Moins d’une semaine après sa réouverture, le Bioparc de Doué-la-Fontaine a connu un drame. Deux de ses femelles guépards sont mortes sous les yeux des visiteurs. L’autopsie a révélé une intolérance sévère à un antiparasitaire prodigué le matin même du drame. Explications et réaction de François Gay, directeur du parc animalier.

Un Cratère des carnivores endeuillé

Le Cratère des carnivores, nouveauté 2020 du Bioparc.

Le Cratère des carnivores est la grande nouveauté 2020 du Bioparc de Doué-la-Fontaine. Après près d’un an et demi de travaux, le site a ouvert fin décembre 2019 ses portes. Quelques semaines auparavant, un incident avait endeuillé l’inauguration du site. Deux lionnes avaient refusé de se soumettre au mâle qui, par conséquent, les avait blessées mortellement.

Un accident imprévisible qui aurait tout aussi bien pu se dérouler en milieu naturel, comme l’explique François Gay : « A partir du moment où on laisse les animaux s’exprimer dans de grands espaces et retrouver leurs instincts, on assiste à des réactions naturelles, parfois violentes comme une fin de règne » ou, dans le cas présent, une non-soumission.

Quelques mois après cet événement, c’est dans le deuxième espace du Cratère des carnivores qu’un nouveau drame a eu lieu. « Le 21 mai dernier, deux de nos guépards, les plus âgés du groupe, ont succombé à une intoxication aiguë dans leur parc », explique le Bioparc à ses abonnés Facebook.

Décès de deux guépards par intoxication sévère

Le Bioparc de Doué-la-Fontaine présentait un groupe de six femelles guépards, trois présentes depuis plusieurs années au parc et trois nouvelles venues. Suite à l’ingestion d’un antiparasitaire le matin du 21 mai, deux d’entre elles, les plus vieilles femelles du groupe, ont présenté des symptômes d’intoxication et sont décédées en moins de 30 minutes, sans que l’équipe du parc, aidée de son directeur, ne puisse rien faire. Une troisième femelle, également malade, a pu s’en sortir. Les trois autres animaux n’ont présenté aucun symptôme.

Pourquoi certains animaux ont développé une intolérance et d’autres non ? Le parc n’a aucune réponse. Les mêmes femelles avaient déjà été traitées avec ce vermifuge deux ans auparavant comme nous le confirme le directeur du parc. « Nous vermifugeons nos animaux dès qu’ils présentent des parasites dans les excréments. Ce n’est pas un traitement préventif mais curatif. C’est un malheureux hasard que cet accident ait eu lieu quelques mois après la mort des lionnes, mais les deux n’ont aucun lien. Ce n’est absolument pas lié à l’agencement du Cratère. »

Les autopsies réalisées le lendemain des décès ont permis d’envoyer des prélèvements en laboratoires. D’après le parc, les résultats ont confirmé jeudi 25 juin le rôle de l’antiparasitaire dans la mort des deux animaux.

François Gay nous confie qu’il existait une suspicion sur ce produit suite à quelques effets secondaires constatés dans d’autres parcs. Une suspicion de toxicité désormais avérée. En conséquent, et pour éviter que d’autres animaux ne déclenchent une intolérance identique, l’ensemble des professionnels des parcs animaliers français a été immédiatement averti, tout comme le coordinateur européen de l’espèce et ses « vet-advisors ».

Deux des trois femelles guépards présentes depuis plusieurs années à Doué-la-Fontaine.

Le Bioparc pris pour bouc émissaire ?

Bien que le Bioparc se soit exprimé sur sa page Facebook et dans la presse sur le décès de ces deux animaux, l’affaire a pris une toute autre tournure sur les réseaux sociaux. L’association de protection animale anti-captivité, Code Animal, et l’association 30 Millions d’amis ont pointé du doigt le rôle de la captivité dans le décès de ces deux guépards et notamment au travers d’une vidéo réalisée à partir d’images filmées sur place par des visiteurs.

« Sur cette vidéo, tout est faussé et les propos sont mensongers. Code Animal nous a contacté le lendemain de l’accident et j’ai pris le temps de leur expliquer ce qu’il s’était passé mais leur but était de faire le buzz et de jouer sur l’émotion suscitée par cette vidéo. Quand nous perdons un animal, nous sommes les premiers à en être affectés. [L’attachée de presse du parc nous a d’ailleurs confié que le deuxième guépard était décédé dans les bras de François Gay, NDLR.] Nous surveillons nos animaux au quotidien, nous échangeons en permanence entre zoos européens pour améliorer le bien-être de nos animaux. Le Cratère, qui permet aux guépards de courir sur un vaste territoire, est notre troisième version d’enclos pour les guépards. Nous cherchons en permanence à améliorer leurs conditions de vie et à enrichir leur quotidien. Nous n’avons de leçons à recevoir de personne », réagit le petit-fils du fondateur du Bioparc

Depuis quelques jours, un jeu de leurre a d’ailleurs été mis en place pour permettre aux animaux de faire démonstration de leur capacité de sprinteurs.

La vidéo en question – que nous avons choisi de ne pas diffuser car elle pourrait choquer les plus jeunes de nos lecteurs –, soulève tout de même quelques questions. L’association laisse entendre que les équipes du parc ont tardé à réagir et qu’aucun vétérinaire n’était présent au parc pour sauver les animaux.

Deux questions que nous avons posées au directeur du Bioparc. « Nous avons toujours communiqué sur les décès de nos animaux, nous sommes très transparents mais cette vidéo est clairement tronquée. Ce n’est pas un soigneur qui s’exprime mais un jeune homme qui vient régulièrement au parc, il ne fait donc pas partie de l’équipe. Nous avons deux vétérinaires à plein temps sur le parc. L’accident a eu lieu sur la pause déjeuner, certes. Mais leur présence n’aurait rien changé, les animaux sont morts en moins de 30 minutes, ça a été fulgurant. »

Ce qu’on ne voit pas sur les images de la vidéo, c’est que les équipes ont réagi très rapidement après avoir été alertées par un visiteur. « La soigneuse de l’enclos était dans l’allée juste à côté, il lui a fallu moins de 10 minutes pour pénétrer une première fois sur le territoire des guépards puis en ressortir pour aller chercher une caisse de transport pour déplacer la femelle malade. Sur les images, on me voit d’ailleurs revenir avec elle pour porter l’animal dans la caisse. Nous l’avons emmené dans le bâtiment mais il était malheureusement trop tard. En sortant du bâtiment nous avons été prévenus qu’il y avait un deuxième animal malade, nous avons donc décidé de rentrer tous les animaux à l’intérieur. »

Si les morts des deux femelles restent choquantes, François Gay regrette qu’elles donnent lieu à un plaidoyer anti-captivité « scientifiquement complètement erroné » et déplore que les associations s’en servent pour créer « une affaire là où n’y en a pas»

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