Dans l’affaire qui oppose le collectif d’associations Rewild à la préfecture du Morbihan, la parole est à présent aux propriétaires de l’ancien zoo de Pont-Scorff. Le 25 septembre dernier, les responsables donnaient une conférence de presse pour répondre point par point à la mise en demeure de la DDPP. Moments choisis.

Les 2 428 kg de cadavres collectés par l’équarisseur

La conférence de presse démarre par l’explication sur les 2 428 kg de cadavres d’animaux collectés par l’équarisseur. Un chiffre qui laisse à penser qu’il y a eu une hécatombe d’animaux dans l’ancien parc depuis le rachat par le collectif. Il s’agirait en fait d’animaux morts avant l’arrivée de l’association et des décès de gros animaux peu de temps après l’installation de la nouvelle équipe :

« Quand Rewild arrive, les congélateurs spécifiques [dédiés aux corps des animaux morts] sont pleins. Une semaine après notre arrivée, le rhinocéros Jacob meurt (920 kg), quelques semaines ensuite on perd une watusi, une vache africaine de 700 kg, de vieillesse, puis une femelle zèbre, de vieillesse également. Sur la base de ces mortalités de gros animaux, qui sont forcément évacués, la DDPP essaye de mettre en évidence qu’on a eu une augmentation phénoménale du nombre de morts. Ce qui n’est pas du tout la réalité », explique Jérôme Pensu, gérant du tout nouveau Rewild Rescue Center (RRC), l’ancien zoo de Pont-Scorff.

animaux morts pont scorff
Le bilan d’équarissage publié par Rewild.

Lamya Essemlali, co-présidente de Rewild et présidente de Sea Shepherd France, conclut : « il n’y a pas eu d’enlèvement d’équarrissage depuis le 9 avril 2020. Donc il y a beaucoup moins d’animaux morts depuis que Rewild est là que le contraire. »

L’absence de capacitaire

Dans l’arrêté de mise en demeure de la préfecture, il est noté « la carence majeure que constitue l’absence de capacitaire permanent pour l’ensemble des espèces animales présentes ». Jérôme Pensu prend le micro pour répondre à cette problématique centrale :

« On a lu et entendu beaucoup de choses sur le sujet. Il est vraiment important de recadrer pour que tout le monde comprenne. La DDPP dit qu’il n’y a sur site aucun certificat de capacité, ce qui est totalement faux. Il y en a deux, et parmi les membres du conseil d’administration de Rewild il y en a deux autres (NDLR : les soigneurs du centre Athénas). Il y a donc des certificats de capacité mais qui ne couvrent pas l’ensemble des espèces », admet tout de même le gérant du site.

Un manquement dont avait conscience l’équipe, qui était apparemment en cours de recrutement quand l’avis de mise en demeure est apparu. « Nous étions en négociation avant que le certificat de M. Thomas n’expire (en juin 2020) avec quelqu’un qui est capacitaire et qui aurait pu nous assister. Mais le tapage médiatique l’a effrayé et malheureusement pour le moment c’est quelqu’un qui nous fait défaut. On l’assume d’autant plus qu’on est capable de l’expliquer, mais aussi parce que sur 11 soigneurs actuellement sur site, nous en avons 10 qui sont en train de déposer une demande de certificat de capacité. […] Donc dans les deux mois qui viennent, un certificat de capacité sera déposé pour l’ensemble des espèces. »

fondateurs rewild
De gauche à droite : Gilles Moyne, Lamya Essemlali, Lorane Moyne, Jérôme Pensu et Me Jean Tamalet.

Enfin, Lorane Moyne, co-présidente de Rewild et responsable adjointe du Centre Athénas, elle-même détentrice d’un certificat de capacité pour les espèces de la faune européenne, souhaite mettre le doigt sur l’incohérence de demander un certificat de présentation, quand on ferme un parc au public :

« On nous reproche de ne pas avoir de certificat de capacité de présentation au public alors que nous avons demandé à ce que le site soit considéré comme absent de présentation au public, puisque nous avons fermé le site. Ce certificat ne garantit pas les compétences de la personne sur ses connaissances des espèces mais uniquement sur la sécurité des installations vis-à-vis du public. Donc en fait, ce n’est pas parce qu’il y a ce certificat que les animaux sont mieux détenus. Un certificat d’élevage est largement suffisant puisqu’il atteste des connaissances de la personne (NDLR, certificat d’élevage que déclare posséder Jérôme Pensu). »

L’état sanitaire du parc

L’état sanitaire du parc était l’un des trois principaux reproches adressés par la préfecture à Rewild et notamment la présence de médicaments périmés dans la pharmacie, l’absence de registre vétérinaire et enfin le constat que trois fosses de collecte des eaux usées étaient pleines et qu’une quatrième débordait.

Sur ce dernier point, Jérôme Pensu ne nie pas. « Le 14 janvier, nous recevons une mise en demeure de gérer l’assainissement du bâtiment des zèbres. Pour information, 93 bâtiments qui accueillent des animaux n’ont pas d’évacuation des eaux et la totalité, par ruissellement, part à la rivière. C’est un délit et ça fait 20 ans ! » Un délit qui, comme le font remarquer les nouveaux propriétaires du Zoo de Pont-Scorff, n’a jamais été relevé lors des précédentes inspections vétérinaires.

Concernant le registre vétérinaire, le gérant explique que c’est un document qui n’existait pas au parc avant son rachat, ce qui est illégal, mais que depuis l’arrivée de Rewild, un brouillon de ce registre a été débuté : « lors du contrôle du 29 juin, je montre le registre sous forme de brouillon et ils en concluent que nous n’avons pas de registre vétérinaire ». Jérôme Pensu nie en revanche qu’il existe des boites de médicaments périmés. « Une visite a été faite, pas un seul médicament n’est périmé et c’est surveillé par notre vétérinaire sanitaire. »

Enfin, concernant sa relation avec l’administration et l’acharnement dont elle se dit victime, l’équipe de Rewild explique le rôle de la presse et les répercutions que cela pourrait avoir sur le projet : « Il y a une tentative de salir une réputation et dans cette joute avec l’administration, la calomnie, la désinformation jouent un rôle très important qui peut nous être dommageable puisque Rewild vit de dons. Cette campagne de dénigrement peut être en mesure d’effrayer les donateurs. »

« Nous attaquerons tout ceux qui entraveront le projet de manière illicite », prévient de toute façon l’avocat Me Jean Tamalet , du cabinet parisien King & Spalding.

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