Presque 6 mois après la vidéo de Brut et de la porte-parole de PETA sur les images d’un panda jouant dans la neige dans un parc zoologique, l’association Pour une Ethique dans le Traitement des Animaux s’en prend à nouveau aux parcs animaliers. Dans un article intitulé « Pourquoi vous ne devriez jamais regarder les webcams des zoos » et daté du 30 juin 2021, l’auteure s’attaque au principe des vidéos et des webcams montrant des images en direct des parcs. Mais comme la première fois, Peta fait malheureusement quelques erreurs dans son argumentation.

Facebook live et webcam : merci le confinement

Dans son article, l’auteure s’en prend aux webcams des zoos. A notre connaissance, aucun parc français ne propose de visionnage en direct par ce procédé. En revanche, beaucoup d’entre eux ont organisé des Facebook live à plusieurs occasions au cours de l’année écoulée.

Fermés pendant près de 7 mois, les parcs zoologiques français ont utilisé cette technique pour continuer à échanger avec leur communauté et animer leurs réseaux sociaux. Des lives pendant lesquels un soigneur animalier présentait une espèce tout en répondant aux questions postées en direct par les internautes. Parfois, le sujet du live pouvait aussi concerner non pas une espèce mais les coulisses du parc ou le métier de soigneur animalier.

Des rendez-vous auxquels le public a répondu présent. Pédagogiques, ces lives ont permis aux visiteurs de mieux connaître leurs animaux préférés mais aussi de sensibiliser aux menaces qui pèsent sur la plupart d’entre eux en milieu sauvage. Un aspect pédagogique sur lequel insistent de plus en plus les parcs zoologiques.

Les animaux s’ennuient en captivité ?

« Lorsque nous les regardons en direct sur les caméras des zoos, nous voyons les images d’une prison qui retient des individus innocents dans des cellules oppressantes. » […] « Le stress quotidien et le manque de stimulation conduisent souvent à des comportements anormaux et autodestructeurs, comme faire les cent pas, marcher en cercles serrés, se balancer et s’automutiler, un état connu sous le nom de « stéréotypie », peut-on lire dans l’article de PETA.

Les animaux des parcs zoologiques s’ennuient-ils dans leurs enclos ? Si par le passé c’était sans doute le cas, ne le cachons pas, les parcs zoologiques modernes font leur possible pour animer le quotidien des animaux. C’est le principe des enrichissements : leur permettre de retrouver leurs instincts et d’occuper leur journée comme dans la nature, à la recherche de nourriture.

Exemple d’enrichissement alimentaire au Bioparc de Doué la Fontaine.

Mais il faut aussi se rappeler que le jeu n’est pas un comportement naturel pour la plupart des animaux, sauf entre individus au sein d’un groupe de la même espèce, par exemple les primates. A l’état sauvage, manger, survivre et se reproduire sont les trois seuls besoins inhérents à tous les animaux.

Les pensionnaires des parcs sont enlevés à leur milieu naturel ?

« Les zoos font le commerce de la misère, qu’il s’agisse d’enlever des animaux sauvages de leur milieu naturel, de rompre leurs liens familiaux ou de les élever en captivité pour les soumettre ensuite à une vie d’emprisonnement. »

Faux. En France en tout cas. Les animaux des parcs zoologiques français sont nés en captivité en France ou à l’étranger et sont échangés entre établissements pour éviter la consanguinité. A l’exception des animaux issus de trafic, saisis par les autorités et confiés aux parcs animaliers.

Cet argument sur l’origine des animaux est l’un des poncifs des anti-zoos. Rodolphe Delord, président de l’AFDPZ, explique : « en-dehors de besoins spécifiques imposés pour leur conservation, les animaux des zoos proviennent du milieu captif. Ils sont nés soit dans un parc animalier, soit dans une ferme d’élevage ».

Manque d’espace et séparation des familles ?

