C’est un véritable « gorilla gate » qui est à l’œuvre depuis la publication, vendredi 26 novembre, d’un article du Guardian sur l’euthanasie de gorilles mâles afin d’éviter leur surpopulation. Le journal britannique révèle avoir eu accès à des documents internes de l’EAZA dans lesquels l’organisation européenne envisagerait l’euthanasie de gorilles mâles comme une solution pour limiter leur nombre devenu trop important en captivité, compte tenu des places disponibles. L’article explique que le plan d’action proposé pour cette sous-espèce place l’abattage comme « l’outil le plus approprié si l’on parle strictement du point de vue biologique ».

Vives réactions

La publication de cet article n’a pas tardé à susciter de vives réactions. L’euthanasie d’animaux est toujours un sujet sensible et un argument régulièrement avancé par les anti-zoos. Si elle est mieux admise lorsqu’il s’agit d’animaux en fin de vie et qui souffrent, certains dénoncent « une euthanasie de complaisance », comme avait pu le faire le fondateur de Kalaweit, Chanee, dans une vidéo diffusée en 2020.

C’est une question d’autant plus susceptible de créer la polémique que le gorille des plaines de l’Ouest, seule sous-espèce de gorilles présentée dans des parcs animaliers européen et à faire l’objet d’un programme d’élevage coordonné par l’EAZA, est « en danger critique » d’extinction dans la nature.

Pour beaucoup, la première réaction est donc l’incompréhension : « si les gorilles sont trop nombreux dans les zoos, il suffit de les relâcher dans la nature où ils sont menacés ! ». Mais tout n’est pas aussi simple. D’abord, parce que leur milieu naturel n’est pas encore exempt de toutes menaces, et puis parce qu’une réintroduction est une opération qui demande de la préparation pour réussir. Elle est cependant possible, comme l’a prouvé le Zoo de Beauval en réintroduisant deux gorilles femelles au Gabon en 2019, avec le soutien de la Fondation Aspinall.

Position ferme en France

Surtout, cet article a déclenché une vague d’attaques qui n’a pas lieu d’être. « Notre position est ferme : aucun zoo en France n’euthanasiera des gorilles en bonne santé pour des questions de gestion des populations. C’est un axe que nous défendons depuis toujours et nous nous y tiendrons », déclare Rodolphe Delord, président de l’AFdPZ et directeur du Zoo de Beauval.

Même réaction du côté de l’Espace Zoologique de Saint-Martin-la-Plaine, qui accueille onze gorilles répartis en quatre groupes : « Nous sommes fermement opposés à la pratique de l’euthanasie pour éviter le surplus de mâles gorilles. Il s’agit là d’une position que nous défendons auprès de l’EAZA », nous assure le vétérinaire du site, Jean-Christophe Gérard.

L’EAZA ne s’est jamais cachée d’envisager l’euthanasie comme un outil pour gérer les populations. C’est d’ailleurs une recommandation déjà pratiquée par certains zoos et pour certaines espèces. Des pays comme le Danemark ou la Suède y ont parfois recours, sur des girafes ou des félins par exemple. Mais ce n’est pas une position défendue par les zoos français.

Solution de dernier recours

Tous regrettent que les propos du journaliste du Guardian aient été sur-interprétés. « En réalité, il n’a jamais été question d’une solution envisageable à court ou moyen terme », confie le directeur de La Vallée des Singes, Jean-Pascal Guéry, qui a eu accès au document dont il est question en tant que membre du comité EEP pour les gorilles.

« Le journaliste fait référence à une étude approfondie dans le cadre du programme d’élevage. Dans ce cadre, l’EAZA a évoqué toutes les possibilités scientifiques. L’euthanasie est une option qui a été questionnée, mais qui n’a pas été retenue et qui n’est pas pratiquée », complète le vétérinaire de Saint-Martin-La-Plaine.

« Le public n’a pas conscience de ce que cela implique de gérer une population animale. Nous le faisons avec une rigueur scientifique qui nous impose d’envisager toutes les solutions possibles. L’euthanasie a donc bien été discutée, mais il n’est pas question d’en faire un outil prioritaire. Il s’agit uniquement d’une solution de dernier recours qui sera envisagée lorsque nous serons coincés : plus de places dans les établissements et impossibilité de les relâcher dans la nature », continue Jean-Pascal Guéry.

Des alternatives qui marchent

En attendant, d’autres moyens existent pour éviter la surpopulation : la contraception temporaire, définitive ou encore la formation de groupes de mâles. A Saint-Martin-la-Plaine, tous les groupes ne sont pas reproducteurs : certains sont composés uniquement de mâles. Idem au zoo de Thoiry, qui a accueilli pour la première fois des gorilles en 2020.

« Lorsque c’est possible, il faut avoir différentes structures pour pouvoir former des groupes de mâles », reprend Rodolphe Delord. Mais tous les zoos n’en ont pas forcément les moyens, et la composition de groupes de mâles ne se passe pas toujours sans turbulences. « Il faut savoir que les gorilles vivent en harem : un dos argenté s’entoure de 3 à 8 femelles environ. En plus, en captivité, le ratio mâle-femelle est biaisé et nous avons un peu plus de naissances de mâles. Donc cela devient très vite difficile à gérer », explique le directeur de La Vallée des Singes.

Pour éviter tout cela et sans peser sur le bien-être de l’animal pour qui la reproduction est un besoin essentiel, la castration des jeunes mâles est testée depuis 2010. Et les résultats sont plutôt prometteurs. « Nous avons castré deux jeunes vers l’âge de 3 ans. Aujourd’hui, ce sont des subadultes qui vont très bien. Nous nous sommes rendus compte qu’ils développaient de plus fortes interactions sociales avec les autres membres du groupe, car ils ne sont pas écartés par le père craignant une rivalité », assure Jean-Pascal Guéry.

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2 Commentaires

  1. Pas question de ne pas se révolter contre cette nouvelle barbarie !! Ils sont nos proches, aucun soi-disant HUMAIN n’a le droit de vie et de mort sur eux ! Laissons les vivre et surtout prenons exemple sur eux

  2. Certains refuges ou associations pour animaux avec des structures d’accueil adaptés et subventionnés par un fond des parcs zoologiques du mondes. Celà permettrait d’accueillir des groupes de mâles solitaires, sous l’autorité d’un parcs zoologiques désigné par l’EEP ou une commission spécifique.
    Un ou plusieurs mâles pourraient être maintenus entiers (non castré), afin de disposer d’un réservoir génétique et favoriser ainsi une meilleure gestion de la reproduction des gorilles captifs dans le monde.
    De jeunes gorilles castrés pourraient former des groupes de mâles solitaires, sous l’autorité d’un mâle dominant entier.
    Je reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.
    Cordialement.
    Mr Mortreux Alain.

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