Au Zoo de la Flèche, le départ de l’ours polaire emblématique a marqué les esprits. Le moment douloureux a été immortalisé par les équipes d’Une Saison au Zoo, dont les épisodes ont été diffusés cet hiver, et a suscité une vague de contestations sur les réseaux sociaux.

Les arrivées et les départs d’animaux sont le lot quotidien des parcs animaliers. En particulier les espèces concernées par un programme européen d’élevage (EEP), comme c’est le cas pour l’ours polaire. Récemment, le départ d’un ours particulièrement célèbre a enflammé la Toile. Taïko, que tous les fans d’Une Saison au Zoo connaissent depuis des années, a quitté le Zoo de la Flèche pour rejoindre temporairement Budapest, avant de partir ensuite vers un parc hors Europe. Une décision qui a eu du mal à passer pour certains, et qui a soulevé bon nombre de questions. Eléments de réponse avec Cyril Hue, vétérinaire au Zoo de la Flèche et Marina Galeshchuk, coordinatrice EEP du programme ours polaire (Zoo de Moscou).

Pourquoi Taïko est-il parti ?

Le départ de Taïko n’est pas une décision prise directement par le Zoo de la Flèche. Ce dernier a décidé de s’engager dans la reproduction des ours polaires et investi dans les infrastructures adéquates avec la création de « Terre des ours polaires », le nouvel espace du Zoo de la Flèche, sorti de terre au cours de l’été 2020.

Problème : « Taïko est un ours issu d’une lignée déjà très représentée en Europe. S’il veut pouvoir un jour se reproduire, il doit quitter le Zoo de la Flèche. Quant à nous, en tant que parc zoologique, il est de notre devoir de favoriser le développement d’une autre lignée. C’est la raison pour laquelle nous avons accueilli une femelle, Quintana, et un nouveau mâle, Aron », explique Cyril Hue.

Les téléspectateurs d’Une Saison au Zoo ont pu le voir, personne au Zoo de la Flèche ne s’est réjoui de cette nouvelle. Et les larmes de Bérénice, sa soigneuse depuis de longues années, l’ont prouvé. « Cela a été très dur pour ses soigneurs, confirme Cyril Hue. Mais si nous avons quand même accepté cette recommandation de l’EEP, c’est que nous avions de bonnes raisons et qui n’étaient pas économiques, comme certains ont pu l’insinuer. »

Le comité d’espèce pour les ours polaires a donc décidé de faire partir Taïko pour Budapest, en attendant son transfert dans une autre région du monde, où il pourra enfin se reproduire. En parallèle au Zoo de la Flèche, le couple Quintana-Aron peut commencer à se former tout doucement.

Le départ de Taïko était-il évitable ?

Dans l’absolu, oui. Pour le Zoo de la Flèche, garder un individu aussi emblématique aurait même évité au parc de se retrouver sous le feu des critiques de certains téléspectateurs, comme le souligne Cyril Hue : « Il aurait été tellement plus facile de garder Taïko. Mais à quel prix ? Soit il serait resté seul toute sa vie puisqu’il ne pouvait pas se reproduire, soit on aurait pu le mettre en compagnie d’Aron mais cela comporte un risque de placer ensemble deux ours avec un tel écart d’âge. Et alors, on aurait pu avoir un scénario catastrophe… Dans tous les cas, pour Quintana qui est âgée de 4 ans, il faut un partenaire à peu près du même âge pour espérer que le couple fonctionne, donc cela ne colle pas avec Taïko qui a 10 ans. Lorsqu’on met tous ces arguments bout à bout, on se rend compte que cette solution était la bonne pour Taïko. »

Si les ours polaires sont des animaux solitaires dans la nature, il faut savoir que les mâles sont plus sociables que les femelles, et ils apprécient d’avoir un compagnon de lutte avec qui chahuter. Justement, Taïko fera la connaissance d’un autre mâle de son âge à Budapest. « L’idée, c’est de créer une paire et, lorsque viendra le moment de les faire partir, de les transférer ensemble », explique Marina Galeshchuk, la coordinatrice du programme EEP.

« La reproduction est un besoin atavique [autrement dit héréditaire, NDLR] chez l’ours polaire, rappelle Cyril Hue. Cela fait partie de sa biologie, c’est donc extrêmement important, si nous avons l’opportunité de donner cette chance à Taïko, de la saisir. D’autres individus n’auront pas cette occasion, car les parcs animaliers européens restent limités dans les capacités d’accueil. Impossible pour eux de faire de la reproduction à tout va, en dehors d’un plan d’élevage réfléchi. »

Son bien-être est-il menacé à Budapest ?

Ours polaires au Zoo de Budapest
Ours polaires au Zoo de Budapest lors de notre visite en janvier 2020.

C’est l’inquiétude majeure de bon nombre de personnes qui ont dénoncé le départ de Taïko : son bien-être n’aurait pas été pris en compte. « Attention à ne pas faire de procès d’intention au Zoo de Budapest, alerte Cyril Hue. Il faut savoir que l’établissement a des soigneurs très compétents qui s’occupent bien des animaux ainsi qu’un programme d’enrichissements. Et puis, les ours polaires sont des animaux qui aiment la nouveauté et explorer de nouveaux environnements. Si déplacer un animal relevait vraiment de la maltraitance, bien entendu que nous y réfléchirions à deux fois. »

L’enclos des ours polaires de Budapest, visité par Zooactu en janvier 2020, ne présente cependant pas les mêmes avantages que celui plus végétalisé du Zoo de la Flèche. Le béton y est omniprésent. « Nous sommes tous conscients que cet enclos est de conception plus traditionnelle, reconnaît Marina Galeshchuk. Mais un agrandissement est prévu et nous espérons que cela se fera le plus rapidement possible. Il faut savoir que plusieurs nouveaux enclos devaient être opérationnels en 2020 et 2021 pour recevoir des ours polaires dans le cadre du programme EEP, mais la plupart – sinon tous – ont été retardés en raison de la crise sanitaire»

Que va devenir Taïko après la Hongrie ?

A ce sujet, aucune information officielle n’a encore été annoncée. Impossible de savoir si le comité d’espèce a déjà identifié un zoo dans lequel envoyer Taïko en vue de devenir un mâle reproducteur. Mais étant donné que la lignée de Taïko est sur-représentée en Europe, ce sera a priori dans une autre région du monde comme l’Asie ou l’Australie.

« Un transfert en Amérique du Nord, et notamment aux Etats-Unis, paraît compliqué en l’état actuel des choses, reprend le vétérinaire du Zoo de la Flèche. En effet, le pays applique le Marine Mammals Protection Act, dont dépendent aussi les ours polaires. Cette réglementation interdit les échanges d’individus, y compris entre les Etats-Unis et son voisin direct le Canada. Alors, à moins que la règle évolue, Taïko ne devrait pas partir dans cette région. »

En attendant, il semble s’être fait à sa nouvelle vie à Budapest. Cyril et les soigneurs du Zoo de la Flèche ont du mal à avoir de ses nouvelles directement, en raison de la pandémie, mais la coordinatrice EEP est, elle, en contact avec la Hongrie. « Taïko va bien », rassure-t-elle.

En novembre dernier, Budapest a publié sur sa page Facebook une vidéo de lui en train de plonger dans son tout nouveau bassin. Ces images ont rapidement conquis les Hongrois ainsi que les médias nationaux. Début février 2021, le Zoo de Budapest écrit : « Taïko est devenu le chouchou du public, même si à cause du Covid, nous ne pouvons vous le présenter que sur Internet ». Star un jour, star toujours.

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