Dimanche 24 janvier 2021, six loups gris européens sont arrivés à Ecozonia, futur parc animalier dédié aux prédateurs, situé près de Perpignan. Mais coup de tonnerre, le lendemain matin vers 8h30, quatre des six canidés se sont enfuis de leur enclos. Erreur humaine ou défaut de l’enclos ? Le parc n’a pas encore révélé les détails. Ce que nous savons en revanche, c’est que deux loups ont dû être abattus « pour des raisons de sécurité ». Les deux autres n’ont pas encore été attrapés, et l’un d’eux aurait réussi à quitter l’enceinte du parc.

Les faits dont nous avons connaissance

Originaires du Zoo de Riga, en Lettonie, les six loups mâles ont quitté leur terre natale la semaine dernière. Quatre sont nés en 2019 et deux en 2018, ce sont donc de jeunes individus. Pour une raison encore inconnue, quatre des animaux sont parvenus à quitter leur enclos dès le lendemain de leur arrivée. Un soigneur aurait été mordu à la main, selon le journal local L’Indépendant. On peut logiquement penser que l’incident est survenu soit en empêchant les loups de s’enfuir, soit que cette morsure aurait permis leur fuite.

D’après le communiqué d’Ecozonia du lundi 25 janvier au soir, sur les quatre loups échappés, deux ont dû être abattus « pour des raisons de sécurité ». Les deux autres sont en fuite dans l’enceinte du parc, selon la communication officielle. Toutefois, une journaliste de France Bleu Roussillon aurait aperçu l’un d’entre eux en dehors du parc zoologique.

Mardi soir, France3 Occitanie semblait avoir plus d’informations et attribuait l’évasion à une crise de folie d’un loup qui aurait réussi, en mordant, le grillage à créer une brèche par laquelle seraient passés les animaux. Toujours selon France 3 Occitanie, ce ne serait pas un mais les deux derniers loups qui seraient dans la nature.

En l’absence de confirmation officielle, nous ne pouvons confirmer ces informations, Ecozonia n’ayant pas répondu à notre demande d’interview.

MAJ du 10 février : un des deux loups qui a réussi à s’échapper a été retrouvé mort. Sans doute suite au tir d’un agent de l’Office français de la biodiversité une semaine auparavant, mais cela n’a pas encore été confirmé. Il ne reste donc plus qu’un seul loup d’Ecozonia dans la nature.

MAJ du 2 mars : Ecozonia a publié dans un communiqué de presse le compte rendu de l’audit sécurité réalisé les 6 et 7 février derniers. Ce dernier met en cause le zoo de Riga qui aurait passé sous silence des informations permettant d’éviter ce drame et notamment le comportement anormal d’un des loups, surnommé « Psycho ». Ecozonia pointe également du doigt les conditions de transport des animaux et leur état de santé. Voici un extrait de communiqué de presse :

« L’accident – du 25 janvier 2021 – est lié à la concomitance de plusieurs facteurs comportementaux, circonstanciels et techniques qui indépendamment des uns des autres n’auraient pas pu permettre l’évasion des animaux. » L’enquête a permis de révéler que l’accident est directement lié à un individu surnommé « Pyscho » et au fait qu’EcoZonia a reçu des informations inexactes ou partielles sur de nombreux points par Riga Zoo

[…]

Un individu parmi les 6 loups arrivés le 24 janvier à EcoZonia était surnommé « Psycho » dans son parc d’origine, car l’animal n’avait pas peur des humains et se montrait agressif envers ces derniers. Cette information primordiale n’a pas été révélée au préalable à la direction d’EcoZonia.

[…]

Les animaux ont été transportés dans des conditions que l’on peut largement considérer comme contraires au bien-être animal. Des signes cliniques (crocs cassés, griffes arrachées) et l’état des caisses de transport (trappe lacérée et gamelle en inox éventrée) témoignent du stress important qu’ont subi les animaux. Ces conditions ne peuvent qu’exacerber un comportement déjà problématique. Les conditions de transport dans lesquelles Riga Zoo a transféré les animaux sont intolérables et feront probablement l’objet d’un dépôt de plainte en pénal auprès des instances internationales.

[…]

Sur le parc EcoZonia, la conception de l’enclos réalisé, ainsi que les matériaux utilisés, pour les loups, se retrouvent régulièrement dans bien des structures zoologiques, sans jamais qu’ils n’aient posés d’insécurités.
Il apparaît que les dimensionnements du grillage, le diamètre de son fil et sa qualité, ne sont pas en cause dans la mesure où le fil n’a pas rompu. »

Quel est le protocole d’un parc zoologique en cas de fuite d’un animal dangereux ?

D’après nos informations, chaque parc animalier possède un protocole différent en cas d’évasion, pour la simple et bonne raison que cela dépend des espèces qu’il accueille mais aussi de la configuration des lieux (parc situé en ville, en forêt, etc.).

Ce protocole est validé par la préfecture dont dépend le parc zoologique et régulièrement contrôlé. Ainsi, le directeur de parc que nous avons pu interroger nous a expliqué que chaque année, ses équipes font des exercices durant lesquels ils mettent en scène une évasion d’animal. Un salarié est chargé de jouer le rôle du fuyard et doit avec toute son inventivité tenter d’atteindre l’extérieur. Une année sur deux, ces simulations sont réalisées avec les autorités, c’est-à-dire les gendarmes et pompiers, afin que tous soient prêts.

