Dans la grande famille des loutres, la loutre géante est loin d’être la plus répandue dans les parcs zoologiques français. Ce mammifère aquatique, impressionnant par ses dimensions de plus d’1,5 mètre de long pour plus de 30 kg, est encore relativement rare en France.

Pteronura brasiliensis est visible dans quatre parcs animaliers en 2020 : le Bioparc de Doué la Fontaine, le Zoo de Beauval, Parrot World et au Parc animalier des Pyrénées où nous avons pu interroger Lina Fourcade, la soigneuse qui s’occupe depuis 3 ans maintenant du secteur mammifère. La jeune femme ne cache pas que, pour elle, il s’agit de l’espèce de loutre la plus intéressante mais aussi la plus caractérielle et dangereuse.

Habitat / enclos

Dans son milieu naturel, la loutre géante est visible en Amérique du Sud où elle vit dans les fleuves et rivières d’eau douce de l’Amazonie et de Guyane. C’est une nageuse hors pair qui passe sa vie dans l’eau mais ne s’éloigne jamais vraiment des berges et des bancs de sable où elle vient se reposer. En captivité, les loutres géantes ont également besoin de beaucoup nager. Au Parc animalier des Pyrénées, « l’enclos des loutres géantes est composé d’un grand bassin profond avec filtration. Elles ont fortement besoin de nager », nous explique leur soigneuse Lina Fourcade. Dans ce parc, les loutres géantes vivent en cohabitation avec les saïmiris, des petits singes arboricoles d’Amérique du Sud. Une cohabitation qui rappelle celle dans leur habitat naturel, puisque les deux espèces vivent dans les mêmes pays.

Leur enclos se compose également d’un bâtiment intérieur avec un espace pour la nuit qui servira également en cas de reproduction. Car le Parc animalier des Pyrénées héberge un couple de loutres géantes et espère bien qu’ils auront ensemble une descendance ! La deuxième partie du bâtiment est composée d’un bassin intérieur auquel elles ont accès toute la journée.

enclos loutres géantes pyrénées
Les loutres géantes ont besoin de beaucoup nager. ©Parc animalier des Pyrénées

Régime alimentaire

Les loutres géantes sont l’un des plus grands carnivores d’Amazonie. A l’état sauvage, leur menu se compose à plus de 50 % de characins, des poissons très proches des piranhas, mais elles peuvent également intégrer de jeunes caïmans ou anacondas à leur régime alimentaire.

En captivité bien entendu, difficile de servir du caïman ou de l’anaconda aux loutres géantes ! Mais, au Parc animalier des Pyrénées, les pensionnaires ont la chance d’avoir un établissement de pisciculture tout proche. « Nos loutres géantes ont la chance d’avoir de la truite fraiche tous les matins. Comme elles ne sont pas congelées, nous n’avons pas besoin de leur donner des compléments de vitamines. Le soir, nous leur donnons souvent des têtes de truites, parce que c’est la partie la plus charnue. » En tout, c’est environ 1,5 à 2 kg de poissons par jour que mange chaque loutre géante.

Dans la nature, les couples de loutres géantes sont ensemble à vie. ©Parc animalier des Pyrénées

Reproduction

En milieu naturel comme en captivité, les loutres géantes se reproduisent dans l’eau avant une gestation comprise entre 65 et 70 jours. Une portée de loutres géantes compte en général de 1 à 4 petits, exceptionnellement plus. A l’état sauvage, les loutres géantes vivent en groupes familiaux, parfois nombreux, composés du couple de parents et de leurs petits. Avant que ces derniers, devenus grands, quittent le nid – la catiche – pour chercher un territoire et eux-mêmes se reproduire, vers l’âge de 3 ans environ.

En France, les premières naissances en captivité de loutres géantes ont eu lieu en juillet 2009. C’est Yucana et Diego, arrivés en 2007 au Bioparc de Doué-la-Fontaine, qui ont mis au monde un loutron pour la première fois dans l’Hexagone, en 2009. Trois autres portées ont suivi cette première ! Trois petits sont nés en 2010, quatre loutrons en août 2012 et enfin trois petites loutres géantes d’Amazonie sont nées en septembre 2013. Quatre portées et donc 11 loutrons en seulement 6 ans !

