Le 14 octobre était le « Gandhi day » plaisante Florence Ollivet-Courtois, vétérinaire bien connue de la faune sauvage en parc zoologique. Et pour cause, ce jeudi 14 octobre, le dernier éléphant d’Asie de l’ancien Zoo de Pont-Scorff a été transféré dans une toute nouvelle structure dans le Limousin, pour y couler une retraite heureuse, loin des démons du passé.

Gandhi, une mamie à la retraite après 23 ans à Pont-Scorff

Malgré son célèbre homonyme, l’éléphante Gandhi n’a rien de la mamie pacifique. Agée de près de 60 ans et confiée il y a 23 ans par le parc de Givskud (Danemark) à celui qui était encore le Zoo de Pont-Scorff, la femelle est « traumatisée » par son passé nous explique Sébastien Musset, directeur des Terres de Nataé : « De ce que je sais, elle a toujours eu une relation compliquée avec ses congénères. En 2000, à l’arrivée de Ant Bwe Lay, jeune mâle de 6 ans, elle a tenté de le noyer. On dit que les éléphants ont une excellente mémoire et en effet quelques années plus tard, il lui a bien rendu son geste en la rouant littéralement de coups. Elle ne doit sa survie qu’à l’intervention des soigneurs. Suite à ces incidents la direction de l’époque a divisé en trois l’enclos extérieur pour que les animaux ne soient plus en contact. »

Le mâle est mort le 1er juin 2021, une semaine après la reprise du site par Sébastien Musset. Agé de presque 27 ans, Ant Bwe Lay était en mauvaise santé et c’est peu de le dire. L’autopsie montrera que l’éléphant ne possédait qu’un seul rein et était victime d’insuffisance rénale. Gandhi bien que plus âgée est en meilleure forme bien qu’ « apathique et pas assez stimulée » au goût de Sébastien Musset.

Le repreneur du parc zoologique du Morbihan a prévu de tripler l’espace extérieur des éléphants et de réaliser des travaux de rénovation de l’enclos intérieur. Mais que faire de Gandhi pendant les travaux et après ? « J’avais trois choix : la faire vivre seule– ce qui est contraire à la biologie de l’espèce – dans un enclos rénové, diviser l’enclos en plusieurs espaces pour introduire d’autres éléphants sans contact physique entre eux, ou bien transférer Gandhi. »

Le chef d’entreprise breton a même pensé un temps envoyer l’éléphante dans un sanctuaire en Asie, d’où elle est originaire, en cohérence avec les projets de Sea Shepherd avec qui Sébastien Musset entretien toujours de bons rapports depuis l’affaire Rewild. Mais ce long trajet lui est fortement déconseillé par Florence Ollivet-Courtois, vétérinaire supervisatrice des Terres de Nataé. Cette grande connaisseuse des éléphants estime que la femelle, victime d’arthrose, ne survivra pas à tel voyage.

En juin 2021, la décision est prise, Gandhi doit, pour son bien, partir. Sur les conseils de Florence Ollivet-Courtois, Sébastien Musset se rend à Elephant Haven et contacte les coordinateurs de l’EEP de l’éléphant d’Asie à l’EAZA. D’abord très réticents à l’idée de transférer la femelle dans ce site inconnu, le fondateur des Terres de Nataé monte un dossier qui finit par convaincre les institutions du sérieux de ce projet.

Elephant Haven, un sanctuaire dédié à la retraite des éléphants de captivité

C’est donc dans un camion spécialement aménagé pour le transport d’éléphants que Gandhi est arrivée dans la soirée du 14 octobre à Elephant Haven. Ce site a été créé par Sofie Goetghebeur et Tony Verhulst, deux anciens soigneurs animaliers du zoo d’Anvers, en Belgique, et arrivés en France en 2014. Leur but ? Créer un sanctuaire pour les éléphants retraités des parcs zoologiques et des cirques européens.

Déclaré sous forme d’association loi 1901, association à but non lucratif, Elephant Haven est un projet hors norme en Europe, qui rappelle le concept du Zoo refuge La Tanière, à ceci près qu’ici on s’est spécialisé dans l’éléphant uniquement. Les installations terminées depuis un an n’attendaient plus que leur premier pensionnaire.

C’est donc Gandhi, femelle éléphant d’Asie des Terres de Nataé, qui a l’honneur d’inaugurer le bâtiment prévu pour accueillir trois éléphants et ses quatre hectares de terrain extérieur.

Le sanctuaire n’accueille pas de visiteurs pour le moment mais cela pourrait changer dans l’avenir puisque le couple de fondateurs prévoit, parmi d’autres projets de développement, la construction d’un centre pédagogique dans son enceinte.

Est-ce qu’il y aura à nouveau des éléphants d’Asie aux Terres de Nataé ?

« Oui tout à fait« , nous explique le propriétaire de Terres de Nataé qui ouvrira en juin 2022,  » les éléphants d’Asie sont une espèce menacée, leur présence en parc zoologique est donc utile à la conservation animale. J’étais déjà en contact depuis juin avec l’EEP de l’espèce et je leur ai donc présenté notre projet pour les changements de l’espace à Pont-Scorff et surtout son extension. »

L’éléphants d’Asie comporte plusieurs sous-espèces et des recherches génétiques sont actuellement en cours dans les parcs zoologiques pour savoir s’il vaut mieux maintenir ces sous-espèces quitte à les hybrider où se concentrer sur certaines et risquer la consanguinité. « Nous aurons la décision de l’EEP en décembre pour savoir si nous recevrons deux animaux ou un petit groupe ou s’ils préfèrent que nous effectuons avant les travaux d’agrandissement. Tout ça c’est surtout en fonction de leurs besoins.« 

Avant le transfert de Gandhi, un précédent avec les loups blancs

Il y a quelques semaines, Les Terres de Nataé ont annoncé le départ sur leur page Facebook de quatre loups blancs de la baie d’Hudson, présents depuis des années à Pont-Scorff. Plutôt que de les transférer dans un autre parc animalier, Sébastien Musset choisit de confier les animaux au Refuge des loups de Coat Fur, près de Pontivy, en Bretagne toujours.

« Nous sommes effectivement dans un cas similaire à Gandhi, à la différence quand même qu’ici on parle d’une meute déjà formée, tandis que l’éléphante était seule et isolée. Mais dans leur cas aussi, l’enclos était trop petit. Nous avons prévu d’en multiplier par quatre la taille et d’y mettre à la place des loups gris italiens, pour qui il y a une nécessité de préservation et de pédagogie auprès du grand public. »

En effet, les loups de la baie d’Hudson, sous-espèce de loups gris, ne constituent pas une espèce menacée et ne correspondent pas aux pensionnaires souhaités par le comité scientifique de Terres de Nataé. « Nous ce que nous voulons c’est être utile, pas présenter des espèces bankables. On a de l’espace, la conservation animale a des besoins, tant pis si à l’ouverture un certain nombre d’enclos sont vides, on assume. Notre but est de répondre aux besoins de conservation.« 

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