Mercredi, un communiqué de presse signé Rewild nous parvient. Surprise ! Il dénonce la prétendue mainmise de Sea Shepherd et de sa présidente sur le projet du Rewild Rescue Center. Pour comprendre, nous avons interviewé l’un de ses auteurs, Jérôme Pensu, gérant de Bretagne Zoo, propriétaire de l’ancien Zoo du Pont-Scorff.

Rewild, une association de compétences autour d’une même idée

Au départ du projet, une coalition composée de six associations : Sea Shepherd, le Centre Athenas, Hisa, Le Biome, One Voice et Wildlife Angels, ce dernier ayant quitté le projet en janvier 2020 à son tout début. Un an plus tard, début février 2021, c’est au tour du Centre Athénas de se retirer, invoquant « de profondes divergences de vue sur un projet de refonte de la gestion des animaux, du mode de gouvernance et de la gestion du site » sur sa page Facebook, sans rentrer dans les détails.

Aujourd’hui, le communiqué de presse revient sur ces raisons et précise que face à la menace de « faire entrer l’ensemble du Conseil d’Administration de Sea Shepherd France au sein de celui Rewild […] les membres du Conseil d’Administration de Rewild, ont refusé d’être relégués au rang de simples spectateurs » ce qui aurait engendré le départ du centre de soins de faune sauvage du collectif.

Des divisions restées jusque-là uniquement internes.

Pourquoi ce communiqué de presse ?

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Jérôme Pensu, gérant de Bretagne Zoo, propriétaire de l’ancien Zoo du Pont-Scorff.

« Depuis que l’on m’a forcé à déposer le bilan, je ne cesse de lire dans la presse des choses totalement fausses. J’ai observé une semaine de silence absolu alors qu’on me calomniait. Tant pis si cela passe pour une « guéguerre » associative, il fallait dénoncer des pratiques inacceptables, des « trumpisteris », dont le but est de faire douter l’équipe », nous explique Jérôme Pensu.

Dans le communiqué de presse, le gérant accuse Lamya Essemlali et son entourage de déstabilisation. Selon lui, la présidente de Sea Shepherd souhaiterait depuis le départ la liquidation du parc pour ne pas avoir à payer les dettes contractées par l’entreprise. Car la cause de cette scission interne chez Rewild est bien financière.

Sans rentrée d’argent et ayant épuisé la trésorerie créée par la levée de fonds, le Rewild rescue center est au bord de la faillite. C’est l’ONG Sea Shepherd qui renfloue alors les caisses pendant quatre mois, de septembre à décembre 2020. En janvier 2021, suite à des désaccords, les fonds sont coupés.

Aujourd’hui, Jérôme Pensu regrette que le modèle économique prévu pour que Rewild soit auto-suffisant n’ait pas été mis en place. Il consistait à « une ouverture au public d’une partie du site, sans présentation des animaux, avec des concerts de musique, des conférences, des ateliers de formation pour devenir capacitaire et un projet de restauration. »

L’arrivée de la pandémie a bien sûr empêché ce dernier projet de se réaliser mais le gérant de Bretagne Zoo regrette que pour le reste, chacun n’ait pas joué son rôle. « Une coalition c’est l’addition de compétences et de rôles, si les projets n’ont pas été mis en place c’est que certains n’ont pas joué le leur. »

A l’arrivée de Jérôme Pensu à la tête du site en décembre 2019, le budget mensuel du parc était de 125 000 €. Aujourd’hui, hors procédure de redressement, il est de 80 000 € dont 25 000 € de remboursement de dette, 20 000 € de salaire, 10 000 € de cotisations sociales, 8 500 € de loyer, et le reste de charges d’exploitation comme la nourriture des animaux. « J’ai fait des économies absolument partout tout en garantissant le bien-être des animaux mais ce zoo a été totalement vampirisé par ses anciennes directions.« 

Les méthodes de Lamya Essemlali en question

Une large part des reproches adressés par le collectif signataire du communiqué de presse porte sur les méthodes employées par la présidente de l’ONG de défense des océans et son entourage. Notamment la « prise d’otage » des réseaux sociaux de Rewild.

Le compte facebook représente un bon exemple de la scission actuelle des équipes de Rewild puisqu’il existe désormais deux comptes actifs. La présidente de Sea Shepherd aurait déclaré aux plateformes le piratage des comptes afin de les fermer. L’équipe de Jérôme Pensu a tout de même réussi à en récupérer les droits.

