ce qui est déjà fait et pour quelles espèces. Notre but est d’accueillir des espèces très menacées et pour lesquelles il y a peu de choses mises en place, c’est pourquoi nous travaillons avec les coordinateurs d’EEP et les responsables des TAGs (Taxon Advisory Groups).

Ce n’est par exemple pas du tout le cas des deux tigres blancs [NDLR : Maia et Shankar arrivés en 2018] qui font partie des 250 animaux qui nous restent de l’ancien zoo. Cela n’a pas de sens pour nous de les garder alors qu’il ne s’agit pas du tout d’une espèce menacée et totalement consanguine. Nous attendons de leur trouver une bonne place dans un autre parc. Nous avons dû déjà dire non à deux établissements qui ne correspondaient pas à nos valeurs. Du coup, soit nous leur trouvons un endroit adéquat, soit nous les gardons. Et c’est comme ça pour beaucoup d’anciens pensionnaires. Certains sont retournés à leur propriétaire [NDLR : deux tortues des Seychelles sont parties début septembre pour le parc italien où elles sont nées] et d’autres pourront peut-être être réintroduits, comme les oiseaux d’Europe de l’ancien Zoo de Pont-Scorff que j’ai fait transférer au Marais Poitevin.

Les anciens soigneurs animaliers sont-ils toujours en poste ?

SM : Dans le cas d’une reprise, comme cela a été mon cas, on doit reprendre tout le monde, c’est inscrit dans le code du travail. Dans le cas du Zoo de Pont-Scorff, on parle donc de 12 postes. D’après mon business plan, j’avais besoin de 10 soigneurs animaliers mais ce n’est pas moi qui ai choisi qui garder ou non. C’est le Tribunal qui affecte les soigneurs aux différents postes selon le degré de priorité : enfants à charge, etc. Sur les 10 postes, deux personnes ont souhaité partir d’elles-mêmes, pour poursuivre avec Rewild, et j’ai dû faire une procédure de licenciement. Il reste donc neuf anciens salariés.

A la reprise, l’important était d’instaurer une nouvelle impulsion, de remettre de la dynamique. Il a fallu aussi rehausser le niveau d’exigence qui n’était pas suffisant à mes yeux. Nous avons perdu deux animaux par « négligence », un jeune nyala encorné par son père parce que le soigneur n’avait pas perçu la concurrence qui s’installait entre eux, et un suricate qui s’est échappé dans l’enclos des lions. Nous avons également aussi eu un incident avec une martre qui a tué quatre manchots. Tout ceci m’a fortement agacé et affecté, tout comme l’équipe d’ailleurs, mais on est loin des « nombreux morts depuis la reprise » comme a pu me le reprocher Jérôme Pensu sur les réseaux sociaux.

En réalité, comme à l’arrivée de Rewild et la mort du rhinocéros Jacob, nous avons nous aussi été tributaires de l’état des animaux que nous avons récupérés. Deux jours après mon arrivée, un mâle éléphant d’Asie est décédé. Nous l’avons fait autopsier par Florence Ollivet-Courtois et Johanne, notre vétérinaire superviseure et notre vétérinaire sur site, et le vieux mâle de 15 ans souffrait d’une insuffisance rénale et hépatique. Ce n’était pas plus la faute de Rewild que la nôtre.

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2 Commentaires

  1. Le projet du repreneur me paraît intéressant. D’importants travaux sont certainement programmés pour effacer les nombreuses verrues de l’ancien zoo. Bon courage!

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