Il s’agit sans doute de l’un des hominoïdes les moins connus après le gorille, le chimpanzé, le bonobo et l’orang-outan. Pourtant, le gibbon se rencontre très souvent dans les parcs animaliers. Découvrez sa vie à l’état sauvage et en captivité.

Gibbon en captivité

Gibbon de Müller, siamang, gibbon à favoris blancs, à mains blanches, à bonnet, gibbon agile… Il existe plusieurs espèces de gibbons, personne ne s’accordant sur leur nombre exact. Certains estiment qu’il existerait 13 espèces, d’autres 17 et d’autres plus d’une vingtaine. En tout cas, plusieurs sont présentes dans les parcs animaliers français. On les reconnait souvent à leur impressionnante agilité lorsqu’ils se déplacent dans les airs ou à leur chant tonitruant.

Habitat / enclos

Les gibbons sont des singes arboricoles : ils passent le plus clair de leur temps à se déplacer d’arbres en arbres dans les forêts primaires – rarement secondaires – d’Asie, le continent d’où ils sont originaires. Ils ne descendent jamais au sol sauf en cas de nécessité absolue. En parc animalier, le gibbon a donc besoin de pouvoir évoluer en l’air. « Ce n’est pas tant la taille de l’enclos qui importe que le nombre de structures aériennes dont ils disposent qui compte », explique Brice Lefaux, directeur et vétérinaire du parc zoologique et botanique et coordinateur EEP pour le gibbon à joues jaunes, le gibbon à favoris bancs du Nord et le gibbon à joues blanches du Sud. Comme dans la nature, le gibbon en parc animalier a besoin de pouvoir passer tout son temps en l’air, dans des arbres ou sur des agrès. « La volière est pas mal, même si très peu esthétique du fait des grilles. Mais elle permet d’installer plusieurs agrès, ce qui est fondamental pour le bien-être de l’animal. Au parc zoologique de Mulhouse, les gibbons sont par exemple en volière et cela fonctionne plutôt bien : aucun ne présente de stéréotypie quelconque et ils passent tout leur temps en l’air. Si un gibbon est au sol, en revanche, c’est souvent le signe qu’il manque quelque chose dans l’enclos », ajoute Brice Lefaux.

Les gibbons sont des animaux très familiaux : ils vivent en couple avec un ou deux petits qui restent au sein de la famille jusqu’à 6 ans environ, âge à partir duquel ils atteignent leur maturité sexuelle. « Ce sont des animaux très territoriaux, c’est la raison pour laquelle ils chantent matin et soir : pour signaler aux autres gibbons qu’une famille est déjà installée sur ce territoire », rappelle le directeur et vétérinaire. En parc animalier, aussi, mieux vaut ne pas faire cohabiter deux familles de gibbons. « En revanche, il est possible de les mettre dans le même enclos que des loutres comme nous avons déjà fait à Mulhouse, ou avec des tapirs également. Et des essais concluants ont aussi été faits avec des orang-outans. »

Gibbon et son petitGibbon en reposGibbon dans les airsBébé gibbonFemelle gibbonCouple de gibbonsChant du gibbonDuo de gibbonsFamille gibbonGibbon perchéSiamang

Régime alimentaire des gibbons

Les gibbons sont frugivores, c’est-à-dire qu’ils mangent les fruits des arbres qui poussent dans les forêts tropicales où ils vivent dans la nature. « Comme tous les animaux de ces régions tropicales, les gibbons sont confrontés à deux saisons : celle durant laquelle poussent les fruits, et l’autre, détaille Brice Lefaux. Durant la saison « basse », ils sont contraints de trouver de la nourriture autre que les fruits et il leur arrive de se nourrir d’insectes et d’œufs notamment. Mais les gibbons ne sont pas de très bons chasseurs, donc ils se tournent généralement vers les fleurs et les feuilles en attendant le retour des fruits. Les gibbons sont plus folivores (NDLR : régime alimentaire qui consiste à se nourrir de feuilles) qu’on ne le pense. »

Les parcs animaliers reproduisent ce schéma en proposant aux gibbons des fruits et des feuillages en guise de repas. Sans compter les enrichissements et autres récompenses données durant l’entraînement médical. « Le gibbon est un animal extrêmement intelligent et ayant une structure sociale plutôt restreinte avec seulement un partenaire et éventuellement un petit. Il faut donc pouvoir l’occuper avec des enrichissements quotidiens et plusieurs fois par jour. A Mulhouse, nous préparons aux gibbons des puzzles alimentaires, nous leur cachons la nourriture à différents endroits de l’enclos, etc. »

Reproduction

Comme évoqué précédemment, la maturité sexuelle est atteinte vers l’âge de six ans. « La femelle fait un petit tous les trois ans environ – les cas de jumeaux sont rares mais pas impossible. Il faut savoir que la reproduction des gibbons en captivité est très facile et il y a peu de soucis. Cela se passe même tellement bien qu’il a fallu placer des femelles sous contraceptif pour limiter les naissances trop nombreuses », explique Brice Lefaux. D’autant qu’il semblerait qu’il y ait plus de mâles que de femelles qui naissent en captivité, ce qui pose un sérieux problème pour former des couples. « Résultat, nous avons commencé à créer dans certains parcs des groupes composés uniquement de mâles », poursuit le directeur et vétérinaire du zoo de Mulhouse.

Santé

L’espérance de vie d’un gibbon est de 40 ans environ en captivité. « Ce singe est très robuste et ne présente pas de problème de santé particulier », souligne Brice Lefaux. Contrairement à l’éléphant souvent touché par la tuberculose ou les félins fragiles des reins, les gibbons n’ont pas de souci de santé en particulier, et cela vaut pour toutes les espèces. « Il s’agit d’un singe diurne, très actif et qui met de la vie dans un zoo avec son chant. A partir du moment où on lui offre un enclos adapté à ses besoins et qu’on lui donne des enrichissements réguliers et stimulants, on a fait le gros du travail », résume-t-il.

Menaces et conservation

Dans la nature, un grand nombre d’espèces de gibbons sont menacées. « Les espèces continentales le sont surtout par la chasse et le braconnage, tandis que les espèces insulaires souffrent de la déforestation », déclare Brice Lefaux. Les gibbons peuvent en effet être tués pour leur viande et les petits volés pour ensuite être vendus sur le marché noir. Détenir un gibbon est vu comme un symbole de réussite sociale dans de nombreux pays d’Asie et il est difficile de lutter contre ces idées très répandues. Des associations et des ONG travaillent à casser ces traditions, comme par exemple Kalaweit à Sumatra et Bornéo.

Toutes les espèces de gibbons ne sont pas présentes en parc animalier, certaines étant extrêmement rares comme par exemple le gibbon de Hainan qui ne vit que sur l’île chinoise du même nom et dont il resterait moins de 30 individus. « Sept espèces de gibbons font l’objet d’un programme européen d’élevage (EEP) de l’EAZA. L’objectif : constituer des populations viables génétiquement pour le futur, si cela s’avère nécessaire », conclut Brice Lefaux.

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