« Dans les zoos, tous leurs mouvements – y compris ce qu’ils mangent, quand ils dorment et qui est leur compagnon – sont contrôlés par les humains. Ils ne peuvent pas parcourir de grandes distances ou faire beaucoup d’autres choses qui sont naturelles et importantes pour eux. La plupart d’entre eux ne sont même pas autorisés à rester avec leur famille, car les jeunes animaux sont souvent transférés, échangés ou vendus à d’autres zoos. »

Effectivement, certaines espèces ont besoin de beaucoup marcher. C’est le cas de l’éléphant par exemple. Mais plus que la taille de l’enclos, ce qui compte c’est qu’il possède un sol varié où l’animal pourra s’user la plante des pieds, nous précisait il y a peu Sylvie Clavel, vétérinaire au Zoo African Safari. Parce que dans son milieu naturel, l’éléphant ne marche pas par plaisir mais par nécessité pour trouver à boire et à manger. Un souci qu’il n’a pas en parc zoologique.

Mais au contraire de l’éléphant, toutes les espèces n’ont pas besoin de parcourir de grandes distances. D’autres, au contraire, ne quittent jamais leur territoire et le défendent sans cesse, comme c’est le cas de la plupart des félins.

Enfin, si les animaux ne sont pas « autorisés » à rester avec leur famille, ce n’est pas un choix du monde des parcs zoologiques mais tout simplement une reproduction à l’identique de ce qu’il se passe dans la nature. Peu d’espèces vivent en famille. La plupart du temps quand les jeunes atteignent leur maturité sexuelle, ils quittent le groupe d’eux-même ou sont chassés par leurs parents. Pour quelques espèces ce n’est pas le cas, comme les lycaons et justement en captivité leur mode de vie est respecté puisque les parcs hébergent de grands groupes dans la limite de leur capacité.

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Les lycaons vivent en famille dans les parcs zoologiques comme dans la nature. © Zooactu

Attention à l’anthropomorphisme !

Les zoos ne servent à rien ?

« La plupart des zoos ne participent d’aucune manière à des programmes de réintroduction. Cela signifie que les espèces élevées en captivité […] sont très rarement, voire jamais, relâchées dans leur environnement naturel pour soutenir des populations en déclin. »

C’est vrai, les animaux de parcs zoologiques sont très rarement relâchés en milieu naturel. Et ce pour une bonne raison précédemment expliquée : ils n’y sont pas nés ! Codes sociaux de l’espèce, capacité à s’alimenter seul, peur de l’homme sont autant de choses qui leur manque contrairement aux animaux sauvages.

Mais pour certains, les relâchers sont tout de même possible. Comme Pachamama, la jeune condor des Andes née le 1er août 2020 au ZooParc de Beauval, aujourd’hui en Argentine où elle attend sa réintroduction. Ce même parc a fêté cette semaine une heureuse nouvelle : Mayombé, femelle gorille née également à Beauval et réintroduite au Gabon en 2019 vient de devenir mère dans son milieu naturel. Et le papa est également issu de la captivité !

Pourquoi toujours réduire la protection animale à la réintroduction ? Les parcs français sont nombreux à soutenir des programmes de conservation in-situ, financièrement ou matériellement.

Le Bioparc de Doué la Fontaine – l’un des plus engagés dans les missions de conservation – a par exemple décidé en cette année 2021, où le parc fête ses 60 ans, de soutenir cinq nouveaux projets :

  • pour les rhinocéros noirs avec la fondation Save the Rhino International,
  • pour les gazelles de Mhorr avec le Sahara Conservation Fund,
  • pour les zèbres de Grévy avec le Grevy’s Zebra Trust,
  • pour les aras hyacinthe avec le Projeto Arara Azul,
  • pour les atèles à tête rousse avec l’association Proyecto WASHU.

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1 COMMENTAIRE

  1. Merci pour ces explications qui sont d’une logique implacable. Il est quand même incroyable d’être obligé de se justifier, dès qu’on parle d’animaux, au jour d’aujourd’hui, car comme vous le dites si bien : A l’état sauvage, manger, survivre et se reproduire sont les trois seuls besoins inhérents à tous les animaux. Le reste est de l’anthropomorphisme. Votre rôle est très important pour conserver et expliquer les espèces.

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