Le mammifère terrestre le plus grand du monde est un incontournable en parc animalier et il n’est pas rare d’en croiser lors de vos visites. Mais connaissez-vous vraiment cet animal, sa vie à l’état sauvage et en captivité ?

La girafe en parc animalier

Il est quasi impossible de ne pas croiser de girafe dans un zoo français. Tous ou presque accueillent une ou plusieurs espèces de ces mammifères originaires d’Afrique, reconnaissables à leur long cou et leurs tâches uniques en leur genre. Une histoire d’amour qui a commencé fort avec l’arrivée en 1827 de la première girafe en France, Zarafa, offerte par le pacha d’Egypte Méhémet Ali au roi de France Charles X.

Habitat / enclos

Alors que l’on pensait qu’il n’existait qu’une seule espèce de girafe répartie en neuf sous-espèces, les scientifiques ont découvert qu’il y avait en réalité quatre espèces différentes de girafes dans le monde : la girafe Masaï (Giraffa tippelskirchi), la girafe réticulée (Giraffa reticulata), la girafe du Nord (Giraffa giraffa) et la girafe de Nubie (Giraffa camelopardalis). Toutes vivent dans les savanes africaines, entre le Tchad, l’Angola, le Cameroun, le Niger, le Soudan, la République démocratique du Congo, l’Ethiopie, la Somalie, le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, la Namibie, le Botswana, l’Afrique du Sud, le Mozambique, le Zimbabwe et la Zambie.

En parc zoologique, la girafe vit en groupe de cinq à dix individus. « Les enclos doivent être les plus grands possibles : un hectare par groupe est généralement nécessaire, préconise Antoine Joris, directeur zoologique et vétérinaire de la Réserve africaine de Sigean. Surtout, ils doivent être entièrement plats car les girafes ne supportent pas le dénivelé. Un simple muret d’un mètre suffit à les contenir et elles ne peuvent franchir de fossé. » Pour leur bien-être, leur enclos doit également disposer de grands arbres qui puissent leur fournir de l’ombre et du feuillage. « Un point d’eau comme une mare par exemple peut-être un plus, notamment vis-à-vis du public car observer une girafe s’abreuver est quelque chose de très pédagogique », complète Antoine Joris. Sociables, les girafes peuvent tout à fait cohabiter avec d’autres espèces, « même si ce n’est pas forcément mieux pour elles », rappelle le directeur zoologique de Sigean. « Il n’y a par exemple aucun souci avec les antilopes, sauf peut-être certains mâles grands koudous qui peuvent parfois se montrer agressifs. Les autruches conviennent aussi très bien. En revanche, des accidents se sont déjà produits avec des zèbres et des rhinocéros. Ces animaux s’énervent généralement plus rapidement que la girafe qui, elle, est plus flegmatique. Or si dans la nature elle peut leur échapper, ce n’est pas le cas en parc animalier puisque pour se lancer au galop, elle a besoin d’une grande distance. Et puis de façon générale, nous évitons donc de les mettre en contact avec des équidés avec qui elles sont en compétition pour la nourriture », poursuit-il.

Girafes zoo de la Barben Girafe au zoo d'Amnéville Grimace de girafe Girafes au zoo de Beauval Girafes au zoo de Hanovre Girafes au zoo de Sigean Girafe à la Tête-d'Or Girafe du zoo de Chester Girafes au zoo de Thoiry Girafe au parc zoologique de Paris

Régime alimentaire

La girafe est herbivore : elle se nourrit essentiellement de feuilles, de tiges, de fleurs et de fruits qu’elle trouve dans son environnement. Au total, elle est capable de se nourrir de 93 espèces végétales différentes, mais une demi-douzaine d’entre elles seulement constituent 75 % de son régime alimentaire global. En parc animalier le fourrage est proposé à volonté. « Pour l’essentiel, il s’agit de luzerne. Dans l’idéal, nous voudrions leur donner du feuillage frais toute l’année, mais c’est compliqué d’en trouver durant la saison hivernale », détaille le vétérinaire. Durant les beaux jours, Sigean donne surtout des feuilles de frêne et de saule, dont les girafes raffolent. « Si nous pouvions, nous leur donnerions de l’acacia tous les jours car c’est véritablement ce qu’elles préfèrent dans la nature ! » Pour compléter ce régime et s’assurer qu’elles disposent de tous les nutriments nécessaires, les parcs animaliers ajoutent aussi des compléments alimentaires. « Lorsqu’il y en a besoin, nous leur donnons en plus un concentré de céréales qui ajuste les taux de minéraux, de vitamines, etc. Attention aux céréales dont il ne faut pas abuser sinon, il y a un risque d’acidose du rumen, ce qui est mortel. Il peut également nous arriver de leur donner des carottes. En revanche, nous évitons les fruits. »

