Dans une tribune publiée sur sa page Facebook le 20 mars dernier (voir ci-dessous), François Gay, directeur du Bioparc de Doué la Fontaine, a lancé un appel à Jean Castex pour qu’il autorise les parcs zoologiques à rouvrir. Pour lui prouver que toutes les précautions sanitaires sont prises, il l’invite à venir visiter le parc. A-t-il eu une réponse ? Quel niveau d’informations ont les parcs et quelles aides ? Nous lui avons posé ces questions.

[Attention, notre entretien a été réalisé avant les annonces d’Emmanuel Macron du 31 mars. Certaines informations sont susceptibles d’avoir changé depuis les nouvelles mesures, par exemple l’accueil des scolaires est bien sûr suspendu avec la fermeture des écoles.]

Zooactu : A la suite de votre invitation, Jean Castex vous a-t-il répondu ?

François Gay : Le Premier Ministre ne m’a pas encore répondu, mais pour être honnête je pense qu’il reçoit beaucoup de courriers en ce moment. Je ne doute pas que j’aurai une réponse écrite, parce que ce sont leurs habitudes. Toutefois, j’ai eu de très belles surprises avec la reprise dans la presse de mon appel à vivre avec ce virus et celle d’autres parcs qui ont soit partagé mon texte, soit qui l’ont adapté à leur propre site.

Mon but était en fait de toucher notre public. Notre association, l’AFDPZ, sensibilise les élus, le gouvernement et fait très bien son travail, mais il est important que chacun de ses membres touche localement ses visiteurs pour que le public nous porte et nous soutienne.

ZA : Où en sont les parcs zoologiques aujourd’hui ?

FG : Les parcs zoologiques sont toujours fermés. Nous avons été très patients et à juste titre puisque cette pandémie nous touche tous, il fallait faire quelque chose. Nous avons pu rouvrir l’été dernier et nous savons, nous, parcs animaliers, qu’on est capable de recevoir en toute sécurité nos visiteurs. En 2020, lors du premier confinement, sanitairement notre fermeture se comprenait. Mais aujourd’hui, c’est une grave erreur de ne pas se pencher sur les activités une à une et de traiter le secteur loisirs dans sa globalité. Les parcs zoologiques sont en extérieur et sont traités comme l’ensemble des activités d’intérieur.

Sanitairement il n’y a aucune raison de ne pas être ouvert, c’est une décision politique. D’ailleurs, il y a encore quelques semaines, on nous avait fait pressentir une autorisation d’ouverture pour la fin mars. On y était presque. Puis, ça a changé, la situation sanitaire s’est dégradée et avec elle nos chances de rouvrir.

ZA : Comment expliquer la disparité des autorisations au sein même des parcs ? (Lodges ouverts pour certains, fermés pour d’autres, scolaires acceptés ou non, etc.) et quelle est votre réaction face à l’ouverture des réserves ornithologiques et des fermes pédagogiques ?

FG : Il n’y a pas de jalousie, pas du tout. En fait, l’activité « parc zoologique » n’est tout simplement pas traitée par l’Etat. Oui, il y a des lodges ouverts, c’est parce qu’il s’agit d’hôtellerie, et cette activité est autorisée. La décision d’ouvrir les parcs aux visiteurs doit être gouvernementale et nationale, un préfet seul ne pas donner son feu vert. En revanche, une fois que le décret ou la circulaire est bien passé, ce sont effectivement les préfectures qui valident les protocoles sanitaires et donnent les autorisations.

Concernant les scolaires, c’est assez difficile à comprendre, mais il est autorisé de faire des activités pédagogiques avec les mineurs au sein de nos établissements, mais pas de les visiter. Nous pouvons en théorie accueillir des centres aérés, des scolaires, etc., tant que ce sont des mineurs. Il faut en faire la demande au préfet tout simplement. Pour le Bioparc, la préfecture a préféré ne pas prendre de demi-mesure mais je comprends que certains en bénéficient.

La nouveauté 2021 du Bioparc, la volière africaine. ©Bioparc

ZA : Quel niveau d’information et quelles aides avez-vous de l’Etat ?