La page d’origine étant désormais aux mains du gérant de Bretagne Zoo, les équipes de Lamya Essemlali en ont créé une nouvelle appelée Rewild Rescue Center.

Et les animaux dans tout ça ?

Loup de la Baie de Hudson. © Zooactu

 

Si l’ancien zoo de Pont-Scorff était indépendant financièrement, sans doute que la situation serait aujourd’hui très différente.

L’équipe demeure pourtant soudée autour du projet comme nous le confie un soigneur du parc souhaitant rester anonyme. « L’équipe est divisée entre les soigneurs qui soutiennent le gérant, d’autres qui préfèrent le projet de reprise de Sea Shepherd et d’autres qui sont neutres et attendent de voir ce qu’il va se passer. Mais tous, nous voulons avant tout la poursuite du projet Rewild. »

Aujourd’hui au nombre d’une dizaine, les soigneurs animaliers continuent à prodiguer des soins quotidiens aux pensionnaires du site. « Il n’y a aucune répercussion de la situation actuelle sur les animaux. Ils sont correctement alimentés et soignés. Nous ne travaillons ni pour Sea Shepherd, ni pour Jérôme Pensu, nous travaillons pour Rewild. Des guerre de coqs on en a connu pendant des années à Pont-Scorff, nous en avons été les victimes. Aujourd’hui tout ce qu’on souhaite c’est que le projet perdure », confie ce soigneur expérimenté qui ne cache pas que son expérience dans l’ancien Zoo de Pont-Scorff l’a dégoûté du monde de la captivité.

Le droit de réponse de Lamya Essemlali

Suite à la publication de notre article et interview de Jérôme Pensu, la co-fondatrice de Rewild et présidente de Sea Shepherd Lamya Essemlali a souhaité elle aussi s’exprimer.

Zooactu : Quand les choses se sont-elles envenimées dans le projet ?

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Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France et co-présidente de Rewild.

Lamya Essemlali : Le climat a commencé à se détériorer en décembre dernier quand j’ai exprimé que Rewild dépendait trop financièrement de Sea Shepherd. Ce n’est pas du tout ce qui était prévu dans le plan initial. Surtout qu’en retour, Sea Shepherd n’avait aucun pouvoir de décision, ni de visibilité, sur la SARL Bretagne Zoo. Il faut rappeler que ce sont des entités totalement séparées, il n’y a aucun lien juridique entre notre ONG et Bretagne Zoo. Sea Shepherd n’a soutenu que Rewild financièrement et il faut bien différencier Rewild de la SARL Bretagne Zoo.

Rewild est une coalition de plusieurs associations dans laquelle je me suis engagée personnellement en tant que co-présidente, mais Sea Shepherd reste une entité extérieure. Fin 2019, Rewild décide de racheter la SARL Bretagne Zoo à Sauveur Ferrara et nomme Jérôme Pensu gérant. Mais celui-ci n’a pas d’existence légale dans Rewild. Rewild n’est pas Bretagne Zoo et Bretagne Zoo n’est pas Rewild, ils existent indépendamment l’un de l’autre.

ZA : Pourtant dans son communiqué, Jérôme Pensu explique que « Sea Shepherd, [est] « gérant de fait » en intervenant sur les finances, sur la gestion du personnel et des animaux »…

Lamya Essemlali : Jérôme Pensu est gérant de la SARL, c’est lui qui décide de tout, il est omniscient, omni-présent, il veut tout gérer seul. A aucun moment, je n’ai eu accès aux comptes de la SARL Bretagne Zoo. J’ai bien eu un bureau mis à ma disposition dans les locaux, sur lequel j’ai travaillé pour Sea Shepherd et un peu pour Rewild mais ce bureau est dans une salle commune où les salariés viennent déjeuner, se former pour l’obtention du certificat. Si ma présence physique fait de moi une gérante de fait, alors nous sommes tous gérants de la SARL Bretagne Zoo.

ZA : Le collectif signataire du communiqué vous reproche votre « prise d’otage des moyens de communication de Rewild », quelle est votre version ?

Lamya Essemlali : Avec Jean-Marc Gancille, co-président de Rewild, nous avons été exclus du jour au lendemain des droits administrateurs de la page Facebook et Instagram de Rewild par Lorane Mouzon (Centre Athénas). Alors même qu’elle a démissionné du conseil d’administration de Rewild le 10 février dernier. Elle a donné le contrôle de la page à des salariés de Bretagne Zoo ce qui est tout à fait incohérent puisqu’encore une fois Rewild n’est pas Bretagne Zoo. Nous avons donc porté réclamation auprès de Facebook qui a coupé les pages avant de les remettre à la demande de Lorane Mouzon. Mais on compte bien prouver au réseau social son départ de l’équipe et demander à retrouver les droits de la page d’origine.

