L’Association Européenne des Zoos et Aquariums (EAZA) a annoncé il y a quelques jours par voie de presse le lancement de ses neufs premiers « EAZA Ex situ Programmes ». Il s’agit en fait de redéfinir les méthodes et les objectifs des programmes d’élevage en se tournant davantage vers la conservation animale en milieu naturel. Frédéric Houssaye, responsable conservation du CERZA et coordinateur de l’EEP des hyènes rayées, nous en dit plus.

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Une hyène rayée.

Les programmes d’élevages en captivité repensés

De son propre aveu, il aura fallu à l’EAZA « plusieurs années de consultation, de discussion et de planification » pour aboutir à une toute nouvelle vision du rôle des parcs animaliers et aquariums dans la gestion des populations d’animaux vivant en captivité. Jusque-là, l’institution avait créé des programmes d’élevage nécessitant plus ou moins de suivi :

  • l’EEP (European Endangered species Programme), dans lequel un coordinateur gérait l’ensemble de la population captive de l’espèce, autorise ou non la reproduction et établit des recommandations de transferts pour optimiser le brassage génétique ;
  • l’ESB qui consistait principalement à la tenue d’un studbook, un arbre généalogique de l’espèce en Europe ;
  • le monitoring : une observation de la population en captivité dont ne découlait aucune recommandation particulière.

Le 19 juin, l’EAZA a annoncé le lancement d’« une nouvelle approche révolutionnaire » de ses programmes de gestion. Dorénavant, tous les programmes deviendront progressivement des EAZA Ex situ Programmes – nouveau nom qui reprend l’acronyme EEP. « Auparavant, j’étais le coordinateur de l’ESB de la hyène rayée et je suis maintenant le coordinateur EEP des hyènes rayées », nous explique Frédéric Houssaye, dont l’espèce fait partie des neuf canidés et hyénidés choisis par la commission pour être les premiers EEP nouvelle génération. Les huit autres espèces concernées sont : le loup ibérique, le loup à crinière, le dhole, le lycaon, le renard à oreilles de chauve-souris, le chien des buissons, le fennec, la hyène tachetée.

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Un fennec.

Le rôle du coordinateur d’EEP renforcé

Déjà inclus dans les anciens EEP, les futurs coordinateurs auront « l’obligation de créer un guide d’élevage, un « best practice guidelines », de façon à ce que tous les parcs qui détiennent l’espèce sachent comment élever ces animaux : gestion, nutrition, agencement des enclos, bien-être animal, maladie, soins, enrichissement, etc. »

Les personnes en charge des nouveaux programmes verront également leur rôle renforcé : « Nous aurons beaucoup plus d’impact et d’influence sur les zoos », explique le tout nouveau coordinateur de l’EEP des hyènes rayées. En plus de leurs anciennes missions, ils devront « trouver des projets de conservation in-situ [NDLR : dans le pays dont est issue l’espèce] pour l’animal quand il en existe, et travailler avec l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) de façon à pouvoir connaitre les besoins en milieu naturel », poursuit-il avant d’ajouter : « L’idée, c’est que les coordinateurs des EAZA Ex situ Programmes soient plus connectés avec l’extérieur»

Des parcs davantage tournés vers la conservation animale en milieu naturel

Les parcs animaliers modernes ne souhaitent plus seulement présenter leurs pensionnaires à des visiteurs, ils souhaitent également les éduquer et les sensibiliser au rôle de ces animaux dans leur milieu naturel et à leur comportement. « Si nous regardons les espèces de hyènes qui auront leurs propres EEP à partir de maintenant, nous pouvons voir qu’elles ont mauvaise réputation auprès du public. Le rôle des nouveaux EEP sera de montrer que ces créatures fascinantes ont une vie sociale surprenante et un rôle à jouer pour éliminer les carcasses porteuses de maladies de la savane », explique le Dr. Bengt Holst, président du Comité EEP de l’EAZA. En effet, l’institution a choisi de donner d’autres objectifs à ses membres : les nouveaux programmes ne seront pas toujours centrés sur l’élevage en captivité mais « sur l’éducation, la reproduction en vue de réintroduction, la recherche pour améliorer nos conditions d’élevage et, parfois, on va même demander à un gestionnaire d’EEP de faire en sorte que la population de son espèce diminue pour laisser place à d’autres animaux, plus menacés. » Une manière également d’éviter les euthanasies pour les espèces sur-représentées en parcs animaliers.

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Un lycaon.

Les EEP nouvelles générations donneront donc une place beaucoup plus importante aux espèces en déclin dans leur milieu naturel afin de renforcer l’importance des parcs animaliers et aquariums comme acteurs essentiels de la protection de la biodiversité. « L’EAZA est vraiment une association qui permet d’œuvrer dans la conservation et les zoos qui en sont membres partagent cette philosophie de conservation et de bien-être animal », confirme Frédéric Houssaye. Dans les cinq ans à venir, les 400 anciens programmes d’élevage devront tous se convertir à cette nouvelle politique. « Il s’agit d’une étape audacieuse pour les zoos et les aquariums, qui illustre l’engagement continu de l’EAZA et de ses membres à apporter la contribution collective la plus forte possible à la conservation, à l’éducation et à la recherche », explique l’EAZA dans son communiqué.

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