Certainement peu de gens connaissent le criquet de Crau, et pourtant, ce criquet endémique de la plaine de la Crau – en région PACA – fait depuis peu l’objet de toutes les attentions de la  part de l’Europe, qui vient de lui consacrer le tout premier projet LIFE dédié à un insecte. Ce projet estimé à 2 millions d’euros, financé à 60 % par l’Union Européenne, a pour objectif de sauvegarder cette espèce très menacée, classée « en danger critique » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Et pour y parvenir, deux acteurs vont jouer un rôle de premier ordre.

Reproduction en captivité

Les parcs zoologiques de La Barben et du Muséum de Besançon vont en effet piloter un axe important de ce programme de conservation : la reproduction en captivité en vue de réintroductions.

Ils auront pour mission d’élever en captivité des populations de cet insecte – l’un des criquets les plus grands d’Europe – mais également de sensibiliser les visiteurs à la sauvegarde de cette espèce française.

A La Barben, les premiers criquets de Crau viennent tout juste d’arriver. L’établissement a créé pour l’occasion une station d’élevage dédiée. « Grâce au climat similaire entre La Barben et la plaine de la Crau, nous avons accueilli le 2 mai quelques jeunes individus », explique le parc animalier de la Barben.

Au total, 15 criquets de Crau, dont 8 mâles et 7 femelles. Tous ont été capturés dans la plaine de la Crau, dans la station d’élevage présente sur place. « Repérés à l’œil nu, ils ont été mis dans un tube sans être touchés pour éviter tout risque de transmission de maladie », explique Louisianne Fauchille, chargée de pédagogie et de conservation au parc animalier de La Barben.

Éclosions attendues au printemps 2023

Transférés dans la station d’élevage créée à leur attention, les criquets pourront se reproduire en toute tranquillité, loin des menaces qui ont poussé leur espèce au bord de l’extinction. « Les premières pontes devraient avoir lieu en juillet, pour des éclosions en avril 2023 », poursuit Louisianne Fauchille.

Les criquets nés ainsi en captivité pourront, si les conditions le permettent, être réintroduits dans leur milieu naturel. « Selon le succès de l’élevage en parc et la sécurisation des zones de réintroduction, les premières réintroductions devraient avoir lieu en avril 2024 », précise la responsable.

Bien que non visibles du public, les criquets seront portés à la connaissance des visiteurs de l’établissement, qui a d’ailleurs organisé un week-end de lancement, le samedi 30 avril et le dimanche 1er mai, avec un stand découverte. La Barben prévoit également un week-end d’animations spéciales les 23 et 24 juillet autour de cette espèce. Au total, cinq personnes du service pédagogie travailleront à faire découvrir ce criquet aux visiteurs, et deux personnes seront en charge de la station d’élevage.

« Nous échangerons par ailleurs avec Besançon et les autres structures, à la fois pour la partie élevage et pour la création d’outils pédagogiques », conclut Louisianne Fauchille.

Elevage depuis 2015

Ce n’est pas la première fois qu’un parc zoologique participe à la conservation du criquet de Crau en reproduisant l’espèce en captivité.

Dès 2015, un programme d’élevage a en effet été mis en place en collaboration avec le parc zoologique de Thoiry et sa vétérinaire, Cathy Gibault. L’été de la même année, près de 500 œufs étaient déposés dans la nature, où vit ce criquet, dans l’espoir de soutenir les populations sauvages au moment de l’éclosion, au printemps suivant.

Aujourd’hui, ce travail se poursuit dans la station d’élevage créée sur place, dans le Coussoul. Des volières d’élevage, permettant à l’espèce de se reproduire à l’abri de toute menace – y compris de la prédation – ont été créées pour un élevage in situ.

Le criquet de Crau, au bord de l’extinction

Si autant d’efforts sont déployés pour sauver cet insecte, c’est que son déclin est dramatique. Aujourd’hui, on ne le trouve plus que dans trois zones, dont une seule est protégée – dans la réserve naturelle nationale des Coussouls de Crau – et les deux autres sont des sites militaires et d’essais automobiles.

Incapable de voler en raison de ses ailes atrophiées, le criquet de Crau ne peut donc quitter son habitat naturel pour aller s’installer ailleurs. Impossible en effet pour lui de survoler des cours d’eau ou autres obstacles de taille. Résultat, son territoire est restreint, fragmenté, et plus que jamais sujet aux menaces comme l’extension des zones agricoles et urbaines.

La destruction de son habitat naturel – les steppes de pelouses sèches entretenues par le pâturage des moutons – est le principal facteur qui explique la diminution du nombre de criquets de Crau dans la nature.

Le projet « LIFE SOS criquet de Crau » s’étend sur 4 ans,  sur la période 2021-2025 et comporte quatre objectifs :

  • étendre les surfaces d’habitat favorable à cette espèce ;
  • réduire les menaces, dont la prédation par les oiseaux insectivores vivant en colonie ;
  • communiquer et sensibiliser à la préservation du criquet de Crau dans son milieu ;
  • améliorer la reproduction en captivité et démarrer un programme de réintroduction, en collaboration avec les parcs zoologiques.

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