Dans un arrêté du 2 septembre 2020, la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) a mis en demeure la société Bretagne Zoo, détentrice du Zoo de Pont-Scorff, près de Lorient. Fin 2019, ce parc animalier breton avait défrayé la chronique en étant racheté par six associations réunies sous le nom de Rewild. Le but ? En faire un lieu d’accueil pour les animaux saisis et réintroduire les pensionnaires existants du parc. Mais tout ne semble pas se passer exactement comme prévu.

La mise en demeure du Zoo de Pont-Scorff

Que reproche la DDPP à Rewild ? Les équipes de la direction départementales ont procédé à un contrôle du site de Pont-Scorff au mois de juin à la suite duquel plusieurs anomalies ont été relevées. L’équipe de Rewild a fait parvenir le 25 juillet un courrier en vue d’apporter des réponses aux interrogations soulevées, mais le service de l’Etat semble avoir jugé ce courrier insuffisant. Voici ce qui est reproché à Rewild dans l’arrêté de mise en demeure :

  • L’absence de capacitaire au sein de son équipe. Parcs zoologiques et centres de soins de la faune sauvage détenant des animaux dits d’espèces non domestiques doivent employer au sein de leurs équipes une ou plusieurs personnes possédant un certificat de capacité pour les espèces présentées. Or, celui du capacitaire de Rewild est caduc depuis le 29 juin dernier et n’a pas été renouvelé d’après la DDPP.
  • L’opacité du fonctionnement de l’ancien zoo de Pont-Scorff : « refus de remettre au préfet un organigramme qui permet de connaître les responsabilités de chaque salarié», « registre vétérinaire absent », plus de 2000 kg de « cadavres collectés par l’équarrisseur sans que l’exploitant ait documenté et recherché les causes possibles de cette mortalité » peut-on lire dans l’arrêté préfectoral.

Concernant ce dernier point, il faut tout de même mentionner que Rewild s’est plusieurs fois plaint sur sa page Facebook de l’état de santé des pensionnaires de l’ancien zoo de Pont-Scorff : deux panthères du Sri Lanka maintenues dans des cages sans accès à la lumière du jour, décès de Jacob, le rhinocéros noir de Pont-Scorff le 31 décembre 2019, soit 15 jours après l’arrivée de Rewild à la tête du zoo, etc.

A noter également que l’AFDPZ avait exclu le Zoo du Pont-Scorff de ses membres en 2019, avant la reprise par Rewild. Interrogé par Zooactu, voici ce que son président Rodolphe Delord expliquait : « Pour Pont-Scorff par exemple, nous avions inspecté les lieux en avril 2019 et avions donné à la direction six mois pour réaliser les travaux nécessaires. Mais ils n’ont jamais été réalisés. »

L’enclos de la panthère des neiges de Pont-Scorff, l’un des espaces les plus décriés.
  • Du laisser aller en matière de sécurité et de conditions sanitaires. Le document précise que le 29 juin dernier, il a été constaté que les fosses de collecte des eaux usées étaient pleines ou débordaient mais également qu’un des portails de l’enceinte était ouvert et qu’il était donc possible de pénétrer dans l’ancien zoo. Des wallaby s’étaient également échappés en juillet, l’un d’eux n’ayant toujours pas été récupéré début septembre.

Suite à cet arrêté préfectoral, Rewild doit se mettre en conformité avec la loi et transmettre l’ensemble des éléments et preuves avant le 30 septembre 2020. Si ce n’est pas le cas, des poursuites pénales pourraient être engagées et contrecarrer les objectifs du collectif d’associations qui prévoyait d’ouvrir au public au printemps 2021.

Rewild victime de harcèlement ?

« Un vent nouveau souffle sur le monde des zoos », expliquait le collectif Rewild sur sa page Facebook lors du rachat du Zoo de Pont-Scorff. En effet, l’acquisition d’un zoo en activité par des associations était une première en France. Leur but n’était pas d’exploiter commercialement le parc mais d’envoyer les espèces présentes dans des sanctuaires dans leur pays d’origine puis, dans un second temps, de profiter des infrastructures pour faire du zoo un centre de soins pour les animaux sauvages saisis.

Mais cette initiative a reçu un accueil des plus mitigés. Après quelques passes d’armes avec l’AFDPZ, Rewild – soutenu par une partie du grand public, et notamment les anti-zoos – se dit victime de harcèlement et c’est sans aucun doute la ligne de défense qu’ils prendront pour répondre à cette mise en demeure. Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron datant de février 2020, Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France et cofondatrice de Rewild et Jerôme Pensu, co-fondateur de Rewild, déclarent :

« La coalition REWILD s’est portée acquéreur du Zoo de Pont-Scorff en décembre dernier [..]. Or depuis cette date, des notes de services émises par la cellule CITES de l’OFB [NDLR : Office français de la biodiversité] et adressées à l’ensemble des agents de l’OFB interdisent à ces derniers toute interaction avec l’ancien Zoo de Pont-Scorff et son organe gestionnaire REWILD ainsi qu’avec son gérant délégué. »

Une idée reprise dans une lettre ouverte des soigneurs de Rewild au Préfet du Morbihan. Les salariés se plaignent en effet du « harcèlement administratif hors norme » dont le site fait l’objet :

« En six mois, dont deux en confinement, soit quatre mois effectifs, nous avons dû subir deux contrôles de l’inspection du travail, trois contrôles des services de la DDPP et un contrôle de la police de l’environnement. Pourquoi un tel degré d’acharnement ? »

L’arrêté préfectorale adressé à l’ancien zoo de Pont-Scorff ne devrait pas les rassurer sur ce point.

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