Pour éviter les faillites des parcs zoologiques et compenser le coût d’entretien des animaux et du personnel indispensable à leurs soins, le gouvernement français a mis en place plusieurs aides financières lors des confinements. Car qui dit confinement, dit fermeture imposée des parcs animaliers et donc fin des ressources financières tirées de billets d’entrée. Malgré tout, certains établissements ne sont pas éligibles à ces aides et pour ceux-là, le feu vert gouvernemental pour l’ouverture des parcs en plein air est plus qu’urgente ! Pour comprendre pourquoi certains établissements zoologiques n’ont pas perçu ces aides, nous avons interrogé Cyril Vaccaro, directeur d’Ecozonia et Eric Vignot, fondateur de Parrot World.

Le fonds de solidarité

Parmi ces aides se trouve le fonds de solidarité pour entreprises : accessible sous plusieurs conditions comme le nombre de salariés, un seuil minimum de perte de chiffre d’affaires et au moins un bilan comptable (ce qui signifie une ancienneté de plus d’un an). Ce dernier point a beaucoup été sujet à controverse car il excluait toutes les entreprises ouvertes depuis moins d’une année.

« Le CA de référence (cas général) retenu pour le calcul de l’aide pourra être le CA de février 2019 ou le CA mensuel moyen constaté en 2019. » Extrait du site www.economie.gouv.fr

C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé pour Parrot World, parc zoologique de Seine-et-Marne ouvert en août 2020. Eric Vignot, son fondateur, nous explique : « Nous ne sommes pas éligibles au fonds de solidarité car nous ne pouvons pas prouver de baisse du chiffre d’affaires entre 2019 et 2020 puisque Parrot World n’était pas ouvert en 2019 ! C’est la triple peine pour nous. D’abord, Parrot World a ouvert ses portes avec après deux mois de retard dus au premier confinement. Puis, le second confinement a démarré pendant les vacances scolaires alors que nous avions investi dans des costumes et des décorations pour Halloween. On a tout jeté ! Enfin, pour moi qui étais à la tête d’un institut spécialisée en microbiologie, j’aurais pu prédire dès janvier la troisième vague. On autorisait les gens à faire les soldes mais pas à venir dans un parc à ciel ouvert ! C’était injuste et scandaleux. »

Eric Vignot
Eric Vignot au Ranch des Enfants, à Parrot World.

Le fonctionnement de Parrot World nécessite entre 70 000 et 80 000 € de frais de charges fixes par mois pour plus de 600 animaux à soigner et à contrôler. « Encore le mois dernier, j’ai eu pour 8 500 € de frais vétérinaires. Nous avons sept soigneurs et un chef animalier pour qui le chômage partiel est impossible bien sûr », tempête Eric Vignot.

Même chose pour Ecozonia qui se trouve dans un cas de figure différent puisqu’il n’a pas encore ouvert, ce qui n’empêche pas le parc d’avoir déjà des charges fixes. Cyril Vaccaro, son directeur, nous explique : « Nous n’avons absolument rien touché. Le parc compte 60 animaux et un personnel d’une quinzaine de personnes soit une charge fixe d’environ 30 000 € par mois. Comme Ecozonia n’a pas pu ouvrir comme il était prévu – à cause de la pandémie mais aussi de la fugue de loups fin janvier – nous ne sommes éligibles à aucune aide parce que nous n’avons aucun bilan comptable à présenter. »

Le prêt garanti par l’Etat (PGE)

Le PGE est ouvert à toutes les entreprises françaises quelles que soient leur âge ou leur taille. En théorie. Aucun remboursement n’est exigé la première année. Attention, un prêt garanti par l’Etat n’équivaut pas à un prêt à taux zéro. Les banques se sont actuellement engagées à proposer des taux bancaires compris entre 1 % et 2,5 %.

Là encore, le fondateur de Parrot World explique que les choses ne sont pas aussi simples. « Pour être éligible au prêt garanti par l’Etat, il ne faut pas dépasser un certain ratio de dettes. Or, pour un parc encore récent, qui a nécessité un fort investissement, bien sûr le niveau de dettes est encore important ! »

« Ces prêts ne doit pas dépasser 25 % du chiffre d’affaires ou 2 ans de masse salariale pour les entreprises en création ou innovantes. » Source : www.economie.gouv.fr/

Même chose pour Ecozonia, parc zoologique dédié aux prédateurs, entièrement privé. « Nous sommes financés par des investisseurs privés, un prêt à la Banque des territoires, une aide de la région, un prêt du Fonds Tourisme Occitanie de 1,4 million d’euros qu’il nous faudra aussi rembourser, etc. Les gens pensent que la région nous donne de l’argent mais ce sont essentiellement des prêts ! »

La subvention spéciale « animaux sauvages »

Alors que le chômage partiel est impossible en parcs zoologiques et que les établissements n’ont pas encore touché le fonds de solidarité du premier confinement, les parcs continuent à creuser leur trésorerie pour nourrir leurs pensionnaires. Le gouvernement français a réagi mi-avril 2020 et annoncé une aide de 19 millions d’euros à destination des zoos, refuges et cirques accueillant des animaux sauvages.

Valable pour le premier confinement, cette subvention n’a pas été reconduite.

L’aide de prise en charge des coûts fixes

C’est la dernière-née des aides du gouvernement français. Opérationnelle depuis le 1er avril 2021, elle s’adresse aux entreprises faisant l’objet d’une interdiction d’accueil du public et plus particulièrement celles dont les « coûts fixes sont plus élevés que la moyenne et insuffisamment couverts par le fonds de solidarité, sans critère de chiffre d’affaires. » Les jardins et parcs zoologiques sont concernés.

Cette aide doit en théorie couvrir 70 % des pertes des entreprises de plus de 50 salariés et 90 % des pertes des entreprises de moins de 50 salariés.

Une prise en charge qui serait la bienvenue mais à laquelle ne croient pas trop nos deux directeurs de parcs interrogés et notamment Cyril Vaccaro : « Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il faut être éligible aux premières aides pour toucher les suivantes. Nous avons quand même déposé un dossier mais je n’y crois pas trop. La survie du projet n’est pas remise en cause, mais plus cette fermeture dure, plus nous aurons de difficultés financières dans l’avenir. On commence à être ric-rac. »

Même son de cloche pour le fondateur de Parrot World qui n’ose guère y croire non plus : « Pour le moment nous avons déposé une demande et nous attendons. Je suis très frileux. En octobre, on nous avait dit que ça irait mieux en décembre ou janvier. Puis à Noël, on a parlé de mi-février ou de Pâques et maintenant on nous dit « attendez le 15 mai ». On ne voit pas le bout du tunnel, c’est une histoire sans fin»

La famille Vignot a dû mettre la main à la poche et réinjecter 1,5 million d’euros dans le parc pour faire face à l’absence des visiteurs. Bpifrance a également accepté un prêt d’un montant d’un million d’euros.

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