« Le plus fou, c’est qu’à chaque fois nous pointons des faiblesses dans notre protocole, parce que nous nous apercevons qu’il y a toujours un cas de figure auquel nous n’avons pas pensé », nous explique le directeur de parc, qui préfère rester anonyme. Le protocole en cas d’évasion est donc un document « vivant constamment remis à jour ».

Mais le protocole est-il le même pour une loutre cendrée ou un loup européen ? Bien sûr que non, chaque parc zoologique place ses pensionnaires dans des catégories de dangerosité. « Les animaux mortellement dangereux » doivent être abattus dès lors qu’ils s’évadent de leur enclos et ce peu importe s’ils sont toujours dans l’enceinte du parc, vide ou rempli de visiteurs. Ces animaux mortellement dangereux sont différents d’un parc à l’autre. Par exemple, pour le parc dont nous avons pu interroger le directeur, les loups n’en font pas partis, au contraire de l’hippopotame ou du lion.

En cas de fuite d’un animal, la législation veut qu’au sein du parc animalier les autorités n’aient pas le droit de tirer, seules les membres de l’équipe du parc formés au tir y sont habilités. En revanche, à l’extérieur de l’enceinte du zoo, c’est l’Office Français de la Biodiversité (OFB, né de la fusion entre l’Agence française pour la biodiversité et de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage) qui est autorisé à flécher ou abattre un animal. Les salariés n’ont pas le droit de tirer.

chasseur qui s'apprête à tirer
© Volodymyr TVERDOKHLIB

Qui prend la décision d’euthanasier ou de flécher (endormir) un animal en fuite ?

La décision revient au responsable opérationnel du parc, présent sur place. Ce peut être un directeur, un vétérinaire ou bien un chef animalier. Quand cela est possible, des fusils hypodermiques sont utilisés pour administrer un produit tranquillisant à l’animal. « Mais ces outils supposent d’être à une distance maximum de 25 mètres », nous confie Béatrice Gérardot, du Sanctuaire loup 79.

Ce sanctuaire a fait l’actualité le vendredi 13 novembre 2020 quand trois loups fraîchement arrivés d’un parc zoologique se sont évadés. Une triste fugue qui s’achèvera par la mort des trois animaux, l’un fauché par une voiture, le deuxième abattu par l’OFB sur consigne du préfet de Charente-Maritime et le troisième finalement euthanasié sur décision médicale.

Autre complication avec le fléchage, c’est que 9 fois sur 10 l’animal met plusieurs minutes, voire dizaines de minutes avant de tomber. Le temps nécessaire pour prendre la poudre d’escampette et ne plus jamais être retrouvé. Ainsi, selon nos informations, si l’animal est proche de franchir la clôture de l’enceinte, et qu’il s’agit d’un animal potentiellement mortel, il peut être choisi de l’euthanasier plutôt que de le flécher.

Bien entendu, ces décisions ne sont jamais prises avec légèreté ou amateurisme. Les équipes qui travaillent au sein des parcs animaliers sont avant tout des passionnés d’animaux, formés à toute éventualité. L’euthanasie n’est employée qu’en dernier recours, sur décision des autorités ou en cas de danger avéré.

Quelles conséquences pour Ecozonia ?

« La direction départementale de la protection des populations (DDPP) peut décider de repousser leur ouverture s’ils estiment que le parc n’est pas assez sécurisé », nous confie notre source. D’un mois, de deux ou de six… Une personne de l’Etat doit valider l’ouverture au public. « Les parcs zoologiques sont contrôlés régulièrement, nous recevons une ou deux fois dans l’année un inspecteur de la DDPP et nous prenons cela très au sérieux. A chaque nouvel enclos, ils sont invités à venir contrôler les installations, mais parfois les animaux arrivent avant leur passage… »

bannière écozonia
Pourquoi autant d’incidents avec les loups gris ?

« Les loups européens sont plus difficiles que les autres loups, ils sont plus sauvages, plus vifs, nous confie la passionnée Béatrice Gérardot. Les loups canadiens, qui sont pourtant plus grands, ne cherchent pas à s’évader tandis qu’avec les loups gris il est très important d’instaurer une relation de confiance. » Mais cela reste une question de caractère, bien entendu.

Par exemple le Sanctuaire loup 79 a été choisi pour accueillir la meute de loups européens du Parc Alpha, détruit en partie par la tempête Alex en octobre 2020. « C’est une meute bien constituée, calme, les animaux sont bien dans leur tête. Ils étaient craintifs au début mais maintenant ils sont finalement moins souvent cachés que lorsqu’ils étaient au Parc Alpha. » Des animaux bien dans leur tête qui n’ont pas tentés de s’évader du sanctuaire, même si sa responsable assure que les 15 premiers jours d’adaptation des loups gris sont toujours difficiles « comme pour n’importe quel individu vivant, doté de sensibilité, qu’on change de lieu ».

Le sanctuaire a d’ailleurs également reçu deux loups canadiens attrapés par l’OFB alors qu’ils s’étaient retrouvés livrés à eux-même après la destruction de leur enclos dans la vallée de la Vésubie. Sept loups noirs se sont échappés, trois ont été capturés, dont Healy et Drakkar qui sont au Sanctuaire loup 79, un loup au moins aurait été tué illégalement et les trois autres courent toujours.

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