A l’occasion d’une conférence sur le chat des sables, Zooactu.com a rencontré son auteur, Grégory Breton, également curateur du Parc des Félins et coordinateur du programme d’élevage européen de l’espèce.

curateur parc des félins
Grégory Breton, coordinateur du EEP du chats des sables et curateur du Parc des Félins, lors de la conférence le 9 avril 2016.

Cécile Arnoud : Grégory Breton vous êtes curateur du Parc des Félins depuis 13 ans. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours ?

Grégory Breton : Si je suis ici, c’est le fruit d’une rencontre avec Patrick et Thierry Jardin, deux frères co-fondateurs du CERZA, situé en Normandie, et des Félins d’Auneau, l’ancien Parc des Félins, en 2001. Je suis tombé sous le charme de leurs deux établissements et suis devenu admiratif de leur éthique et de leur travail. A l’époque, le Parc des Félins était plus petit qu’aujourd’hui et localisé dans une autre ville. En 2003, Patrick m’a proposé de le rejoindre pour le seconder. J’ai alors un peu touché à tout : accueil, boutique, restauration, encaissement, commandes, communication et évidemment la partie zoologique, qui était celle que je connaissais. Je savais déjà ce qu’était un programme d’élevage, le fonctionnement de l’EAZA (NDLR : Association Européenne des Zoos et Aquariums), je connaissais beaucoup de choses sur les animaux, comment les élever, etc. Par goût, j’avais acquis ces connaissances en parallèle de mes études universitaires en zoologie, une formation qui s’intéressait finalement peu au travail des parcs zoologiques. Il y a des gens que je côtoie aujourd’hui dont je lisais les articles ou les ouvrages quand j’étais à l’université, comme Alexander Sliwa avec qui je suis parti dernièrement en expédition au Sahara. C’est rigolo.

CA : Quelle est la fonction d’un curateur de parc animalier ?

GB : Le terme « curateur » est peu connu en France parce qu’il n’est pas encore entré dans notre culture. Il peut aussi être appelé responsable zoologique, responsable scientifique, chargé de collection.
Pour bien comprendre son rôle, il faut faire le parallèle avec un musée car le terme « curateur » est la version française du mot anglo-saxon « curator » qui veut simplement dire « conservateur ». Dans un musée, le conservateur est celui qui décide des expositions temporaires, de faire venir telle œuvre, de prêter telle autre. Dans les parcs zoologiques, qui sont finalement des musées vivants, le curateur est le conservateur, il a le même rôle. Il va avoir en charge la collection d’animaux, va préférer une espèce à une autre dans le cadre de la philosophie de l’établissement, de l’espace présent, et gérer les déplacements. Il suit aussi les animaux au quotidien, avec un regard différent de celui des vétérinaires.

C’est une profession très récente en France. Auparavant, c’était uniquement le directeur du zoo qui exerçait ce rôle, ou la charge était dévolue au vétérinaire. Par contre, en Angleterre et en Allemagne, ce métier est plus ancien et les curateurs ont des composantes aussi bien d’élevage que de recherches en zoo et dans la nature. C’est vraiment un métier complémentaire de celui de vétérinaire. Lui, c’est le médecin des animaux, il soigne, a des connaissances exceptionnelles en anatomie, physiologie, en épidémiologie, … mais tout ce qui tourne autour de l’animal et de son environnement, ses comportements, ses besoins sociaux sortent de ses compétences (car ce n’est pas enseigné en école vétérinaire), sauf pour certains que cela intéressent et qui sont très bons du fait de formations complémentaires et de travail sur le terrain. L’éco-éthologie, le comportement de l’animal dans son milieu naturel, est un chevauchement de compétences entre ces deux professions. L’idéal pour un parc zoologique est d’avoir un curateur et un vétérinaire. Mais tous ne peuvent pas se permettre autant de personnel, certains zoos n’ont même pas de vétérinaire salarié et font appel à quelqu’un d’extérieur.