FG : On vit ces fermetures de plus en plus mal parce qu’il n’y a toujours pas d’étude précise prouvant qu’on peut attraper le virus en plein air, et donc en visitant un parc animalier. J’ai la chance d’être administrateur de l’AFDPZ et d’avoir les informations au jour le jour depuis un an mais il n’y a encore une fois aucune raison sanitaire à notre fermeture.

Concernant les aides, nous avons bénéficié lors du premier confinement du prêt garanti par l’Etat, auquel beaucoup d’entre nous ont fait appel et d’une aide financière de 19 millions d’euros à destination des zoos, refuges et cirques. Durant le deuxième confinement, nous n’avons reçu aucune subvention car le gouvernement a considéré que comme nous avions pu rouvrir cet été, nous avions regagné une partie du chiffre d’affaires perdu. Et c’est vrai que cet été la fréquentation a été bonne dans les parcs zoologiques et notamment au Bioparc. Mais depuis l’automne, nous n’avons pas pu ouvrir nos portes et cela commence à devenir urgent.

L’Etat semble nous avoir entendu puisqu’une aide pour la prise en charge des frais de nourriture et des soins des animaux devrait être versée au cours du printemps. Elle couvrira la période de janvier à la réouverture. Mais nous, ce que nous voulons, c’est l’ouverture au public. Vivre sous perfusion ce n’est pas agréable.

NDLR : Cette subvention appelée aides « coûts fixes » vient d’être mise en place par le gouvernement pour les entreprises pour lesquelles le chômage partiel n’est pas possible. « Cette aide « coûts fixes » est également ouverte, sans condition de chiffre d’affaires, à un nombre limité de familles d’entreprises dont les charges fixes sont très élevées (loisirs indoor, salles de sport, jardins et parcs zoologiques, parcs d’attraction, établissements thermaux ou encore les cafés, hôtels, restaurants et résidences de tourismes situés en montagne). L’aide pourra couvrir jusqu’à 70 % des pertes d’exploitation pour les entreprises de plus de 50 salariés et jusqu’à 90 % des pertes d’exploitation pour les entreprises de moins de 50 salariés, dans la limite de 10 M€ pour le premier semestre de l’année 2021. » Source : Les Echos Business

ZA : Quelles nouveautés attendent les visiteurs pour la réouverture du Bioparc ?

FG : Notre volière africaine devait voir le jour en 2020, en même temps que le cratère des carnivores puisque les deux projets ont démarré ensemble, mais compte tenu du contexte nous avons préféré attendre 2021.

Ce nouvel espace de 2 000 m² de superficie et de 10 mètres de hauteur est attenant au cratère d’ailleurs. Il accueillera les oiseaux de la savane africaine, une dizaine d’espèces dont les touracos actuellement dans le sanctuaire des okapis et deux grosses colonies de tisserins gendarmes. La volière est actuellement en travaux, elle sera terminée pour mai.

Nous avons également profité de la fermeture pour refaire le bassin des okapis, construire une ombrelle au cratère des carnivores et réaliser un nouvel abri pour nos tortues des Seychelles avec bassin chauffé ainsi qu’un bassin extérieur pour que les visiteurs voient ces reptiles dans l’eau, ce qui est plutôt rare.

Dans les prochains jours, nous allons recevoir un mâle oryctérope pour réaliser de la reproduction puisqu’actuellement, nous avons deux femelles. Un nouvel otocyon devrait également arriver prochainement, mais pour eux pas de petits en vue. En fait, on a plus souvent des espèces à ne pas reproduire que le feu vert des coordinateurs d’EEP.

Les deux femelles orycteropes. ©Bioparc – E.Flautre

ZA : Avec les nouvelles mesures sanitaires, gardez-vous espoir d’ouvrir prochainement ?

FG : Ce qui est clair, c’est que nos chances paraissent plus réduites qu’il y a quelques semaines. Mais au contraire, au printemps, il faudrait profiter de nos sites en plein air. La Covid 19 induit une crise sanitaire bien sûr, économique également, mais aussi psychologique. Ne sous-estimons pas les bienfaits de l’air pur et de pouvoir sortir.

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