But de l’opération dévoilée le 18 décembre : ré-ensauvager le monde. Pour cela, les 7 associations de défense de la faune, rassemblées sous le nom de Rewild, se sont portées acquéreuses du Zoo de Pont-Scorff, en Bretagne. Les détails de cette initiative inédite dans l’univers des parcs animaliers.

« C’est signé […] Une première mondiale […] Un vent nouveau souffle sur le monde des zoos. » Avec son post Facebook, Rewild a semé le doute hier soir. Quelle annonce s’apprête-t-elle à révéler ? La coalition d’associations – composée de Sea Shepherd, du Centre Athenas, Hisa, Le Biome, One Voice, Wildlife Angels et Darwin – vient finalement de dévoiler son nouveau projet d’envergure : le rachat du Zoo de Pont-Scorff.

Un zoo pour ré-ensauvager le monde

Pourquoi des associations de défense de la faune s’intéressent-ils à un zoo ? Réponse : pour lancer un projet encore inédit dans le monde des parcs animaliers et qui aura pour but de « ré-ensauvager le monde », explique Rewild.

« Après la destruction des habitats naturels, le trafic et le commerce d’animaux sauvages sont la deuxième cause de leur disparition. En plus de ce fléau mondial, sur l’ensemble du territoire européen, des établissements ou des particuliers détenant des animaux sauvages en captivité (zoos, cirques, etc.) se les voient confisquer pour des raisons financières ou réglementaires. Faute de lieu pour accueillir les animaux, ces animaux sont replacés dans des conditions de captivité souvent déplorables ou pire, sont laissés aux trafiquants », constatent les associations qui ont décidé d’agir.

Zoo de Pont-Scorff

Pour enrayer l’extinction de la vie sauvage, elles ont souhaité « disposer d’armes adaptées à la lutte contre le trafic, mais aussi donner les moyens aux autorités de contrôle de saisir les animaux et de pouvoir les orienter vers un lieu de transition qui leur offre enfin une possibilité de retour vers leur milieu naturel ou a minima vers des sanctuaires adaptés à leurs besoins », poursuivent les associations ». Et c’est ce que Rewild entend faire avec le Zoo de Pont-Scorff.

Le Zoo de Pont-Scorff devient Rewild Rescue Center

Une fois racheté, le parc animalier breton sera rebaptisé Rewild Rescue Center. Exit donc le terme « zoo » et place aux nouveaux objectifs de l’établissement, à savoir recueillir des animaux sauvages issus de trafic et monter un centre de soin de la faune sauvage locale.

« Les 500 animaux sauvages qui s’y trouvent aujourd’hui seront libérés, renvoyés dans leur milieu d’origine et rendus à la vie sauvage. Ensuite après mutation, ce lieu deviendra un centre de réhabilitation, pour accueillir les animaux sauvages issus du trafic et saisis par la justice française. Depuis le centre, ils seront renvoyés dans leur pays d’origine pour recouvrer la liberté », détaille Rewild.

Et pour financer le fonctionnement ainsi que les projets annexes comme l’achat de territoires, « toute une économie a été pensée, avec des rencontres virtuelles avec les animaux sauvages, un restaurant végétalien, un centre de formation, des expositions, des conférences, une boutique, etc.) sans que les animaux ne soient jamais exposés au public. »

Attention toutefois, si l’accord pour le rachat a été signé le 16 décembre, les associations n’ont pas encore réuni la totalité de la somme nécessaire à finaliser l’acquisition [Mise à jour : c’est désormais chose faite depuis le 22 décembre. La cagnotte reste ouverte et atteignait, le 23 décembre, les 656.000 euros]. Elles disposent d’un délai de 5 mois à compter de cette date pour collecter les 600.000 euros restants et devenir définitivement les nouveaux acquéreurs du Zoo de Pont-Scorff. « Faute de quoi, il sera restitué à son propriétaire. » Pour l’aider, Rewild lance un appel aux dons et a lancé une cagnotte Go Fund Me.

Reprise du Zoo de Pont-Scorff 2020

Les réactions des soigneurs animaliers

« Il y avait des rumeurs depuis plusieurs semaines mais rien de précis, et puis quand on a vu débarquer les équipes de Rewild pour visiter le parc deux fois en peu de temps, on s’est douté« , confie un soigneur animalier. Aucun n’a souhaité témoigner directement : « C’est trop neuf, on sait trop peu de choses« , expliquent-t-ils à l’équipe de Zooactu, qui s’est rendue au Zoo du Pont-Scorff le 18 décembre.

Avertis seulement la veille du possible changement de propriétaire, les salariés sont encore dans l’expectative : « On ne sait rien. Est-ce qu’ils vont conserver des soigneurs animaliers ? Combien ? Quel est leur business model ? » se questionne un soigneur qui travaille depuis 20 ans au parc. « Vous savez, des changements de direction j’en ai connus, ils nous promettent tous monts et merveilles mais là, c’est vraiment une première que des associations rachètent un zoo, donc on verra. »

Pour cette soigneuse croisée au vivarium, c’est plutôt l’avenir des animaux qui la préoccupe. Elle se dit « favorable au projet » de Rewild mais espère que les équipes feront du « cas par cas » concernant les réintroductions des animaux actuellement au sein du parc. Presque tous sont nés en captivité et certains sont âgés, comme le couple de chats des sables. Un brusque changement d’environnement serait contre-productif pour leur bien-être.

Enfin, tous attendent avec impatience et une légère inquiétude la suite. La direction de l’établissement réunira vendredi 20 décembre ses salariés.

Les difficultés du Zoo de Pont-Scorff

Ces dernières années, le Zoo de Pont-Scorff a rencontré de sérieuses difficultés financières et a même failli fermer ses portes en 2017. Le parc animalier fondé en 1973 a finalement été repris par Sauveur Ferrara il y a deux ans.

Licenciements, suppressions de postes, grève du personnel, mise à l’écart de l’association des Amis du Zoo de Pont-Scorff… Depuis la reprise, d’autres obstacles se sont dressés sur la route. Avec la reprise par Rewild, c’est une nouvelle page qui pourrait s’ouvrir pour ce parc breton.

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