Le 2 février, Brut a diffusé une vidéo revenant sur les images devenues virales d’un panda géant jouant dans la neige au Zoo de Washington. Son titre : « Des vidéos de pandas qui jouent dans la neige : voici l’envers du décor ». Une porte-parole France de PETA (Pour une Ethique dans le Traitement des Animaux) y est interviewée. Elle dénonce plusieurs faits, rappelant que s’il « est tout à fait naturel d’être attendri devant ce type d’images […], elles devraient servir à nous rappeler que ces animaux ne sont pas des objets de divertissement ».

Si le combat de PETA en faveur des animaux est certain – l’association est connue pour ses campagnes coup de poing qui ont notamment permis de faire avancer l’interdiction de la fourrure dans la mode – plusieurs points de cette vidéo méritent cependant d’être éclaircis. Les réponses de Rodolphe Delord, directeur général du ZooParc de Beauval, seul parc zoologique français à accueillir un couple de pandas géants.

#1. La mortalité des bébés pandas, hélas naturelle

Le premier point concerne la mortalité des bébés pandas dans ce zoo américain. La porte-parole PETA déclare en effet : « cette femelle s’appelle Mei Xang. Elle vient de Chine et cela fait près de 20 ans qu’elle est dans le Zoo de Washington. Elle y est majoritairement utilisée pour la reproduction, mais trois de ses bébés sont morts et les autres ont été renvoyés en Chine ».

Cette forte mortalité est malheureusement courante chez les bébés pandas géants, en captivité comme dans la nature. « Une femelle panda géant a presque toujours deux bébés, mais au mieux, un seul survit, explique Rodolphe Delord. La mère laisse mourir le plus faible pour élever le plus fort. Donc déjà, dans la nature, la mortalité des bébés pandas est au minimum égale à 50 %. »

En août 2017, le ZooParc de Beauval a eu sa toute première naissance de bébés pandas. Deux petits sont nés, mais l’un d’eux n’a survécu que quelques minutes. « A la naissance, un panda pèse entre 100 et 150 grammes seulement, et est extrêmement fragile », poursuit le directeur du parc.

Bébé panda à 3 jours
Bébé panda à 3 jours. ©ZooParc de Beauval

#2. Séparer la mère et son petit, une pratique nécessaire

La porte-parole de l’association poursuit en expliquant que le petit panda que l’on voit également dans la vidéo du Zoo de Washington « sera séparé de sa mère à l’âge de 4 ans et renvoyé dans un centre en Chine ».

Si cette nouvelle peut sembler triste d’un point de vue humain, ce n’est pas le cas au regard de l’espèce. « Les pandas géants sont des animaux solitaires, reprend Rodolphe Delord. Dans la nature, ils vivent seuls, mâle et femelle ne se rencontrant qu’une fois par an au moment des accouplements. Les chaleurs durent trois jours, avec seulement quelques heures d’ovulation pour la femelle, ce qui rend la reproduction extrêmement difficile en milieu naturel. D’autant que les forêts sont fortement fragmentées, empêchant les partenaires de se trouver facilement. »

Si le petit est séparé de sa mère, c’est pour le bien-être de ces animaux, contrairement à ce qu’on pourrait croire. « Dans la nature, le petit serait chassé par sa mère au bout de 2 ans environ, moment où elle chercherait à se reproduire à nouveau. Quant au père, il ne reste pas en contact avec le petit, qu’il pourrait tuer. Alors que le bébé du Zoo de Washington parte à l’âge de 4 ans, c’est tout à fait normal. De toute façon à cet âge-là, il est déjà sevré. Pire, il pourrait vouloir s’accoupler à sa mère ! Les pandas géants ne sont pas comme les grands singes – gorilles, orang-outan, chimpanzé, etc. – qui ont besoin de rester jusqu’à 10 ans avec leurs parents pour parfaire leur apprentissage. Il faut faire confiance aux scientifiques qui ont étudié l’espèce, la connaissent et sont les mieux placés pour savoir ce qui est bon pour elle. »

#3. Un quotidien de frustration en captivité : attention aux généralités

Panda au Zoo de Beauval
Panda au Zoo de Beauval.©ZooParc de Beauval

La suite de la vidéo de Brut se poursuit sur les conditions de vie des animaux – et des pandas géants notamment – en captivité. « Ils sont exploités pour le divertissement et pour le profit », explique la porte-parole de PETA. Et plus loin : « dans les zoos, ces êtres curieux et intelligents sont emprisonnés dans des conditions artificielles, souvent inadaptées aux besoins de leur espèce ».

« Bien sûr, il existe des mauvais parcs dans lesquels les pandas géants ne vivent pas dans de bonnes conditions, reconnaît Rodolphe Delord. Mais beaucoup ont fait évoluer leurs installations. Aujourd’hui, on sait qu’un panda a besoin d’espace, d’agrées, d’ombre et d’endroits climatisés en cas de forte chaleur, de lieux où se reposer puisqu’il dort la moitié de la journée, et de nourriture en quantité importante, car il mange 40 kilos de bambou par jour en moyenne. »

La question de la captivité du panda géant est particulière, l’espèce faisant l’objet d’un partenariat entre la Chine et les zoos internationaux qui accueillent l’espèce. Les individus nés dans ces structures sont amenés à repartir en Chine dans le cadre du programme de conservation supervisé par Pékin. « Les deux centres d’élevage chinois qui collaborent avec les parcs européens et mondiaux – Chengdou et Wolong – ont des installations et des équipes exceptionnelles, assure Rodolphe Delord. Vétérinaires, biologistes, soigneurs… Tous sont aux petits soins des pandas, qui sont le trésor national chinois. Les actions de conservation qui sont actuellement menées ont permis à l’espèce d’aller mieux. »

Alors que l’espèce était classée « en danger » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), elle est passée en « vulnérable » en 2016. Et les populations sauvages augmentent. « Grâce aux études menées en centres d’élevage et dans les parcs zoologiques, nous comprenons mieux les comportements de l’espèce et pouvons appliquer les bonnes mesures de conservation pour les protéger dans leur milieu naturel », ajoute le directeur général du ZooParc de Beauval.

Des pandas nés en captivité sont d’ailleurs régulièrement réintroduits dans leur milieu naturel, en Chine. « Dans certaines zones du Sichuan, par exemple, il ne restait qu’une poignée de pandas sauvages. Pour sauver l’espèce, il fallait donc renforcer la population, soit en capturant des pandas d’ailleurs pour les y réintroduire, soit en relâchant des pandas nés en centre d’élevage ou en parc zoologique. »

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