Nombreux sont ceux qui éprouvent un certain malaise à voir un ours blanc enfermé dans un zoo, d’autant plus lorsque celui-ci se trouve dans une région du monde au climat plutôt chaud. Étrangement, bon nombre de visiteurs n’ont en revanche aucun problème à observer des singes ou d’autres espèces en captivité.

Captivité ours polaire

Plusieurs zoos dans le monde font régulièrement face à des critiques concernant les conditions d’accueil réservées aux ours blancs. A Marineland, dans le sud de la France, l’association « C’est Assez » réclame par exemple le transfert de l’ours polaire Raspoutine dans le parc suédois d’Orsa Rovdjurspark. Une pétition a été lancée cet été et a déjà récolté, début septembre, plus de 172 000 signatures.

Une espèce plus sensible au climat ?

Souvent, c’est la question de la chaleur qui est mise sur le tapis, les opposants à la captivité arguant qu’un ours polaire n’est pas fait pour vivre dans des régions où les températures dépassent un certain seuil. « Nous avons la remarque quasiment tous les jours de la part de visiteurs », confirme Dorothée Ordonneau, vétérinaire et directrice du Cerza. Ce parc zoologique normand a accueilli au printemps 2018 deux femelles ours polaires dans un tout nouvel enclos de trois hectares. « En revanche, personne ne fait de remarque sur une girafe exposée en plein hiver, par exemple », ajoute la vétérinaire. Alors pourquoi une telle différence de traitement ? « Dans l’imaginaire collectif, un ours polaire vit sur la banquise. Nous avons donc du mal à penser qu’il puisse en être autrement, avance la vétérinaire. Pourtant, cet animal ne vit concrètement sur la banquise qu’une partie de l’année, mais pendant l’été, les températures sont plus douces au Canada.»

Ces dernières années, l’ours polaire est devenu l’une des espèces les plus symboliques du réchauffement climatique. Le public avait d’ailleurs été particulièrement choqué par les clichés de cet ours blanc très amaigri, pris par un photographe de National Geographic en 2017, ce qui prouve bien que le sort réservé à cet animal ne laisse personne indifférent. « L’ours polaire est un incroyable ambassadeur pour le climat, la preuve vivante que tout ceci est réel et que nous sommes tous concernés », ajoute la vétérinaire du Cerza.

Des enclos peu adaptés

Enclos ours polaire

Autre critique souvent adressée aux parcs zoologiques : la taille des enclos réservés aux ours polaires. « Au 19e siècle, on venait au zoo pour voir des animaux en cage. Le public ne se préoccupait pas du bien-être animal. Ce n’est qu’à partir des années 1950 que l’on a commencé à s’y intéresser et que les premiers mouvements anti-zoos sont apparus », résume Éric Baratay, historien spécialiste des relations hommes-animaux et auteur de plusieurs ouvrages dont « Zoos : histoire des jardins zoologiques en occident » et « Le Point de vue animal. Une autre version de l’histoire ». Mais aujourd’hui, le public attend des installations beaucoup plus spacieuses, modernes et en adéquation avec l’environnement naturel de l’animal. « Or, pour l’ours polaire, il s’agit de la banquise, ce qui est impossible à reproduire en captivité. A la place, les zoos se contentent généralement de béton, de quelques rochers et d’un bassin », résume l’historien. Un vrai décalage entre ce que l’on imagine le mieux pour l’animal et sa réalité en captivité.

Au-delà de la taille de l’enclos, c’est plus son aménagement qui joue un rôle dans le bien-être de l’ours polaire. Les « bonnes pratiques » décrites par le coordinateur européen de l’espèce pour l’EAZA ne donnent d’ailleurs aucune indication de surface minimum pour accueillir un ours blanc. « Chez nous, Nicky et Mona disposent de trois hectares, parce que c’est notre choix de proposer de grands enclos, mais ce n’est pas une obligation, rappelle Dorothée Ordonneau. En revanche, il est conseillé de leur proposer un enclos avec une diversité de milieux et de sols : du sol meuble comme de la terre ou du sable, du sol dur avec des cailloux, un bassin d’une profondeur minimum de 3 mètres, mais aussi des zones d’ombre, etc. L’ours polaire doit aussi pouvoir accéder quand il le souhaite à son espace intérieur, et ce 24 heures sur 24. » Les vétérinaires qui travaillent depuis longtemps avec l’ours polaire ont par ailleurs remarqué qu’il avait besoin de sentir son environnement et qu’il valait mieux limiter au maximum les brises-vue et toute construction fermée pouvant entraver la circulation des odeurs. « Nous nous sommes inspirés de ce qu’a fait le Highland Wildlife Park, en Ecosse, en construisant des bâtiments les plus ouverts possibles », commente Dorothée Ordonneau.

Un manque de distraction

Jeu ours polaire
Les jouets font partie des enrichissements quotidiens.

« L’éthologie des ours polaires est encore balbutiante. Ce sont des animaux difficilement observables dans la nature et peu d’études ont pour l’instant été faites à leur sujet », explique Éric Baratay. Il est donc compliqué de savoir ce dont ils ont besoin pour vivre dans de bonnes conditions. « Ces trente dernières années, beaucoup de progrès ont été faits en la matière, notamment pour connaître quels sont les besoins des mères lorsqu’elles élèvent leurs petits », souligne toutefois Dorothée Ordonneau. Une chose est sûre : les ours polaires sont des animaux extrêmement intelligents. Il n’y a qu’à voir les techniques de chasse au phoque très élaborées qu’ils mettent en pratique dans la nature. Ils ont donc besoin d’être stimulés intellectuellement, et ce quotidiennement. « Un animal qui s’ennuie montre des signes très clairs que l’on appelle de la stéréotypie. Comme par exemple un ours qui fait des va-et-vient sans cesse dans son enclos », explique Éric Baratay. Afin de lutter contre cet ennui, les zoos mettent en place des enrichissements, autrement dit des activités pour distraire l’animal. « Le problème, c’est que même si le parc installe une attraction pour occuper l’ours, il va finir par en faire le tour et se lasser », poursuit l’historien. « Il faut sans cesse se renouveler et faire preuve d’imagination, renchérit la vétérinaire. Au Cerza, nous leur apportons des enrichissements plusieurs fois par jour. Ce sont par exemple des jouets, ou de la nourriture que l’on cache, des odeurs que l’on rapporte d’autres enclos afin de stimuler leur odorat. Les ours polaires sont d’un naturel très curieux et joueur, et puis ils sont très agiles, ce qui offre tout un panel de possibilités. » Sans effort de la part des parcs zoologiques, les ours polaires peuvent donc rapidement s’ennuyer en captivité, et ce n’est pas en les faisant cohabiter avec l’un de leurs congénères que les choses peuvent s’arranger, ces animaux étant solitaires dans la nature.

L’ours polaire, une espèce emblématique

La captivité de l’ours polaire émeut plus particulièrement le public parce que nous nous sentons proches de cette espèce, et de l’ours de façon générale. « Nous avons toujours anthropomorphisé facilement l’ours : nous l’imaginons marcher sur deux pattes et non sur quatre, les premières peluches inventées représentaient un ours, de nombreux dessins animés et bandes dessinées ont un ours en vedette… Bref, depuis notre plus jeune âge, nous entendons parler de l’ours, ce qui fait que nous sommes devenus très sensibles à leur condition », conclut Éric Baratay.

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