Confinement, déconfinement, couvre-feu, fermeture de certains établissements, ouverture pour d’autres en respectant une certaine jauge… L’année qui vient de s’écouler a eu son lot de réglementations pour tenter d’endiguer la propagation du Covid-19. Dans les parcs animaliers, la situation financière est complexe, les charges ne pouvant être mises à l’arrêt comme c’est le cas dans certaines entreprises contraintes à stopper leur activité. Mais au-delà des difficultés financières, c’est le moral des équipes qui en prend un coup. D’autant que la situation semble s’éterniser : les zoos et aquariums sont fermés depuis fin octobre, et leur réouverture n’est toujours pas annoncée.

Manque de visibilité

L’une des plus grandes difficultés des parcs à l’heure actuelle, c’est véritablement cette absence d’information. Une lueur d’espoir s’est fait sentir à l’approche du 15 décembre 2020, date de la levée du deuxième confinement, mais elle n’a pas duré. Le gouvernement a finalement maintenu l’interdiction d’ouvrir pour les zoos et aquariums, alors que beaucoup espéraient pouvoir au moins « sauver » les vacances de Noël.

Début février, à quelques jours des vacances scolaires de la zone A, le flou perdure. Les établissements ont encore et toujours l’obligation de rester fermés au public, alors que les Français sont autorisés à partir en vacances s’ils le souhaitent. Un paradoxe, surtout pour les parcs animaliers situés en plein air et qui ont déjà beaucoup investi au printemps dernier pour garantir le respect des gestes barrières au sein de leur structure.

Beaucoup commencent donc déjà à annoncer le report de leur ouverture officielle, précisant qu’ils ne peuvent donner d’informations supplémentaires… Eux-mêmes n’en ayant pas.

Pour Eric Vignot, fondateur du tout jeune Parrot World inauguré l’été dernier en Seine-et-Marne, cette fermeture est totalement injustifiée car il n’y a aucun risque sanitaire à venir observer des animaux en plein air. « Le port du masque, la distribution de gel hydroalcoolique aux endroits stratégiques du parc et l’absence d’animations en font un espace à risque zéro d’un point de vue épidémiologique« , explique le parc dans un communiqué.

Une année 2020 difficile à gérer

Exotic Park, inauguré peu avant le début de la pandémie à Lescar près de Pau, n’a donc pas été bien longtemps ouvert. « Nous attaquons, comme tous les autres parcs, notre sixième mois de fermeture sur les douze derniers », rappelle Guillaume Darzacq, fondateur d’Exotic Park avec sa compagne Maryline Perret. Un démarrage pas évident. « Quand on crée un parc, on essaie de penser à tout, et puis… on se prend une pandémie. »

Pas facile non plus pour les parcs plus anciens. « L’année 2020 a été compliquée pour nous aussi, confirme Luc Lorca, directeur du Zoo d’Asson dans le Béarn. A Asson, nous sommes ouverts toute l’année et n’avons pas l’habitude d’être fermés. Alors, tous ces mois de fermeture ont réellement été déstabilisants. »

Le Covid a contraint le Zoo d’Asson à mettre en pause plusieurs chantiers et nouveautés, et les mois passés sans rentrées d’argent, tandis que les charges de la structure se poursuivent, commencent à peser lourd. « D’autant qu’au premier confinement, nous avons recouru au chômage partiel pour le personnel et avons assumé une partie du travail avec mon associée Valérie Ramon. Mais là, ce n’est plus possible, nous avons besoin de tout le monde pour continuer. » Alors la structure tourne à plein effectif, soit 8 salariés qui s’occupent principalement du soin aux animaux.

Guib d'eau au Zoo d'Asson
Guib d'eau au Zoo d'Asson pendant la fermeture au public. ©Zooactu

« Heureusement, la plupart des animaux ont plutôt bien vécu cette période. Certains, comme les loutres et les perroquets qui aiment entretenir du lien avec le public, ont trouvé le temps long. Mais nous avons essayé d’y remédier. Le plus important, c’était vraiment de maintenir une continuité des soins », poursuit le directeur du Zoo d’Asson. Une mission pas toujours évidente, surtout lorsqu’est survenu le premier confinement. « Nous craignions alors des ruptures d’approvisionnement, mais finalement, tout est rentré dans l’ordre. Nous avons pu nourrir, soigner et chauffer nos animaux comme en temps normal. »

Les zoos européens dans la tourmente

La situation est critique pour tous les parcs animaliers contraints à la fermeture et, de fait, privés – pour la plupart – de leurs ressources. Dans le reste de l’Europe aussi, les difficultés s’accumulent. Et ce, même si des aides gouvernementales existent parfois ou si des cagnottes ont permis de soulager un peu les trésoreries. Résultat, certains sont contraints de prendre des décisions radicales pour survivre…

Le Zoo d’Edimbourg pourrait devoir renvoyer ses pandas en Chine dès 2022, faute de pouvoir assumer ce que coûte leur « location » auprès de Pékin [un peu plus d’1 million d’euros par an, NDLR]. En Grande-Bretagne, un fonds d’aide a été mis en place par le gouvernement, mais uniquement à destination des petits parcs animaliers, le zoo de la capitale écossaise n’est donc pas éligible et doit faire des économies partout où il le peut.

Aux Pays-Bas, la décision a d’ores et déjà été prise par le Zoo d’Amsterdam de se séparer de ses trois lions : un mâle de 3 ans et deux lionnes de 8 et 9 ans. La crise sanitaire a contraint le parc a stoppé le chantier de rénovation de leur enclos et les pertes financières sont telles qu’il a été décidé d’envoyer les félins dans une autre structure. On ignore encore laquelle, mais d’après les médias néerlandais, les lions seraient en partance pour un zoo du Sud de la France.

En Grèce, le parc zoologique Attica d’Athènes est quant à lui en grande souffrance. D’après Paris Match, le seul zoo du pays est en effet « en voie d’extinction » en raison des 3 mois de fermeture qu’il vient de traverser. Les charges de l’établissement, assumées à 99 % par les entrées visiteurs en temps normal, s’élèveraient à plus de 200.000 euros par mois.

Belle fréquentation estivale

Caméléon à Exotic Park
Caméléon arrivant du ZooParc de Beauval à Exotic Park, pendant la fermeture au public. ©Zooactu

Malgré tout, les parcs ont réussi à limiter les pots cassés grâce à une activité estivale soutenue.

« Nous avons eu la chance de faire un bon départ : les gens sont venus nous voir, puis sont revenus à nouveau, ont parlé de nous à leur famille, leurs amis, beaucoup ont également pris un abonnement… Exotic Park a donc quand même eu une belle fréquentation et c’est ce qui nous a permis d’aborder cette crise sans trop paniquer », explique Guillaume Darzacq.

Idem chez son voisin d’Asson : « Nous avons fait une assez belle saison, étant donné le contexte. Nos équipes ont été présentes et nous pouvons envisager 2021 avec une certaine sérénité », assure Luc Lorca.

A condition, bien entendu, que la réouverture ait lieu prochainement…

A savoir : Fin janvier, le sénateur PS de l’Aude Sébastien Pla a, avec 47 autres parlementaires, demandé que l’Etat prenne en charge 70 % des coûts fixes de l’ensemble des parcs zoologiques français. Contacté par Zooactu, le cabinet du ministre des petites et moyennes entreprises (PME) Alain Griset n’a pas encore fait savoir où en était cette demande.

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