Tristesse, colère et incompréhension… C’est ce qu’éprouve l’équipe du Zoo d’Upie, dans la Drôme, au lendemain de l’enlèvement de 12 primates dans son enceinte.

Cambriolage en pleine nuit

Tout s’est déroulé dans la nuit du dimanche 22 au lundi 23 août, on ignore à quelle heure exactement, et alors que la direction du parc habite sur place et était donc présente. Le ou les cambrioleurs sont entrés par effraction en toute discrétion et ont pu pénétrer dans les loges intérieures des makis cattas et des tamarins labiés sans se faire remarquer.

Tous les individus – à l’exception de la femelle dominante des makis cattas – ont été capturés. « Ils n’ont certainement pas dû réussir à l’attraper », avance Alexandre Liauzu, gérant du site. Au total, 12 primates ont donc été enlevés dont deux femelles makis cattas adultes, deux mâles adultes, six jeunes nés au Zoo d’Upie – deux l’an dernier et les quatre autres, des jumeaux, en mars de cette année – ainsi que le jeune couple de tamarins labiés arrivés récemment dans la Drôme dans le cadre d’un programme EEP.

« C’est ma femme, responsable du secteur primates, qui a tout découvert lundi matin, raconte le gérant. Elle a d’abord aperçu la femelle maki catta errer seule dans le couloir, ce qui n’est pas normal. Elle a ensuite retrouvé les cages vides. »

Depuis, tout le monde à Upie est sous le choc. « Quand il a fallu prévenir les soigneurs, cela a été très dur car tous s’étaient attachés à leurs animaux. C’est un coup de téléphone très difficile à passer », confie le gérant.

Un vol ciblé ?

Tamarin labié au Zoo d'Upie
Tamarin labié au Zoo d'Upie.

Les vols d’animaux dans les parcs zoologiques ne sont malheureusement pas rares. Les tamarins sont d’ailleurs des cibles privilégiées. En 2015, sept tamarins lions dorés et dix ouistitis argentés avaient été dérobés au ZooParc de Beauval et en 2018, un tamarin de Goeldi a été volé en pleine journée au Natur’Zoo de Mervent. « Mais là, on parle en plus de 10 makis cattas. Un tel groupe, cela ne passe pas inaperçu ! » s’étonne Alexandre Liauzu.

Pour lui, il s’agit d’un acte ciblé. « Une opération commando, rapide, efficace et discrète, sur deux espèces précises alors que nous en présentons 200. Les voleurs savaient probablement ce qu’ils voulaient et avaient certainement repéré les lieux quelques jours avant de passer à l’action. » Une théorie d’ailleurs partagée par les gendarmes drômois en charge de l’enquête.

Mais alors, pourquoi voler ces primates en particulier ? Officiellement, ces animaux n’ont pas de valeur marchande puisqu’ils ont été confiés à Upie par d’autres parcs. « Pour l’instant, nous n’écartons aucune piste, assure la gendarmerie. Plusieurs hypothèses sont possibles, de la commande d’un particulier pour ces animaux jusqu’à, pourquoi pas, une demande de la part de zoos étrangers peu scrupuleux. On peut tout imaginer. » Les gendarmes se penchent également sur un autre vol de primates commis en juin 2021 dans un autre parc animalier de la région, et dont l’enquête est en cours. « Il se pourrait que ces événements soient liés. »

L’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP) a été contacté pour épauler les gendarmes. Il sera en charge de surveiller à l’échelle nationale et internationale que ces animaux ne sont pas revendus à un tiers.

Toute personne ayant une quelconque information est priée de contacter la gendarmerie de Chabeuil dans les plus brefs délais. Ces animaux ont besoin de soins et de nourriture adaptés pour rester en bonne santé, d’autant qu’il y a quatre petits âgés de quelques mois, qui ne sont pas encore totalement sevrés. « J’espère au moins que les ravisseurs auront la présence d’esprit de ne pas les séparer de leur mère », souhaite Alexandre Liauzu.

Coup dur pour le Zoo d’Upie

Après les importantes chutes de neige de l’automne 2019 qui ont en partie détruit le parc puis la crise sanitaire, c’est un énième coup dur qui s’abat sur cet établissement de 6 hectares créé en 1976.

Le groupe de makis cattas était présenté depuis 2019 et le jeune couple de tamarins devait constituer la grande nouveauté de l’année, avec la volière sud-américaine où ils vivaient avec différentes espèces.

« Depuis deux ans, nous avons investi environ 100.000 euros dans ces projets et, surtout, nous avons beaucoup travaillé pour faire venir ces tamarins à Upie, où on espérait qu’ils se reproduisent dès l’année prochaine. C’est terrible, cela détruit des années de travail pour le bien-être et la conservation de ces espèces », regrette le gérant.

Depuis l’annonce de cette disparition, les messages de soutien en direction du parc animalier et des membres du personnel se multiplient. « Nous remercions tout le monde, cela nous fait chaud au cœur. »

En attendant, personne ne perd espoir et on espère retrouver les primates en bonne santé. Mais les précédents cas de vols d’animaux en parcs zoologiques ne se sont pas vraiment soldés par le retour des animaux au bercail…

« Nous sommes en pourparlers avec d’autres parcs animaliers pour reconstituer un nouveau groupe de makis cattas autour de la femelle restante, car elle en a besoin. Elle est déjà en train d’appeler les membres qui lui manquent », explique Alexandre Liauzu. Le Zoo d’Upie devra également réfléchir à quelles espèces présenter dans ses volières. A l’origine, deux espèces de tamarins – les tamarins labiés, puis une autre espèce non déterminée – devaient être présentées. « Là, cela change tous nos plans. »

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