Inauguré en septembre 1868, le parc zoologique et botanique de Mulhouse est l’un des plus anciens zoos de France. En 2018, il célèbre ses 150 ans. Brice Lefaux, vétérinaire et directeur du site, revient sur les moments les plus marquants.

Anniversaire parc zoologique Mulhouse

Interview de Brice Lefaux, directeur et vétérinaire

A la création du parc zoologique, qui étaient les premiers pensionnaires ?

Nous l’ignorons. Le parc zoologique et botanique de Mulhouse a ouvert le 13 septembre 1868, donc ça date ! En revanche, nous savons que dans les dix premières années qui ont suivi l’inauguration, le site a accueilli des flamants roses, des ânes, des paons, etc. Dans les années 1890, les premiers ours bruns sont arrivés. A l’époque, l’établissement était allemand et c’est justement une baronne allemande qui avait confié à Mulhouse ces ours, un frère et une sœur, nés en captivité dans un autre parc allemand. Dans les années 1920, ce sont les otaries à crinière qui ont rejoint le site, puis dans les années 1950 le groupe des primates s’est développé avec notamment la construction d’une singerie très moderne. Aujourd’hui, Mulhouse accueille 1 200 animaux issus de 172 espèces, dont 88 font l’objet d’un programme d’élevage européen (EEP) de l’EAZA.

Si vous deviez retenir une naissance en particulier, laquelle serait-ce ?

Sans nul doute celle de Nanuq, le petit ours polaire né en novembre 2016. Cette naissance a été particulièrement émouvante pour plusieurs raisons. Il faut tout d’abord se replonger dans le contexte : dans les années 1940, le parc zoologique et botanique de Mulhouse faisait cohabiter dans un seul et même enclos de 25 m², uniquement séparés par une grille, deux ours bruns et un ours polaire. Les questions du bien-être de l’animal n’étaient pas encore la priorité des zoos. Dans les années 1970, il y a eu un mieux avec la construction d’un tout nouvel enclos de 250 m² équipé d’un bassin pour l’ours polaire, puis encore mieux en 2013 avec de nouveaux travaux. A ce moment-là, les équipes du parc ont choisi de construire une loge à part en prévision de reproduire l’espèce. En effet, la femelle ours polaire a besoin de s’isoler durant environ trois mois avec son petit après la naissance. L’une des femelles du groupe, Sesi, a mis bas une première fois dans l’enclos en 2015. Malheureusement, les deux petits étaient morts nés. Il faut savoir que cela arrive souvent chez les ours polaires : sur treize naissances par an dans l’EEP, seuls quatre ou cinq petits survivent. En novembre 2016, nous avons vu la même femelle, Sesi, s’isoler du groupe. Nous l’avons laissée à l’écart et refermé la trappe pour lui laisser toute la tranquillité dont elle semblait avoir besoin. Et effectivement, elle a donné naissance à un ourson le 7 novembre. Durant toute la durée de l’isolement, personne ne l’a dérangée : tout travaux était interdit et aucun soigneur ni vétérinaire n’a pénétré dans la maternité. Nous avons tout suivi par caméra. Au bout de trois mois, nous avons ouvert la trappe et vu sortir le petit Nanuq. Ce moment-là a été très fort en émotion car il symbolisait tous les efforts fournis par les équipes pour rendre cela possible.

Ours polaires Mulhouse

Quel a été le décès le plus éprouvant ?

Tous les décès sont compliqués. Si je devais en citer un particulièrement éprouvant, je prendrais celui de Gilberte. Cette femelle ours brun est partie à l’âge très avancé de 43 ans. En moyenne, peu d’ursidés dépassent les 25 ans, même en captivité. Gilberte est arrivée à Mulhouse vers l’âge de 2 à 3 ans et a donc passé toute sa vie avec nous. Des liens d’affection très forts se sont noués avec ses soigneurs, qui s’occupaient très bien d’elle. Tous les matins, ils cuisaient des légumes pour qu’elle les digère plus facilement, mais aussi sa viande pour lui rendre plus tendre. Gilberte était libre de passer d’un enclos à l’autre et a d’ailleurs passé les dernières années de sa vie cachée du public pour plus de tranquillité. Malheureusement, un matin, j’ai été appelé par des soigneurs pour me dire que la femelle était tombée dans son bac d’eau et n’arrivait pas à se relever. Elle était paralysée d’un côté et présentait tous les signes d’une attaque cérébrale. Nous l’avons anesthésiée et fait une batterie de tests. Finalement, nous avons décidé de ne pas la réveiller car elle aurait été encore en état d’AVC. Cette décision, professionnelle à tous les égards, a été émotionnellement très dure.

Quelle est l’espèce la plus compliquée à gérer en captivité ?

Brice Lefaux Mulhouse
Brice Lefaux, directeur et vétérinaire au parc zoologique et botanique de Mulhouse.

Toutes les espèces ont leurs spécificités, que ce soit en termes de nourrissage, d’enrichissements, de sécurisation de l’enclos ou encore de connaissances et de compétences à avoir pour bien les accueillir. A Mulhouse, les bœufs musqués présentent plusieurs de ces difficultés. Ces animaux sont extrêmement puissants, il faut donc leur construire des bâtiments aussi solides que ceux des rhinocéros. Et en même temps, ils sont plutôt fragiles, or les anesthésier est très compliqué car il faut utiliser des produits spécifiques, etc. La reproduction est elle aussi complexe tout simplement parce qu’il s’agit d’une espèce plutôt rare en zoo : trouver un partenaire n’est donc pas chose aisée. Et puis on connaît encore mal leurs besoins nutritifs, leur nourrissage et leurs enrichissements doivent encore être améliorés.

Celle que vous n’avez pas encore mais que vous aimeriez accueillir ces prochaines années ?

La girafe ! Il s’agit d’un animal emblématique en parcs animaliers qui attire de nombreux visiteurs. Et la question de l’attractivité est fondamentale, pas tant d’un point de vue financier pour le parc – Mulhouse est géré par l’agglomération pour rappel – mais parce qu’il est important de sensibiliser un maximum de personnes à la préservation des espèces. Voilà pourquoi nous croyons beaucoup à notre projet Horizon Afrique qui devrait voir le jour en 2021 et dans lequel il est prévu d’accueillir… des girafes.

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