Pour les enrichissements, les girafes ne sont pas compliquées. « Si l’enclos est suffisamment riche et varié, il n’y a pas besoin d’autant d’enrichissements que pour les primates ou les carnivores par exemple », assure Antoine Joris. De temps en temps, toutefois, les soigneurs peuvent recourir à cette méthode très usitée en captivité pour aider l’animal à travailler des comportements qu’il est censé avoir naturellement à l’état sauvage. « Pour les girafes, cela consiste le plus souvent à placer des tubes dans lesquels se trouve de la nourriture. Cela les oblige à utiliser leur langue pour aller chercher à manger. A Sigean, nous y mettons de la barbotine, un mélange de farine d’orge et de flocons d’avoine qui forment une pâte qu’elles adorent. »

Reproduction

Les girafes se reproduisent sans difficulté en parc animalier, à condition que ce dernier dispose des installations adéquates. « La plupart des mâles saillissent. Après, elles se débrouillent toutes seules. D’ailleurs, il n’est pas rare que nous découvrions qu’un petit est né pendant la nuit sans même avoir pu prédire le terme ! » Afin d’éviter tout conflit entre mâles reproducteurs, un seul reste au contact des femelles. Sauf si aucune reproduction n’est souhaitée et qu’il n’existe pas de contraceptifs, certains parcs peuvent séparer les mâles et les femelles. Après une gestation d’environ 15 mois, la femelle met bas un petit qui doit pouvoir se dresser debout quelques minutes seulement après la naissance. C’est indispensable dans la nature, car il doit pouvoir fuir un prédateur en cas d’attaque. Les premières semaines, le petit reste fragile et des accidents peuvent arriver. Voilà pourquoi la qualité des installations prime. Il doit notamment disposer de suffisamment de place pour se mouvoir sans risquer d’être chahuté par les autres girafes qui ne prêteraient pas attention. « Autre point fondamental : il faut absolument séparer les sous-espèces afin d’éviter toute hybridation, rappelle le vétérinaire. Il y a déjà eu pas mal de dégât causé par les hybridations au niveau de la préservation génétique en parc animalier. Aujourd’hui, il faut véritablement faire attention à cela. »

Santé

Les girafes ne présentent pas de souci de santé particulier en parc animalier. « Heureusement qu’elles sont plutôt robustes, car il est très difficile de les manipuler », souligne Antoine Joris. En effet, très craintive, la girafe peut se blesser en tentant d’échapper au vétérinaire. Idem lorsqu’il s’agit de l’anesthésier : en s’endormant, l’animal pourrait se briser le cou en tombant. « Quand nous n’avons pas le choix et que nous devons endormir une girafe, cela nous demande beaucoup de préparation : trois ou quatre jours minimum et la mobilisation de 25 personnes le jour J pour veiller que tout se déroule bien et déplacer l’animal une fois anesthésié. Il faut aussi préparer l’enclos où se déroule l’opération, en molletonnant le box pour amortir la chute de l’animal et éviter qu’il ne se tape la tête. Et pour encore plus de sécurité, à Sigean nous faisons systématiquement venir Alexis Lécu, vétérinaire du parc zoologique de Paris et référant du programme européen d’élevage (EEP) de la girafe, afin de nous assister », ajoute le directeur zoologique.

En captivité, il peut toutefois arriver que les girafes aient des problèmes d’onglons avec, par exemple, des déviations. Dans ces cas-là, une intervention avec anesthésie est toujours nécessaire. « Ce problème n’existe qu’en parc animalier et provient tout simplement du fait que le sol qu’elles foulent n’est pas adapté à leurs sabots. »

Menaces et conservation

Toutes espèces confondues, on estime qu’il existe moins de 100 000 girafes dans le monde en 2015 (source : Giraffe Conservation Foundation), leur population ayant chuté de 40 % des trente dernières années. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) n’a pas encore intégré la distinction entre les quatre espèces identifiées et elle classe Giraffa camelopardalis, actuel nom scientifique de la girafe de Nubie et ancien de l’espèce de girafe que l’on pensait unique, dans la catégorie « vulnérable » sur sa liste des espèces menacées. Les girafes sont particulièrement victimes des conflits, de la fragmentation de leurs territoires et du braconnage. Chassées pour leur chair, elles sont aussi très prisées pour leur queue prélevée par les braconniers puis revendues comme trophées sur le marché noir. A noter qu’elle n’est pas obligée de boire tous les jours, un atout de poids pour un animal qui vit dans la savane.

En Europe, la girafe fait l’objet d’un EEP auquel participent plus de 150 parcs animaliers. Son objectifs : assurer la conservation des différentes sous-espèces concernées* et préserver leur patrimoine génétique en encadrant la reproduction et en échangeant les partenaires entre parcs, évitant ainsi tout risque de consanguinité.

*Les sous-espèces encadrées par l’EEP sont la girafe d’Angola (G. c. angolensis), la girafe de Rothschild (G. c. rothschildi), la girafe du Cap (G. c. giraffa), la girafe Kordofan (G. c. antiquorum), la Masaï (G. c. tippelskirchi) et la girafe réticulée (G. c. reticulata).

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