Le couple de loutres géantes des Pyrénées vient pour sa part de se constituer et n’a pas encore eu de petits. La femelle, Noura, est d’ailleurs la fille de Yucana et Diego ! Le mâle Pepper est arrivé fin juin 2020 et plusieurs accouplements ont déjà été observés avec la femelle. Ce couple a été constitué par le coordinateur du programme d’élevage européen (EEP) auquel le parc zoologique participe. « Selon les recommandations du coordinateur du programme, si notre femelle est gestante nous la séparerons du mâle à la naissance des petits, pour éviter tout incident. Le coordinateur nous donne des indications très précises sur les conditions de vie en captivité des loutres géantes. Des trois espèces de loutres que nous avons, c’est celle où nous avons le moins de marges de manœuvre », confie Lina.

L’importance de la zone d’isolement en parc animalier est fondamentale pour les loutres géantes. Dans une publication Facebook, le Bioparc de Doué-la-Fontaine explique que « les naissances de loutres géantes sont plus fréquentes dans les zoos mais le taux de réussite des portées reste cependant très faible. Leur survie dépend, notamment, de la conception de leur parc qui doit avoir une zone d’isolement permettant à la mère et à ses petits de s’y réfugier à la moindre alerte pendant les deux premiers mois. En effet, toute perturbation inhabituelle entraînerait l’abandon des loutrons ».

Les loutres géantes vivent en famille. ©Bioparc Doué-la-Fontaine

Santé

Dotée de la fourrure la plus fine de toutes les loutres, Pteronura brasiliensis craint le froid et surtout en captivité, quand elle s’éloigne des températures amazoniennes. C’est pourquoi, l’hiver, la soigneuse du Parc animalier des Pyrénées nous confie les sortir quand le soleil donne plein sud face à l’enclos vers 9h du matin et les rentre au plus tard vers 16h-16h30. Pour leur confort, le bâtiment intérieur est également chauffé.

Autre particularité des loutres géantes en captivité, elles supportent très mal les anesthésies. « Le coordinateur de l’espèce nous a bien dit de faire attention si elles tombaient malades, à ne les anesthésier qu’en dernier recours. Et justement, malheureusement peu après l’arrivée de notre mâle, nous avons dû recoudre notre femelle pour une plaie et donc l’endormir. Heureusement tout s’est très bien déroulé. »

En milieu naturel, les loutres géantes d’Amazonie n’ont pas de problème de santé particulier. Toutefois, elles sont très sensibles à la qualité de l’eau dans laquelle elles évoluent. C’est pourquoi on dit souvent que l’espèce est un bon indicateur de la qualité des habitats aquatiques. La présence de loutres géantes dans un cours d’eau signifie qu’il n’est pas pollué, en revanche leur absence signifie qu’il y a sans doute des perturbations : dérivation des cours d’eau, présence de boue ou de mercure dans l’eau….

Enfin, en terme de longévité, les loutres géantes vivent entre 8 et 10 ans à l’état sauvage et de 13 à 15 ans en captivité où elles sont protégées des pressions extérieures.

La loutre géante est une espèce en danger d'extinction en milieu sauvage. ©Parc animalier des Pyrénées.

Menaces et conservation

La loutre géante est une espèce menacée, classée « en danger » sur la liste rouge de l’UICN. Une situation qui s’explique par la chasse intensive dont elle a été victime jusqu’aux années 1970 pour sa fourrure. De nos jours, elle n’est plus tuée intentionnellement, si ce n’est très ponctuellement par les pêcheurs locaux qui lui reprochent son grand appétit et sa prédation sur les poissons.

Mais d’autres menaces expliquent également le déclin de l’espèce et sa disparition de l’Argentine et l’Uruguay où elle vivait auparavant. La modification de son habitat, la déforestation, la pollution des eaux sont les principales raisons de sa disparition aujourd’hui. En Guyane notamment, l’orpaillage clandestin, c’est à dire la recherche de l’or dans les rivières, continue avec parfois des conséquences dramatiques pour l’environnement et sa faune. L’orpaillage entraine par exemple une pollution des rivières au mercure, dont l’utilisation est interdite depuis 2006 en Guyane, mais qui reste une pratique courante.

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