CA : Quel est le rôle d’un coordinateur de programme d’élevage européen (EEP) ? Comment êtes-vous devenu celui du chat des sables ?

chat des sables
Un chat des sables au Parc des Félins.

GB : Ute Magiera, la précédente coordinatrice de l’EEP du chat des sables a choisi de se reconvertir et le zoo d’Osnabruck (Allemagne) qui l’embauchait n’a pas souhaité que quelqu’un d’autre de chez eux poursuive cette mission. Le poste était donc vacant. J’ai candidaté et j’ai été accepté.
Je suis donc devenu le coordinateur européen du programme d’élevage européen du chat des sables et j’ai également la responsabilité de tenir à jour le studbook mondial en récupérant les informations des autres continents. Je prends note de toutes les naissances, les décès, je recommande des transferts et bien sûr, je suis les animaux. C’est une mission bénévole qui demande du temps, je fais 50-60 % du travail chez moi, sur mon temps de repos.
Pour éviter les consanguinités, notre rôle est de recommander les échanges entres parcs animaliers. Pour cela, j’utilise un logiciel informatique très pointu qui permet de classer les animaux selon plusieurs critères et de sortir les meilleures combinaisons possibles.

Dans le EEP actuel, il y a 113 chats des sables répartis dans 26 parcs zoologiques membres de l’EAZA. A l’échelle mondiale, il y a 155 animaux dans 44 parcs zoologiques dont au Moyen-Orient, en Israël, aux Emirats Arabes Unis, Qatar… Au Parc des Félins, nous avons 5 chats des sables actuellement, d’autres vont bientôt arrivés.
Concernant l’élevage, il y a des années avec beaucoup de reproduction, 2014 par exemple était une très bonne année, mais 2015 a été catastrophique. Le pic de reproduction est de mai à aout. Nous verrons comment sera 2016. J’espère que des petits vont naître en grand nombre !

CA : Quelle espèce aimeriez-vous accueillir prochainement au Parc des Félins ?

GB : A titre professionnel et personnel, j’aimerais bien qu’on accueille des lynx pardelle (NDLR : aussi appelé lynx ibérique, cet animal est très menacé à l’état sauvage). Je suis depuis longtemps en relation avec les Espagnols dans ce but, on travaille sur le sujet. A suivre …
A part lui, d’autres espèces seraient également intéressantes. Par exemple, le chat à tête plate, originaire d’Asie du Sud-Est, est très menacé et on le voit peu en captivité. Il y en a quelques uns en Thaïlande et Malaisie et son élevage en captivité est devenu primordial si on ne veut pas qu’il disparaisse dans les années à venir. En Europe, pour faire un travail pertinent et obtenir des résultats significatifs, il faudrait en importer une dizaine pour former plusieurs couples et de multiples combinaisons. Mais le travail en amont est colossal …

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2 Commentaires

  1. bonjour , je viens de lire l’article de Grégory Breton et je voulais savoir s’il y avait une école en particulier pour faire cette formation de curateur animalier, car ma fille voudrait être au contact des animaux mais pas faire vétérinaire.
    que pourriez vous me conseiller ?
    nb : elle a actuellement 13 ans et les animaux sauvage la passionnent
    merci de votre réponse

    • Bonjour,

      A ma connaissance, il n’existe pas de formation spécifique pour devenir curateur, c’est une fonction à responsabilités qui s’acquiert avec l’expérience. Beaucoup de curateurs sont en effet vétérinaires ou directeurs de zoos mais il y a aussi des chefs animaliers comme Grégory Breton. C’est pour cette raison que je pense que les formations pour devenir soigneur animalier peuvent déjà intéresser votre fille. Nous avons écrit un article à ce sujet qui vous donne quelques pistes : http://www.zooactu.com/metiers-du-zoo/soigneur-animalier/
      Ensuite, il faudra qu’elle fasse ses preuves dans un parc zoologique et qu’elle gagne en responsabilité avant d’espérer un jour obtenir cette mission 🙂

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