ZA : Jérôme Pensu estime dans notre interview que le modèle économique du Rewild Rescue Center n’a pas été mis en place parce que certains membres de la coalition n’ont pas joué leur rôle. Que lui répondez-vous ?

Lamya Essemlali : Je lui réponds que c’est lui le gérant ! C’était à lui de mettre en place les actions nécessaires pour que ce modèle économique existe ou à lui d’engager quelqu’un pour développer l’activité commerciale. Moi j’ai déjà un travail à temps plein et il s’appelle Sea Shepherd. Ce n’est pas mon travail de développer la SARL Bretagne Zoo. Et comme il ne l’a pas fait, personne ne l’a fait. Mais ça n’a jamais été le deal de départ que je m’en occupe.

ZA : A l’époque de la création de Rewild, le choix de Jérôme Pensu comme gérant avait fait polémique. Des internautes vous disent aujourd’hui « on vous avait prévenus ». Que leur répondez-vous ?

Lamya Essemlali : Que c’est une erreur de casting fondamentale ! A l’époque, beaucoup de personnes m’ont dit de me méfier de lui, mais ils n’avaient pas de preuve, pas d’éléments factuels contre lui, donc je n’y ai pas cru. Jérôme Pensu, je le connais par une rencontre fortuite, un membre de ma famille cherchait à placer un perroquet gris du Gabon dans de meilleures conditions de vie et Jérôme a pris contact avec moi dans le cadre d’un projet de réhabilitation de ces oiseaux en Afrique. On a commencé à échanger sur le thème des réintroductions, de la réhabilitation des animaux captifs. Il m’a convaincue de son expertise, je pensais vraiment ses intentions louables. On a commencé à parler du concept de Rewild, avec lui mais avec d’autres aussi, c’est vraiment un travail d’équipe. Puis, quand il a fallu trouver un gérant, il s’est spontanément proposé et cela nous a semblé normal à tous, puisqu’on avait déjà chacun un poste dans une autre entité, et qu’on était bien occupé.

Au final, il a entraîné Rewild dans des conflits avec la Terre entière et a fait de graves erreurs de gestion. Par exemple, il n’a pas assuré le site depuis septembre. Lundi, le mandataire judiciaire a donné la consigne de garder les animaux dangereux à l’intérieur une partie de la journée pour cette raison. Depuis, je ne sais pas ce qu’il en est.

ZA : Et demain alors, quelle suite donner à ce projet ?

Lamya Essemlali : Le plan, c’est de sauver Rewild de Jérôme Pensu. Le projet reste magnifique. Il est dans son époque et la France a besoin d’un centre de réhabilitation de ce type. Si Jérôme Pensu n’arrive pas à trouver un nouvel assureur, il précipite la SARL Bretagne Zoo vers la liquidation judiciaire et alors ce sera au tribunal de trancher sur une éventuelle reprise.

Pour ma part, je me suis engagée au travers de Sea Shepherd à financer les soins et la nourriture des animaux du site le temps nécessaire. Nous, ce qu’on veut éviter c’est que les animaux soient vendus ou éparpillés entre différents parcs zoologiques.

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Note à nos lecteurs : certains parmi vous ne comprennent pas pourquoi Zooactu traite l’actualité du projet du Rewild Rescue Center et nous accuse de leur porter trop d’attention.

Tout d’abord, en tant qu’ancien Zoo du Pont-Scorff, Rewild héberge toujours les pensionnaires de l’ancien parc, il est donc tout à fait légitime que notre rédaction tienne au courant le public du devenir de ces animaux. Les salariés de Rewild, des soigneurs animaliers qui pour la plupart ont connu d’autres zoos avant le rachat, n’en font pas moins leur travail quotidien : s’occuper des animaux comme dans n’importe quel autre parc.

Enfin, le concept du projet en lui-même, bien que tournant le dos à la présentation au public pourrait créer un précédent à l’intérieur du monde des parcs animaliers. Il nous semble donc important, dans une réflexion de traiter la thématique globale des parcs animaliers de tenir compte de l’avancement de Rewild.

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